‹ Le ciel dans l'eau, poèmes et théâtreChapitre 71 sur 76 · SCÈNE VII AZULINE, GOQUILLOT · texte numérisé non relu

SCÈNE VII AZULINE, GOQUILLOT

Scène vide. Puis rentrent Azuline et Goquillot. Ils sont déjà en pleine conversation.

GOQUILLOT •

(h ! ce n'est pas pour moi, c'est plutôt pour Riquette. |t)i, je n'ai pas le goût, tant que ça, des conquêtes.

AZULINE

lîuette ? Qui c'est ça ?

^; GOQUILLOT

,! Vous ne connaissez pas ?

411 est très étonné.)

^maison est d'ici peut-être à cinq cents pas. S quatre peupliers que l'on voit, c'est chez elle !

AZULINE

ette, alors ?

GOQUILLOT

Voilà, c'est une demoiselle.

i'aime.

AZULINE

Et qui t'a fait supposer?

COQUILLOT

Supposer !

Un jour que je voulais lui chiper un baiser,

J'ai reçu sur le nez une claque superbe

Qui m'a bien fait saigner « demi-heure )) dans l'herbe !

Ah ! j'étais bien content.

AZULINE

Car de là tu conclus ?

COQUILLOT, convaincu.

Qu'elle m'aimait, du moins qu'elle m'aimait bien plus Que les autres garçons qui des foins jusqu'à Pâques Lui chipent des baisers sans recevoir de claques ! Si j'ai reçu l'atout, moi, j'en fais le pari. C'est qu'elle veut, bien sûr, que je sois son mari !

AZULINE

Puissamment raisonné !

COQUILLOT, qui ne perd pas les choses de Tue.

N'est-ce pas?...

Alors, dites...

C'est possible d'avoir cela pour la petite ? Capitaine, ou ministre, ou quelque chose encor Où l'on ait des habits avec des machins d'or ! Vous pourrez ?

AZULINE

Je pourrai.

LE MARQUIS DE CARABAS

COQUILLOT

C'est gentil ! ça me tarde !

(Pas encore très rassuré pourtant :)

lis, comment pourrez-vous ?

AZULINE

Coquillot ?

•COQUILLOT

Quoi ?

AZULINE, le regardant de très près.

Regarde

8 yeux ne sont-ils pas de jolis yèux ?

COQUILLOT AZULINE

bouche ?

Aussi !

AZULINE

Mes dents?

Oh ! si !

COQUILLOT

Aussi !

AZULINE

Mes mains ?

COQUILLOT

Aussi !

AZULINE

Ces yeux, ces dents, ces mains, penses-tu que Ton ose Leur refuser, quand ils l'implorent, quelque chose ?

COQUILLOT

Oh ! non !

Quand j'irai voir de graves présidents, Que pour eux, le sourire emperlé de ces dents. Je le mettrai négligemment à la fenêtre. Crois-tu qu'ils seront pas forcés de reconnaître Que Coquillot est un très capable garçon ?

COQUILLOT

Si.

AZULINE

Plein d'avenir ?

COQUILLOT

Si.

AZULINE

Quand, sans plus de façon, Je leur'enfoncerai ces deux yeux-là dans l'âme. Penses-tu, Coquillot, qu'il soit poignard ou lame Qui mieux que ce regard aurait la faculté De trancher d'un seul coup une difficulté ?

COQUILLOT

Non.

LE MARQUIS DE CARABAS

AZULINE

Lorsque, savamment, ces mains abandonnées Voudront ne pas s'enfuir aux caresses données, >'ois-tu, bien que ton nom ne soit pas un gros nom, Ki'on puisse à ces deux mains répondre non ?

OQUILLOT, qui le sait d'autaut mieux qu'il vient de les prendre sans rien dire.

Oh ! non !

(Puis :)

n peut les embrasser? Ce sera pour Riquette.

(Il embrasse. Entre deux baisers :)

loi, je n'ai pas le goût tant que ça des conquêtes.

Azuline veut retirer ses mains.)

aissez, puisque c'est pour Riquette.

Deux encor !

(On entend soudain un appel lointain de cor.)

AZULINE, se levant tout à coup.

coûte.

COQUILtOT

Quoi ?

AZULINE, un doigt levé.

Là-bas comme un soupir ?

GOQUILLOT

Le cor.

C'est pour nous ! Vite, il faut retrouver ma maîtresse !

COQUILLOT, qui voudrait bien rester.

Pourquoi ?

AZULINE

N'entends-tu pas ces accents de détresse ?

(L'entraînant :)

Viens vite, Coquillot. Bientôt, il fera noir. Il faut partir...

COQUILLOT

Déjà!

( Leurs voix s'éloignant : )

Le soir tombe... Le'soir...

(Le cor sonne encor, puis se tait. L'ombre se fait peu à peu.)

LE MARQUIS DE CARABAS

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