‹ Le ciel. Illustré sous la direction de Lucien RudauxChapitre 149 sur 390 · FILANTES · texte numérisé non relu

FILANTES

celui qui fait converger en apparence vers un point de l'horizon les rails d’une voie de chemin de fer que nous savons pourtant demeurer strictement parallèles, leur parallélisme étant assuré par construction.

Les étoiles marchent donc dans des directions sensiblement parallèles entre elles, et cela à une vitesse égale aux vitesses des co-

mètes sur leurs or-

Explication de la CON VERGENCE apparente des étoiles filantes par l'effet de PERSPECTIVE.

bites, c’est-à-dire 40 à 42 kilomètres à la seconde. Ces étoiles filantes sont constituées par des fragments solides très petits, que leur grande vitesse rend incandescents par suite du frottement qu'ils éprouvent de la part de l'atmosphère terrestre dès qu'ils y pénètrent; la résistance de l'air développe alors une quantité de chaleur suffisante pour les porter à l'incandescence. Comme, à partir de ce moment, la vitesse d'ordre « cométaire » de 40 ou 42 kilometres à la seconde se combine avec la vitesse propre de la Terre sur son orbite, qui est de 30 kilomètres à la seconde, c’est avec la vitesse énorme de 72 kilomètres par seconde que nous voyons ces points lumineux cheminer dans le ciel, quand leur mouvement est du sens opposé à celui de la Terre. Dans le cas contraire, c'est à la vitesse de 42-30, c'est-à-dire de 12 kilomètres à la seconde, que

nous les verrons se déplacer sur la voûte céleste.

140. Hauteur des étoiles filantes. — Puisque l’incandescence, toute transitoire, des étoiles filantes provient de leur frottement contre les couches d'air qui constituent l'atmosphère terrestre, il est intéressant, à plus d'un point de vue, de déterminer la hauteur à laquelle on les aperçoit; c’est intéressant pour leur histoire autant que pour celle de l'atmosphère ellemême.

A cet effet, on a opéré par une méthode de triangulation, comme en topographie, en mesurant une base à la surface du sol et en observant, au même moment, des deux extrémités de la base, les angles que faisaient avec celle-ci les rayons visuels allant à l'étoile filante.

On a ainsi trouvé un résultat déjà très important; le point d'apparition des étoiles filantes est plus élevé dans le ciel que leur point de disparition : le premier a une altitude moyenne de 120 kilomètres, le second de 60 ou 70 seulement. Ces météores pénètrent donc dans notre atmosphère en venant des régions plus éloignées; comme, ainsi que nous l'avons dit, certaines d’entre elles cheminent à la vitesse de 72 kilomètres à la seconde, vitesse qui est plus que le double de celle de la Terre sur son orbite, on ne peut supposer qu'elles soient des fragments détachés du globe terrestre : ce sont donc des matériaux provenant d’un corps céleste étranger à notre planète.

Quant à l’incandescence, elle est, avons-nous dit, due au frottement de la particule solide contre les molécules d'air. Mais il faut se rappeler que, à ces hauteurs de 120 à 150 kilomètres auxquelles apparaissent les étoiles filantes, l'air est très raréhé, et la pression atmosphérique n’y a guère que la valeur minimum qu'elle a dans les tubes de Geissler. Il est probable que la lueur est due à une véritable combustion du corps solide en mouvement, combustion qui se fait au contact de l'atmosphère, et qui cesse d’elle-mème quand tout le morceau est complètement « brülé ».

141. La masse des étoiles filantes. — Ainsi, nous savons que les étoiles filantes sont de petits corps solides, incandescents par frottement dans l'atmosphère, et qui arrivent à la Terre après un chemin plus ou moins grand parcouru dans l’espace.

Mais il existe d’autres météorites, de plus grandes dimen-

ÉORICGINIE DES

sions, cette fois, qui sont aussi des « pierres tombées du ciel »: ce sont les aérolithes ou bolides, dont quelques-uns pèsent des milliers de kilogrammes. On s'est toujours posé la question de savoir si l'origine de ces deux espèces de corps venus du ciel était la même.

Au point de vue de la masse, les aérolithes sont constitués par une matière très lourde, très condensée ; beaucoup de ceux qui sont conservés au Muséum d'histoire naturelle de Paris sont en fer à peu près pur : ces aérolithes ont donc une masse considérable.

Au contraire, la masse des étoiles filantes proprement dites est très petite. Pourtant, direz-vous, on les aperçoit dans le ciel presque aussi grosses en apparence que les étoiles fixes qui sont des soleils gigantesques? Oui, mais ces soleils gigantesques sont à des distances colossales de nous, à des distances telles que la lumière met souvent plusieurs siècles à nous en parvenir; tandis que les étoiles filantes, corps incandescents situés à quelques kilomètres de hauteur dans l'atmosphère, peuvent parfaitement être visibles malgré leur petitesse.

Mais, ce qui plaide mieux que tout en faveur de la petitesse extrème de la masse des étoiles filantes, c’est leur nombre excessivement grand : leur nombre annuel s'élève, en effet, à plus de cent milliards! De sorte que si l’on admettait pour chacune d'elles une masse de 5 grammes seulement, il en résulterait que leur chute apporterait à notre globe un supplément de matière égal à 5 millions de tonnes.

Cet accroissement de masse est insignifiant par rapport à la masse totale de la Terre, qui est de 6 000 000 000 000 000 000 000 tonnes ; mais on ne saurait sans danger l’estimer à une valeur nettement supérieure. Par exemple, en prenant la masse des étoiles filantes égale à 5 tonnes au lieu de 5 grammes, c’està-dire en supposant qu'elles aient une masse analogue à celle des plus gros aérolithes, on arriverait à un apport de masse à la Terre d’une importance telle que l'épaisseur de la croûte terrestre s'accroitrait chaque année de plusieurs millimètres.

Cette augmentation de masse aurait des conséquences au point de vue des mouvements de la Terre; en particulier la durée du jour serait plus grande et celle de l’année deviendrait plus petite; et, accumulées d'année en année, ces variations de durée n'auraient pas échappé aux mesures précises faites dans les différents observatoires astronomiques depuis des temps déjà très longs.

CI, L. Rudaux.

Récolte des corpuscules magnétiques dans l'eau de fusion de la neige fraiche.

142. Origine des étoiles filantes. — Nous avons vu que les étoiles filantes paraissaient presque toujours issues d'un même point du ciel auquel on a donné le nom de radiant.

Un radiant est donc l'origine apparente d'un ensemble de corps cheminant parallèlement dans une direction commune, avec une vitesse de l’ordre de celle des comètes : 42 kilomètres à la seconde.

Des savants ont tenté de dénombrer les radiants. De la discussion de plus de cent mille observations ellectuces tant en Europe qu'aux Etats-Unis, on a pu conclure à l'existence de plus de 4500 radiants; et encore cette liste est-elle forcément très incomplète, étant donné le grand nombre de points de la Terre auxquels on n'a pu faire aucune observation.

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