LES MONDES
suivra les remous et les courants et finira par tomber sur un substratum soit solide, soit liquide, qui lui offrira les meilleures conditions pour son développement ; alors, la vie sera née à la surface d’un monde jusqu'alors inerte.
Et, alors mème qu'il s'écoulerait des millions d'années entre le moment où une planète est susceptible de devenir un véhicule de vie et celui où un premier germe y tombe et s’y développe pour en prendre possession pour la vie organique, cela est encore peu de chose relativement à la durée pendant laquelle cette vie pourra y subsister en plein développement.
Aussi, d'après cette grandiose conception du physicien suédois, un germe, enlevé par un vent ascendant au sol d’une planete, peut etre transporté sur une autre planète et y apporter la vie, si celle-ci n’y est pas encore développée.
Dès lors s'impose la conclusion que si tous les êtres qui vivent sur une planète déterminée sont dérivés d’un germe initial, ils n'ont puse reproduire dans leurinfinie variété que par l’évolution des formes qui sont sorties de ce germe original. Constitués par des cellules dont la substance est formée de combinaisons directes du carbone, de l'hydrogène et de l'azote, ils doivent avoir une analogie nécessaire dans leurs matières constitutives.
D'ailleurs, les éléments qui constituent cette matière sont ceux-là mêmes qui forment celle des germes voyageurs, et ceuxci peuvent tomber aussi bien sur un astre que sur un autre; il doit donc y avoir aussi quelque analogie entre les êtres qui vivent sur les planètes d'un système solaire éloigné et ceux qui vivent sur la Terre; à plus forte raison s'ils habitent une planète circumsolaire.
Et ainsi apparait la naïveté, presque enfantine, de la conception que se sont faite des « Martiens » certains auteurs qui les représentent comme des êtres étranges, aux tentacules extraordinaires, aux formes décevantes et bizarres, et possédant des organes et des fonctions complètement inconnus des animaux terrestres !
Une autre conclusion se dégage aussi de cette belle théorie : c’est que la vie est un perpétuel recommencement. Nous retrou vons cette conclusion d'Arrhenius que nous avons rappelée en exposant sa théorie de l’origine et de l'évolution du monde, et dans laquelle nous avons vu que des mondes nouveaux pouvaient naître de la rencontre de deux astres morts.
Quoi qu'il en soit, nous concevons la possibilité, pour les planètes des divers mondes, d’être habitées par des êtres vivants. Et ainsi sombre cette ancienne conception, parallèle à celle qui faisait de la Terre le centre de l'Univers et qui voulait que, seule, notre planète füt habitée.
Il n'y a évidemment aucun motif à ce que le globe terrestre, seul entre les innombrables terres du ciel, jouisse du privilège de posséder la vie à sa surface; et son habitabilité n’est sans doute qu'un cas particulier de l'habitabilité des planètes, non seulement du monde solaire, mais encore de tous les autres mondes. Toutefois, ce que nous venons de dire au sujet du transport, sur un astre inerte, d'un germe vivant existant déjà sur un autre, laisse sans solution le problème de l'origine première de ce germe. D'où vient, en eflet, la première cellule? et quelle Cause, suprème et toute-puissante, supérieure à notre raison, lui a donné la vie? C'est l'éternel et troublant mystère de la Création qui reparait alors à nos yeux.
187. Est-il possible à l'homme de se transporter dans les planètes? — ‘lelle est la dernière question que nous avons à examiner avant de terminer l'histoire des astres qui constituent le système solaire. Ù
Cette question est évidemment connexe de celle de 1 habitabilité des planètes, et le jour où l'homme s'est posé sur l’une d'elles, il s'est certainement aussi posé sur l'autre.
Tout d'abord, il faut bien remarquer qu'ilne saurait ètre question d'employer, pour un tel voyage, un « aéronef » quel
conque, dirigeable ou aéroplane, Les acronels, en ellet, sont basés sur l'action sustentatrice de l'atmosphère, s'exerçant
soit statiquement, en vertu du principr
180 LE «x CANON » DE JULES: VÆRNE
Les MARTIENS, tels qu'ils ont été conçus par l'imagination du romancier anglais WELLS (d'après les dessins de M. Dudouyt, qui illustrent le roman /a Guerre des Mondes).
d'Archimède, sur les aérostats, soit dynamiquement, en vertu des lois de la résistance de l'air, sur les aéroplanes.
Or, l'atmosphère susceptible d'exercer cette action cesse pratiquement à 100 kilomètres d'altitude au-dessus du sol terrestre ; et qu'est cette distance de 100 kilomètres par rapport aux intervalles qui nous séparent des planètes, mème les plus voisines ?
Un aéronef ne permettrait donc de parcourir qu'une partie infinitésimale du trajet céleste. Il est, par suite, indispensable de rechercher dans une autre direction.
Cette « autre direction » est celle qui consiste à « lancer » loin de la Terre un corps mobile, contenant le ou les voyageurs, et à le lancer à une vitesse suffisante pour qu'il atteigne et dépasse le point où l'attraction de la Terre et celle de l’astre visé se font équilibre. Il y a, en effet, sur la ligne droite qui joint les centres des deux sphères, un point «d'égale attraction ». Une fois ce point dépassé, le projectile lancé de la Terre échapperait à l'attraction de notre globe et continuerait en ligne droite sa route dans l’espace.
Une première méthode a été rendue populaire par le prestigieux roman de Jules Verne, ayant pour titre: De la Terre à la Lune.
Dans ce roman, l’auteur suppose que des artilleurs, à qui pesait l’inaction de la paix, ont fait le projet d'envoyer dans la Lune un obus pouvant contenir trois voyageurs. Les calculs sur lesquels repose la donnée de ce roman scientifique sont rigoureux et avaient été faits par l’un de nos plus célèbres mathématiciens.
Le canon, braqué verticalement, en un lieu de la Terre au zénith duquel passe la Lune, et à l’époque voulue, était supposé chargé d’une quantité de fulmicoton suffisante pour imprimer au projectile une vitesse supérieure à la vitesse limite au delà de laquelle la zone d'attraction terrestre peut ètre dépassée. Cette vitesse limite est de 11 280 mètres par seconde. Dans ces conditions, pourvu que le coup soit tiré à un jour et à une heure déterminés par les mouvements de la Lune, le projectile peut et doit atteindre notre satellite.
Mais dans quelles conditions ce projectile peut-il constituer un « véhicule » à voyageurs, de façon que ceux-ci ne soient pas
2 réduitsen miettes au moment même de l'explosion? C'est ce qui sur les PLANETES. Ce que péserait,
: “ x ; : : reste à trouver.
sur les différentes # Terres du ciel », 1 me dont le poids, sur la Terre, serait : S ° Fe . ”. HO Lilosramme En effet, des voyageurs au repos, à l'intérieur de l'obus, se
L'intensité de la PESANTEUR
JSÉE, »
D'ESN'AULT-PELTERTE 181
Un paysage possible de la PLANÈTE MARS. Dans le crépuscule du soir, la Terre brille à droite comme
« étoile du berger *, et les deux petites Lunes,
Déimos et Phobos, montrent leurs croissants éclairés.
trouveront, au moment du départ de celui-ci à la vitesse indiquée plus haut, dans les mêmes conditions que s'ils le recevaient sur le corps. « Etre dans l’obus ou être devant, c'est la même chose.» Par conséquent, la solution du projectile peut ètre un moyen d'atteindre la Lune, mais non un moyen d'y envoyer des êtres vivants, avec, pour ceux-ci, la chance d’être encore en vie à l’arrivée.
Tout récemment, un ingénieur-aviateur de grand savoir, M. Robert Esnault-Pelterie, Président de la chambre syndicale des industries aéronautiques et Assistant du cours d'aviation de la Sorbonne, a indiqué une méthode qui, si elle n’est que théorique pour le moment, a du moins le mérite d’être de réalisation éventuellement « possible ». Nous allons résumer rapidement les vues sur lesquelles s’est appuyé l'auteur de ce projet.
Remarquant que l'on ne doit pas tabler sur la résistance de l'air, à cause de la faible partie du trajet à eflectuer dans l’atmosphère terrestre, M. Esnault-Pelterie recherche d’abord si nos connaissances mécaniques nous signalent la possibilité d'existence d’un moteur qui, sans le secours d'aucun point d'appui fixe, soit capable de propulser un véhicule.
Si étrange que cela puisse paraître à celui qui n'y a jamais songé, nos connaissances nous l'indiquent et ce moteur existe mème depuis fort longtemps : c'est tout simplement la fusée.
On dit couramment que «la fusée se propulse par réaction sur l'air ». La première partie de cette locution est exacte, mais la seconde partie est fausse. La fusée se propage, en eflet, par réaction, mais l'air n’est nullement nécessaire à la propulsion de l'engin, et celui-ci se mouvrait aussi bien, et même mieux,
L'intensité de la PESANTEUR sur les PLANETES, Importance des SAUTS qu'un même effort musculaire permettrait à un homme de réaliser
sur les différentes «
Terres du Ciel *