‹ Le ciel. Illustré sous la direction de Lucien RudauxChapitre 185 sur 390 · DE L'UNIVERS · texte numérisé non relu

DE L'UNIVERS

Rien ne s'oppose à cette conception que la contemplation du ciel fait naitre immédiatement dans notre esprit.

En eflet, revenons un instant sur nos pas; repassons dans notre mémoire les données que nous avons relativement aux dimensions et aux distances des corps célestes.

La Terre, à peu près sphérique, a un diamètre de plus de 12000 kilomètres. Ce globe, énorme si nous le mettons en parallèle avec les constructions élevées de main d'homme, est cependant très petit; on en fait, aujourd'hui, le tour en soixante jours ; demain, peut-être, nos rapides avions nous mettront à même d'accomplir en moins d’une semaine ce voyage circulaire, et il n'est qu'une planète moyenne parmi les mille astres qui gravitent autour du Soleil.

Le Soleil lui-même, malgré son volume treize cent mille fois supérieur à celui du globe terrestre, ce globe de feu qui reste le centre de «notre monde», n'est qu'une étoile parmi les étoiles innombrables semées sur la voûte du ciel, et il est loin d’être la plus grosse : Sirius, Capella, Arcturus, Canopus, Bételgeuse, sont des millions de fois plus gros que lui. Et il n'est que l’un des atomes célestes qui constituent cet immense amas, en forme de lentille, qui, vu par sa tranche, nous apparait sur le fond noir du ciel sous la forme de la Vore lactée.

Notre Soleil est donc simplement une des innombrables étoiles qui forment l’amas stellaire de la Voie lactée, ainsi, sans doute, que les étoiles les plus voisines de nous. On évalue à un milliard le nombre des étoiles visibles, soit télescopiquement soit photographiquement, et peut-être l'accroissement de la puissance de nos instruments n'accroitrait-il pas d’une façon appréciable le nombre des étoiles visibles, si toutes les étoiles que nous voyons appartiennent à la Voie lactée.

Mais combien y a-t-il, dans le ciel infini, d'autres « voies lactées » ? Les amas d'étoiles que nos puissants télescopes découvrent avec peine marquent la limite de ce que nous pouvons voir ; mais au delà ? Les univers insulaires, dont nous avons dit un mot au chapitre précédent, ces « univers-iles » dont la conception nous est suggérée par la vue des innombrables nébuleuses spirales accumulées vers les pôles de la Voie lactée, ne nous incitent-ils pas à concevoir des Mondes, en nombre infini, peuplant les infinis de l'Espace céleste? et, en outre, il y a les astres dont la lumière mettrait, si elle pouvait arriver jusqu'à nous, des milliers et des milliers de siècles à effectuer son trajet, malgré sa prodigieuse vitesse de 300000 kilomètres à la seconde, qui fait qu'elle ne met que huit minutes à nous parvenir du Soleil!

En présence de cet infini, l'esprit se sent comme écrasé d'abord, puis se redresse avec une sorte de fierté, la fierté bien légitime de s'élever ainsi de notre modeste grain de sable jusqu'à la conception d'une pareille immensité.

174. Le rythme de l'Univers. — Mais une seconde question peut se poser dans le domaine agrandi du « comment ». Cette question est celle de l’invariabilité de l'Univers et de la fixité des Soleils qui le constituent.

La permanence de l'aspect général des constellations célestes, au moins depuis les temps historiques, a amené les hommes à considérer les étoiles comme «fixes » dans le ciel, et cette fixité apparente concordait à merveille avec l’idée primitive que l'on se faisait de la voûte céleste, car on se la représentait comme une sorte de coupole à laquelle, comme autant de clous brillants, les étoiles seraient fixées.

Mais, la précision croissante des instruments d'observation, l'application constante des mesures micrométriques et, enfin, l'étude des clichés photographiques dont l'ensemble constitue la Carte du ciel, sont venues à point pour montrer qu'il fallait

Equatorial PHOTOGRAPHIQUE de l'observatoire royal d'UCCLE (Bruxelles)

renoncer à cette notion de la fixité des étoiles et de l’invariabilité de leurs distances.

Et, en cela, les astronomes procèdent à l'inverse des topographes. Ceux-ci, pour faire la carte d'une portion de la Terre, y effectuent d'abord sur le terrain des mesures de détail d’angles et de distances, et c'est en groupant ces mesures qu'ils arrivent à dessiner la figure qui constitue la Carte d'ensemble

L'astronome, lui, agit tout autrement; à l’aide de la chambre noire adaptée à ses lunettes, il prend d'abord une image d’ensemble de la portion du ciel qu'il veut étudier; puis c'est sur cette image qu'il fait par la suite, à l’aide d'appareils micrométriques de précision, les mesures de détail nécessaires à la connaissance de la position précise de l’astre dont il entreprend de connaitre la position ou les divers mouvements.

Nous avons vu, en parlant du Soleil, comment, par une application élégante du principe de Doppler-Fizeau, on était arrivé à constater et à mesurer le déplacement, dans l’espace, du système solaire tout entier. On a pu ainsi montrer que notre Soleil se dirige vers l'étoile Wega à la vitesse de 20 kilomètres par seconde, soit 72000 kilomètres à l'heure ou environ 600 millions de kilomètres par an. On appelle ce point : l'Aper.

Le même principe, appliqué à d'autres étoiles, a permis de mesurer leurs vitesses radiales, c'est-à-dire dans le sens mème du rayon lumineux qu'elles nous envoient, autrement dit leurs vitesses de rapprochement ou d’éloignement.

Mais il y a une autre catégorie de déplacements:ce sont ceux qui ont lieu perpendiculairement à la direction du rayon visuel qui va de notre œil à l'étoile. Ce déplacement est maintenant constatable directement sur les clichés de la Carte du ciel, en comparant les mesures prises sur deux épreuves de la mème région du ciel effectuées à plusieurs années d'intervalle.

Plusieurs raisons occasionnent ce déplacement apparent des étoiles. Sans parler du mouvement de la Terre sur son orbite, ce qui, étant donné l’énormité des distances stellaires par rapport aux dimensions de l'écliptique, n'occasionnerait que des déplacements infinitésimaux et, en tout cas, périodiques, il ya le mouvement propre du système solaire dans l’espace. Ces mouvements nous semblent d'autant plus petits que les étoiles considérées sont plus éloignées de nous, de même que, dans un train de chemin de fer, nous voyons les arbres situés à l'horizon s'éloigner en sens inverse de la marche du train beaucoup plus lentement que ceux qui sont au voisinage immédiat de la voie ferrée.

Enfin, il y a les mouvements propres dont les étoiles sont affectées. De mème que notre Soleilse meut vers l'étoile Wega, de même chacune des étoiles du ciel se meut sans doute dans une direction déterminée. On peut donc le constater sur les clichés refaits de la Carte du ciel. Les astronomes anglais ont trouvé qu'au bout de 10 ans, 1 pour 100 des étoiles s'étaient déplacées d'une façon appréciable: au bout de 12 ans, on trouvait 1 12 pour 100; 2 pour 100 après 14 ans; 2 1/2 pour 100 au bout de 16 années.

Ainsi les étoiles ont des mouvements propres qui changent et changeront encore bien plus, avec le temps, l'aspect des

constellations célestes. Parmi ces mouve ments, les uns sont rapides et les autres sont plus lents la plus grande rapidité des mouvements des étoiles de la première catégorie semble montrer quelles sont probablement plus voisines de notre Soleil, pour la raison que nous avons indi quée il y à un instant.

On a été amené à conclure de là que les étoiles les plus rapprochées du Soleil sont réparties dans l'espace de manière à peu près uniforme, et forment une sorte d'«amas globulaire dont notre Soleil ferait lui mème partie, et qui est indépendant de la façon dont sont constituées les régions du

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