‹ Le ciel dans l'eau, poèmes et théâtreChapitre 70 sur 76 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

Les Mêmes, GARABAS CARABAS, bouleversé.

Coquillot?... Que dit-il? La Reine ici !

(Il l'aperçoit.)

C'est elle !

(Il disparaît, mais sa voix s'élevant soudain impérative.)

Hé ! Valère, debout ! Coquillot, qu'on attelle ! Un moulin, paresseux, ça n'est pas un dortoir ! Ouvre la vanne en grand ! Active le blutoir !

azuline

Le maître ! — Entendez-vous s'il sait donner un ordre ? Il parle en roi, vraiment !

la reine En Reine je vais mordre !

• Qui moleste sera d'un autre molesté !

(Elle prend une pose.)

Les débuts d'un tyran — tu vas voir.

(Garabas est eatré. Quand la Reine se retourne, il est en pleine révérence.) GARABAS

Majesté...

(Il se redresse lentement.)

LA REINE, le reconnaissant.

Azuline ! au secours !... Carabas !...

LE MARQUIS DE CARABAS

Du courage,

éroce potentat !

LA REINE, prenant l'air qu'elle peut.

Loin de mon entourage, rdonnez — le hasard dirigeant seul nos pas , — nous... Enfin, vous nous excusez, n*est-ce pas ? 'agit...

CARABAS

Du moulin, je sais.

LA REINE

Alors ?

CARABAS

Madame,

est tout mon bien : ma mère y rendit sa pauvre âme mon père souvent s'endormit sur le seuil... connaît tout de mon enfance et de mon deuil, mais moulin ne fut, Madame, moins à vendre, urtant, puisqu'il vous plaît, vous n'avez qu'à le prendre.

LA REINE

rdez votre moulin...

Non ! non ! Je ne veux plus !

s fleurs, sa solitude, il est vrai, m'avaient plu ; vais, pour l'acheter, des raisons, tout à l'heure... us avez des raisons le garder, meilleures.

CARABAS

Vous refusez?

(Plus tristement, parce que dans un sourire :)

C'est vrai, car, des mains que voilà, Le cadeau, je comprends...

la reine, vivemant.

Non, ce n'est pas cela !

(Un petit silence :)

J'ai VU la cruauté, soudain, de mon caprice. Ce moulin, ce serait très mal que je le prisse, Maintenant que je sais pour lui votre souci.

CARABAS

Je ne méritais pas, hélas ! tant d'égards...

LA REINE, malgré elle tendrement impérieuse.

Si.

(Long silence, puis au petit bonheur de la phrase :)

Et les affaires vont ?

CARABAS

Très bien ! Chaque semaine La rivière, en passant, négligemment emmène Quelques morceaux de la charpente.

(Le bras tendu :)

La voici.

Qui charrie un moellon.

(Très rassuré :)

Ça va très bien. Merci.

LE MARQUIS DE CARABAS

LA REINE

ais alors, le moulin ne tourne plus ?

CARABAS

Madame,

me semblait, tournant, qu'il me tournait dans l'âme ! es cris !... Personne ici n'aurait pu séjourner, uis un moulin, jamais ça ne devrait tourner.

LA REINE

e croyais cependant ...

CARABAS

Le moulin qui travaille, our entasser toujours cette rude ferraille u'est l'argent, dernier dieu qu'on révère à présent, e moulin, croyez-moi. Madame, est malfaisant.

fait fuir les oiseaux, il trouble les silences,

dérange des bois les longues somnolences, t d'une poudre blanche à jamais recouvert,

porte sur ses toits un éternel hiver ! ais je le hais surtout, ce travailleur cupide, arce que sans pitié pour ton regard limpide, ' petite rivière où se penchait le ciel,

chasse de tes eaux l'azur essentiel !

It que, pour arrondir, meunier, ton bas de laine, our et nuit, sans pitié, sa roue, à perdre haleine, )ans le rêve frappant à grands coups redoublés, Vansforme en or sonnant l'or irréel des blés !

LA REINE

C'est pourquoi celui-ci me plaisait tant, sans doute ; D'abord on ne peut pas le voir d'aucune route, Puis on dirait aussi que les fleurs, par milliers, Ont des gestes ici, plus qu'ailleurs, familiers. Parce que, connaissant son indulgence exquise. Les fleurs ont, là, le droit d'être fleurs à leur guise !

CARABAS

C'est vrai : quand l'homme est pris au cœur par son ennui,

Les fleurs plus librement croissent autour de lui ;

Nos tristesses enfin laissent en paix les roses ;

Et le malheur des gens fait le bonheur des choses...

LA reine, dans le rêve.

C'est vrai.

(Puis, désignant le[moulin :)

^ Je voudrais bien le voir.

CARABAS, dans un salut.

Quand vous voudrez.

LA reine

Par quel chemin peut-on s'y rendre ?

CARABAS, avec un gesle précisément vague.

Par les prés..

(Ils sortent.)

LE MARQUIS DE GARABAS 311

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