SCÈNE V
Les Mêmes, moins GOQUILLOT LA REINE
As-tu VU si j'ai su le secouer, ce drôle ? Oh ! mais chacun, bientôt, va rentrer dans son rôle ! Et puisqu'on m'interdit l'amour qui me tenta. Qu'on m'offre les plaisirs alors d'un potentat !
(Douloureuse et despotique :)
Ah ! j'ai mal à mon cœur de Reine, et nul remède De ces indifférents ne me viendrait en aide ! J'ai des chagrins d'amour et nul ne les ressent ! C'est bien, c'est bien ! Je vais me tremper dans le sang Les ministres d'abord, les pairs, toute la bande. Les maréchaux et les sénateurs, qu'on les pende ! Ils sont vieux, ils sont laids, ils n'ont plus de cheveux, Et, près de moi, je veux de beaux garçons ! Je veux ! Et puis les damoiseaux, et puis les mousquetaires, Afin de réformer un peu leurs caractères, Qu'on les pende ! Ceux-là sont trop jolis garçons. Ils vont semant partout l'amour et les frissons. Et moi je ne veux pas, si je n'aime moi-même, Que dans tous mes États dorénavant l'on s'aime ! Le geste me déplaît ! m'énei v(^ ! et puis enfin , On ne se gave pas devant qui meurt de faim !
LE MARQUIS DE CARABAS
Plus d'amour ! Mon pays n'est plus qu'un séminaire
Et je deviens petite Reine sanguinaire,
Et traitant mes sujets comme des chenapans,
Snns rien considérer — je pends ! je pends ! je pends
i voix plus basse, farouchement :)
- ce soir je m'en vais repasser mon histoire, Et non plus souligner les dates, les victoires, C^mme avec Orlando nous faisions autrefois, —
is, pour les imiter, choisissant tous les rois Sur qui l'histoire entasse aujourd'hui ses reproches,
Ferrible :)
iS leurs crimes maudits, je mettrai des encoches ! ippines, Tarquins, Nérons, Caligulas !... peuple, tu voulais un despote ?...
Tu l'as !