RADIATIONS
une région « nébulaire », Arrhenius a calculé que sa température devait être de 50 degrés absolus (220 degrés au-dessous de zéro).
Notre germe voyageur va donc avoir à supporter,au cours de sa pérégrination, qui durera, comme nous l'avons vu, des semaines, des mois ou même des années et des siècles, une température comprise entre — 220 et — 273 degrés. Que va-t-il en résulter au double point de vue de sa vitalité et de sa puissance germinative ?
A cette question, la réponse, et une réponse victorieuse, est fournie par les physiciens et les physiologistes de l'école moderne; cette réponse est, d'ailleurs, basée sur des expériences absolument concluantes, comme on va le voir.
Au laboratoire de l'InstitutJenner, de Londres, on a pu tout récemment conserver dans de l'oxygèneliquide, à — 250 degrés pendant plus de 20 heures, des spores de bactéries qui ont parfaitement gardé leur pouvoir germinatif malgré cette dure épreuve, ainsi que l'expérience l'a démontré. Le professeur Mac Fayder a maintenu pendant plus de 6 mois des germes organiques à la température de 200 degrés au-dessous de zéro sans que leur puissance germinative ait été, non seulement détruite, mais méme altérée.
Svante Arrhenius fait remarquer (1) que rien n’est plus naturel que cette conservation de la puissance germinative à de très basses températures. Cette puissance ne doit disparaitre, en effet, que sous l'influence de quelque réaction chimique. Or, on sait que ces réactions se font d'autant plus lentement que la température du milieu s’abaisse davantage. A la température de l’espace intersidéral, les réactions de la vie doivent se produire avec une activité un milliard de fois plus faible qu'à la température de 10 degrés au-dessus de zéro, et, à la température de — 220 degrés, la puissance germinative ne diminuerait pas plus, pendant 3 millions d'années, qu'elle ne diminue en un jour à la température courante de 10 degrés au-dessous de zéro.
Ainsi, toute inquiétude doit être levée en ce qui concerne l'action prolongée du froid sur notre germe voyageur ; cette action est sans effet nocif sur la puissance germinative des spores.
Le temps, s'il agit seul, semble également inoffensif; on a trouvé, en effet, dans des sépultures romaines, des bactéries qui y étaient sûrement restées intactes pendant 1 S00 années et qui, cependant, après ce long intervalle, se sont montrées parfaitement capables de germer. Et l’on sait que récemment le professeur Galippe, de l'Académie de médecine, a constaté le pouvoir germinatif de germes recueillis dans des papyrus égyptiens.
Reste une dernière action de l’espace intersidéral, action qui se superpose à celle du froid et à celle du temps : c'est celle du vide et de la sécheresse absolue qui s'y rencontrent.
Cette action ne parait pas non plus être dangereuse pour les germes de vie ; Schræder a fait voir qu'une algue verte, le pleurococcus, pouvait vivre pendant trois mois dans un milieu absolument desséché par l'acide sulfurique.
Le professeur Maquenne, membre de l'Institut, a été encore plus loin; il a démontré que des graines pouvaient séjourner pendant plusieurs années dans le vide absolument sec d'un tube de Crookes sans perdre le pouvoir de germer, et Paul Becquerel a pu observer des résultats identiques sur des spores de mucosinées et des bactéries.
Mais ce dernier savant a poussé ses expériences encore plus loin; au laboratoire de Leyde, à ce « laboratoire du froid » où se poursuivent de si admirables travaux sur les effets des basses températures, il a soumis pendant trois semaines des bactéries et des spores à l'action combinée du vide, de la dessiccation absolue et d'un froid de — 253 degrés; leur vitalité s'est parfaitement conservée.
Ainsi le milieu intersidéral n’est pas un milieu destructeur de la puissance germinative des germes vivants.
185. L'action des radiations. — On a, toutefois, opposé à la théorie d'Arrhenius une objection assez sérieuse, au moins au premier abord : c'est l'action mortelle des radiations ultra-violettes sur les germes vivants.
On sait, en effet, que cette action existe; elle existe même tellement qu'on a pensé l'appliquer dans la pratique pour stéril'Évolution des mondes
(1) ARRHEXNIUS : (trad. Seyrig), p. 238.