RETOUR DE FOIRE
C'est la fin. Le marché s'apaise. Maintenant On entend dans les cours sonner les attelages Et déjà, tout le long des routes s'égrenant, Partout les paysans regagnent les villages.
L'argent touché ce soir les rend silencieux.
Sous les fronts obstinés aux cervelles peu promptes,
Les esprits défiants des avaricieux
Refont sans se lasser vingt fois les mêmes comptes.
Un char brusque, parfois, dépasse le piéton. C'est le marchand cossu ; c'est la belle héritière... Un pauvre âne pelé, gros... comme un gros mouton, Emporte, à lui tout seul, une famille entière.
Le boucher dont le fouet excite les mâtins Ramène dans son char deux veaux en tête-bêche ; La fille qui portait des pêches ce matin ^ Rapporte des rubans dans le panier aux pêches. v
Le bourriquot musard s'arrête à chaque pas ; ; Une femme tire une vache tracassière ; ( Et là-bas, des chemins lointains qu'on ne voit pas, |
S'élèvent, par moments, de soudaines poussières. ,^
L'agneau pleure. Un troupeau dévale tout d'un coup Avec un bruit d'averse et de pattes menues ; Les grands bœufs révoltés que maîtrise le joug S'acheminent vers les étables inconnues...
L'air est triste. Les gens se taisent. Pas un chant. L'argent funeste a mis partout ses nostalgies Et compromis déjà l'^œuvre sainte des champs Par qui |cs âmes sont tendrement assagies.