SCÈNE VIII
^ Rentrent la REINE et CARABAS
^ (La Reine porte dans ses bras une grande brassée c.'e fleurs sauvages. Ils I avancent très lentement.)
CARABAS
>s fleurs qui, pour éelore, ont profité, Madame,
ingénieusement de mes tristesses d'âme,
Zes fleurs, petites fleurs, qui, symboliquement,
5ont l'histoire embaumée, hélas ! de mon tourment,
>s fleurs, témoins de mes tristesses recueillies,
>s fleurs, ces pauvres fleurs, vous les avez cueillies...
2t j'ai vu dans ce geste indulgent, d'abandon,
Jn acheminement vers le prochain pardon...
1 me semblait, là-bas, que vous penchant sur elles
^eu à peu vous cueilliez mes angoisses mortelles,
5t que ce cher fardeau dont votre geste est las
h sont mes jours mauvais qui s'en vont dans vos bras.
LA REINE
i c'est votre tristesse, en mes bras, que j'emporte fui donc emportera la mienne, non moins forte ? fui dans mes grands jardins, comme moi, ce jourd'hui, ^iendra cueillir, hélas ! les fleurs de mon ennui ?
CARABAS
Eh ! quoi ! vous avez donc souffert aussi ?
LA REINE
Peut-être.
CARABAS
Quelquefois, accoudée au bord d'une fenêtre, Vous avez regardé sans les voir les grands bois ? Les nuages du ciel comme moi ?
LA REINE
Quelquefois...
CARABAS
Votre pensée aussi toujours dépaysée Sur de chers souvenirs s'est immobilisée ?
LA REINE
Hélas !
CARABAÇ
Et tous les jours vous avez comme moi Guetté dans votre cœur l'appel de votre émoi ?
LA REINE
Je ne sais.
CARABAS
Comme moi, dans des heures cruelles.
Ces deux mains ont pressé d'autros mains irréelles ?
LE MARQUIS DE CARABAS
LA REINE
Je ne sais.
CARABAS
Et ces yeux que rien n'a réjoui )rif pleuré quelquefois sur un absent?
LA REINE, qui ne peut plus ne plus être sincère.
Oh ! oui.
CARABAS
! dans mon cœur, enfin, j'entends sonner la diane
LA REINE
m aimé Carabas !
CARABAS
Ma princesse Orliane !
(Le cor sonne.)
LA REINE, se levant.
cor ! On nous appelle !
CARABAS
Ah ! ne Fécoutez pas !
l'importe un son de cor dans les bois ?
LA' REINE, tristement.
Carabas, idieu...
CARABAS
Quoi ! vous partez ? Ojêve météore !
"'ai-je donc retrouvé pour te reperdre encore ? f'entendrai-je jamais sonner Tor de sa voix 'ue pour en demeurer plus meurtri chaque fois ?
Vous partez ! votre main dans la mienne frissonne, Vous m'aimez ! et pourtant...
(Le cor sonne toujours.)
LA REINE
J'entends le'cor qui sonne
CARABAS
C'est l'appel d'un chasseur égaré dans le soir...
LA REINE
C'est l'appel, Carabas, du douloureux devoir !
CARABAS
Si, pour moi, votre amour est demeuré le même, Votre devoir, le seul, c'est d'aimer qui vous aimej C'est de ne pas laisser mourir, abandonné, Le cœur, le joli cœur que l'on vous a donné. Votre devoir, c'est d'être une petite femme. Voilà tout, — et non pas une reine sans âme. Votre devoir, c'est que je retrouve demain Et toujours, vos grands yeux, et vos petites mains !
LA REINE, s'asseyant près de Carabas, qui retient ses mains dans la sienne pour Tempêcher de fuir.
Carabas, Carabas...
• (Le soir se fonce davantage.)
f CARABAS S Sur ma pauvre demeure,
'u vois, le soir se fait. Tout près de moi, demeure, e t'aime. Si tu pars, je vais mourir d'ennui. Non, reste. Tu vas voir, ici, comme la nuit Tombe bien. Elle a mis sa robe des dimanches. Sa robe pailletée aussi d'étoiles blanches. Elle te savait là, bien sûr, et c'est pour toi. Et c'est pour toi, là-bas, que se penche mon toit ! Un royaume ! Crois-tu que c'est indispensable ? Des terres, de la mer, des villes et du sable ! Je sais beaucoup de gens, moi, qui s'en sont passés. Bah ! ils n'en sont pas morts. Ce sont les plus sensés. tWais, jamais, il ne m'est advenu de connaître. Entends-tu, ma petite Orliane, un seul être Qui, de la douce loi, brutalement vainqueur, "50 soit jamais passé, pour vivre, de son cœur ! ^u'on s'appelle Orliane, Antoine ou Gros-Guillaume, Test encor là, vois-tu, qu'est le plus beau royaume !
^ LA REINE, posant sa tête sur l'épaule de Carabas.
Je t'aime, il n'y a plus de reine...
Carabas...
(Le cor résonne plus impérieux.)
(Entre Azuline, très décoiffée, par la course sons doute. Coquillot suit.)