‹ Le ciel. Illustré sous la direction de Lucien RudauxChapitre 111 sur 390 · ASTRONOMIQUES DES · texte numérisé non relu

ASTRONOMIQUES DES

en avons constaté la régularité apparente ; vis-à-vis de Ja brièveté de nos existences, cette constance nous apparait telle, que nous avons pu prendre la durée du mouvement diurne de rotation pour ünité de temps, définissant ainsi le jour sidéral.

Mais, de même que toutes choses dans l'Univers, notre système solaire subit une lente évolution, et il est loin d'avoir atteint aujourd’hui son état définitif.

Il serait absurde de croire que l’atmosphere plus ou moins dense qui constituait la nébuleuse initiale, et dans laquelle flottaient tous les corps de notre système solaire, ayant disparu et ayant été résorbée, les planètes, séparées désormais les unes des autres par le vide de l'espace, soient ainsi soustraites à une résistance passive ; même à de grandes distances, ces résistances peuvent intervenir.

On a construit des machines hydrauliques, des moteurs à turbines, pour utiliser la puissance des marées; on en construira, sans doute, de plus en plus nombreux et de plus en plus puissants, pour tirer parti de la force représentée par le mouvement d'ascension et de descente des masses énormes d'eau qui se produit deux fois par jour.

Mais ces moteurs ne créent pas d'énergie; l'énergie qu'ils produisent, ils doivent l'emprunter à une source quelconque, et cette source ne peut être que la force vive des corps célestes, en particulier de ceux, plus voisins de nous, qui constituent les éléments de notre système solaire.

Si l'on n'avait pas construit de machines motrices pour utiliser la puissance du flux et du reflux, l'énergie ainsi empruntée n'aurait pas été utilisée : elle se serait inutilement dissipée en frottements, en chocs des vagues contre les rivages. Mais, dans un cas comme dans l’autre, la force vive des astres va en diminuant, et la vitesse de rotation de la Terre décroit sans cesse, quoique avec une extrèéme lenteur.

Cela s’est produit beaucoup plus vite pour la Lune, et la diminution de sa vitesse de rotation s'est continuée jusqu'à ce que

RE

Le MASCARET pres de l'embouchure de la Seine.

la durée de sa rotation füt devenue strictement égale à celle de sa révolution, de façon que notre satellite tourne toujours le mème hémisphère de notre côté.

Deux causes principales tendent à modifier ainsi la vitesse de rotation des planètes en général, de la Terre en particulier. L'action des marées, tout d'abord, qui les fait agir sur le globe terrestre à la façon dont agit un « frein à sabot » sur la roue d'une voiture; c'est l'extumescence liquide qui joue le rôle du frein par le frottement qu'exerce sa masse, attirée vers la Lune, sur le fond du lit des mers entrainé comme la Terre dans son mouvement de rotation générale.

D'autre part, la Terre, en se refroidissant continuellement, se contracte; cette contraction diminue son moment d'inertie et tend, au contraire, à accélérer la vitesse angulaire de rotation du globe. Mais c'est la première cause qui l'emporte et la durée du jour va sans cesse en augmentant.

Seulement, par une sorte de compensation, celle du mois augmente également et la Lune s'éloigne constamment de la Terre.

Au début de son histoire, lors de sa formation par déta-

CL Rudaux,

L'aspect de la baie du MONT-SAINT-MICHEL au moment de la marée basse,

100 ULMNETS ASTON chement d'un \asse équatoriale de la Terre encore fluide l'influence de la force centrifuge, la Lune touchait la surface de notre globe: le mois et le jour va lors la méme durée, égale à cinq ou six de nos heures actuelles. Mais inversement, après des milliers de siècles, le mois et le jour redeviendront égaux entre iX, à peu prés égaux à deux de nos mois actuels, et alors la Terre tournera toujours le méme hémisphère

vers la Lune, absolument comme la Lune, actuellement, tourne le méme hémisphère vers nous.

Ainsi la durée du jour, celle du mois varient sans cesse; cette variation est trop faible pour que nous puissions la constater; nos vies sont trop courtes pour qu'au cours méme de plusieurs d’entre elles nous puissions vérifier le fait ;: mais il existe certainement ; le calcul infaillible, basé sur les lois de la mécanique, en démontre l'existence, et démontre du mème coup la perpétuelle évolution du systéme solaire dont la Terre est un des éléments, et non le plus important.

110. Utilisation des marées. — Bien que cet ouvrage soit uniquement astronomique, il est cependant difficile de passer sous silence une application grandiose du phénomène des marées, application dont l'urgence apparait plus grande chaque jour, à mesure que les houillères s'épuisent et que les exigences croissantes de la main-d'œuvre en rendent, graduellement, l'exploitation plus difficile.

Cette application, c'est l’utilisation mécanique de l'immense somme d'énergie que représentent ces mouvements de la mer occasionnés par l'attraction des deux astres voisins.

Le long de nos côtes bretonnes, en particulier, dont les rivages sont si profondément découpés par suite de l'action persistante de l'érosion marine, les oscillations de la mer atteignent des amplitudes verticales qui ne sont dépassées que sur deux ou trois points de la surface du globe terrestre.

Les oscillations moyennes de la marée sont, en effet, de 5,15 au Croisic, de 4,60 à Lorient, de 6,42 à Brest, de 8m22 à Roscoft, de 11%,44 à Saint-Malo et de 12",30 au Mont-Saint- Michel.

Dans cette dernière station, chaque kilomètre carré découpé à la surface de la mer correspond, en moyenne, à une puis-

sance utilisable de 20 000 chevaux-vapeur.

La tour Solidor et l'embouchure de la Rance.

DES

MOULIN A MARÉE, à Ploumanach (Côtes-du-Nord).

Sur les grèves du Mont-Saint-Michel, deux fois par Jour, 1 200 milliards de kilogrammes d'eau se précipitent du large à la côte, pour retourner ensuite vers la haute mer.

Si, à l'aide de barrages percés de vannes où fonctionneraient des turbines, l'énergie apportée ainsi par les masses liquides était utilisée, nous retirerions, rien que de cette seule région de nos rivages, plus de {rois millions de chevaux-vapeur, puissance supérieure à celle que pourraient fournir toutes les chutes du Niagara.

Evidemment, il faudrait, pour cela, exécuter des travaux gigantesques, pas plus gigantesques, pourtant, que ceux quil a fallu faire pour percer l'isthme de Panama ou pour construire le Transsibérien.

Sans méme aller jusque-là, des utilisations de moindre importance pourraient être tentées avec succès et assez facilement.

Par exemple, dans l'estuaire de la Rance, un barrage de S00 mètres de longueur, en face de la Vicomté, fournirait

une puissance qui serait au moins de 200000 chevaux-vapeur; ce projet est actuellement à l'étude, et un projet plus modeste, dans l'estuaire de l'Abervrac'h, voie de réalisation eflec-

est en tive.

Il est à remarquer que les limites de la transmission de l'énergie électrique se sont singuliérement élargies.

Avec une puissance de 200000 kilowatts, le transport est économiquement réalisable jusqu à S00 kilomètres, et jusqu'à 1000 avec 300 000 kilowatts, en supposant qu'on emploie du courant triphasé à 25 ou 50 périodes.

Il en résulterait le transport économique « possible » de 1 million de kilowatts jusqu'à 2000 kilométres, et la puissance des marées du Mont-Saint-Michel pourrait être distribuée sur tout le territoire de la France.

Ainsi, un astre mort, par l’attraction de sa masse, peut donner le mouvement, l'énergie, la chaleur et la lumière, c'est-à-dire les manilestations de la vie.

N'est-ce pas une belle forme de cette loi éternelle qui régit le cycle de l'évolution des mondes et qui nous dit que « la vie renait de la mort » ?

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