‹ Le ciel dans l'eau, poèmes et théâtreChapitre 61 sur 76 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

Quoi qu'il en soit de la coutume, Nos bergers s'aimaient... en bergers...

Pardonnez-leur sans amertume :

D'Urfé leur était étranger.

Mais alors, Public très honnête, Que diras-tu quand tu verras Qu'on te chante la chansonnette Sur des airs de grands opéras?

Puisque tu voulus bien admettre Nos deux bergers s'aimant aux champs, Que diras-tu, Seigneur et maître.

Quand, ce rideau se décrochant,

Tes yeux verront, au lieu d'un cadre Rustique et, sans doute, pas laid, Mais tout de même un peu plus ladre.

Surgir un merveilleux palais ?

(( Parbleu, ma surprise était grande, — Diras-tu, — mais j'avais raison ; On ne sort pas de la légende Comme l'on sort de sa maison.

(( Dans ce castel, tout recommence, Le beau prince doit héberger La bergère de la romance Éprise du royal berger.

Tout va comme sur des roulettes :

Nous aurons Tircis, puis Hylas, Les manteaux amants des houlettes Le Lignon, l'Arcadie... hélas ! »

Public très chic, si notre histoire A pour cadre un grand palais d'or, La raison en est péremptoire :

Nous n'avions pas d'autre décor.

As-tu compris cela ? — nous sommes De pauvres riches, voilà tout.

Mais doit-on pas jouer en somme Parce qu'on n'a que de l'atout ?

Ou bien, parce qu'elle est trop belle La mariée, eh ! faut-il donc A ses charmes rester rebelle ?

Je vous demande bien pardon.

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