‹ Le ciel. Illustré sous la direction de Lucien RudauxChapitre 110 sur 390 · EXPLICATION DES MARÉES · texte numérisé non relu

EXPLICATION DES MARÉES

drature, l'attraction du Soleil tend à produire un bourrelet, au détriment de celui occasionné par la Lune, dans une direction perpendiculaire. Le bourrelet M se trouvera donc diminué d'autant, et nous aurons une marée de morte-eau. Le rapport des plus hautes mers aux plus basses varie donc de 2,2+1à 2,2 —1, ou de 3,2 à 1,2.

Mais la théorie précédente supposait la Terre et la Lune immobiles; en réalité, la Lune se meut autour de la Terre. Par conséquent le bourrelet suivra, à la surface de l'Océan, la marche du satellite dans le ciel, en ayant toujours son sommet tourné dans la direction de la Lune. 11 « balaiera » ainsi la surface des mers, amenant la marée haute dans les endroits par lesquels il passera. C'est ainsi que s'explique la « propagation de la marée » à la surface des océans.

À partir de ce moment, le problème n'est plus une question d'astronomie : c'est une question d’hydrodynamique, qui consiste à étudier la propagation d’une onde sur un milieu à profondeur variable.

Le bourrelet, l'extumescence liquide causée par l'attraction luni-solaire, se propage, en effet, à la façon d'une ondulation sur la surface des mers; mais la force vive qu’elle imprime à la masse des eaux de celle-ci, tant que ces eaux sont profondes, se transmet le long des rivages, où la profondeur est beaucoup moindre, à une masse d'eau beaucoup plus faible; elle la fait donc monter davantage, et ainsi peuvent se comprendre les très hautes marées observées dans certaines stations : 15 mètres à Saint-Malo, 18 mètres dans le détroit de Magellan, 21 mètres dans la baie de Fundy (Nouvelle-Écosse), alors que l’extumescence « statique » soulevée sur l'Océan immobile par l'attraction luni-solaire ne doit être que de 60 centimètres, d’après le calcul direct d'attraction.

C'est aussi par l'inégale configuration des côtes que s'explique le retard à 1 heure de la pleine mer que l'on observe dans les ports. A l'époque des équinoxes, quand la Lune, pleine ou nouvelle, se trouve à ses moyennes distances à la Terre, le temps qui s'écoule entre le passage de l’astre au méridien d'un port et l'instant de la pleine mer qui suit ce passage est un retard constant, toujours le même pour chaque port, et qu'on appelle l'établissement du port. Ce retard provient, comme nous l'avons dit, de la configuration des côtes. En France, le plus grand établissement est celui de Dunkerque, qui est de 12 heures 13 minutes; le plus petit est celui de Lorient, qui est de 3 heures 32.

C'est également la configuration des côtes qui permet d’expliquer certaines singularités présentées par les marées du Pacifique ou des mers de Chine; mais alors il faut décomposer l'onde de marée résultante en une série d'ondes élémentaires dont chacune est étudiée séparément. Comme nous l'avons dit, la question sort alors du domaine de l'astronomie pour entrer dans celui de la mécanique des fluides. Le lecteur curieux d'approfondir ce point de vue de la question trouvera les indications nécessaires dans le livre La Mer, de M. Clerc-Rampal, publié dans la même collection.

Nous dirons toutefois, en terminant, que c’est la propagation de la marée dans l'estuaire des fleuves qui explique simplement le phénomène connu sous le nom de mascaret. On appelle ainsi l'ascension subite des eaux qui se manifeste les jours de grande marée à l'embouchure de quelques fleuves, sous la forme d'une énorme vague qui en remonte le cours.

Les premières ondes du flot de marée éprouvent, de la part du lit peu profond du cours d’eau, un frottement suffisant pour former une barrière provisoire et accumuler derrière elles celles qui les suivent immédiatement. Ce n'est que quand leur masse ainsi accumulée est suffisante qu'elles se propagent en remontant le fleuve sous forme d'une barre plus ou moins haute qui se propage rapidemententre les rives.

Dans l'estuaire de la Seine, à Quillebeuf, le mascaret atteint 3 mètres de hauteur et se propage à raison de 8 mètres par seconde. À Caudebec, il est encore très fort, et cesse en amont de cette ville et à peu de distance.

En terminant ce chapitre, il est bon de revenir un instant sur une conclusion que nous avons vue en étudiant la Lune : c'est que les marées ont pour effet d'altérer constamment, d'une quantité très petite, mais certaine, la durée du jour terrestre.

109. Action des marées sur le mouvement de rotation de la Terre. — En étudiant la rotation de la Terre, en cherchant à donner des preuves expérimentales de son mouvement, nous

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