‹ Le ciel. Illustré sous la direction de Lucien RudauxChapitre 216 sur 390 · LA GRANDE LUNETTE DE · texte numérisé non relu

LA GRANDE LUNETTE DE

MIROIR de 2 mètres de diamètre du SIDÉROSTAT de la GRANDE LUNETTE de 1900, construit par Gautier.

Miroir Objectif Contre poids

Le tube de la GRANDE LUNETTE de l'Exposition de 1900 (60 metres de longueur,

1,25 d'ouverture).

60 metres ---------- -

k Léquilibrant

” le miroir IT Support mobile Plancher u miroir

Du

FIG. 136. — La GRANDE LUNETTE de l'EXPOSITION DE 1900, disposée horizontalement en face de son SIDEROSTAT.

l’idée de réaliser la lunette la plus grande qui ait jamais été fabriquée : il la construisit pour l'Exposition de 1900. L'objectif avait 12,25 d'ouverture, avec une distance focale de 58 mètres.

L'énorme tube qui formait le corps de la lunette était couché horizontalement et devant l'objectif se mouvait le miroir du grand sidérostat, miroir qui n'avait pas moins de 2 mètres de diamètre : c’est la plus grande surface optique qui eût été travaillée jusqu'alors. Le grossissement fhéorique d'une pareille lunette peut aller jusqu'à 10 000 fois (grossissement linéaire), alors que les plus forts grossissements obtenus antérieurement dépassaient à peine 4 000. Seulement, pour obtenir ce résultat, il faudrait que la lunette fût placée dans une atmosphère pure, au sommet d'une haute montagne!

Et, hélas! l'Exposition une fois fermée, personne ne s’est trouvé pour faire l'acquisition de ce magnifique instrument dont les pièces, aujourd'hui démontées, gisent sous un hangar à l'observatoire de Meudon, faute des crédits nécessaires pour qu'on puisse les utiliser.

Le sidérostat de Léon Foucault, dont nous donnons une représentation photographique, rend, par réflexion dans un miroir, l’image d’un point du ciel immobileet renvoie horizontalement les rayons lumineux issus de ce point. Mais l'image du ciel entier parait tourner autour du point ainsi immobilisé.

Le professeur G. Lippmann, l'illustre physicien à qui l'on doit la découverte de la photographie interférentielle des couleurs, est allé plus loin encore et a imaginé le cælostat, dans lequel c'est l'image du ciel tout entier qui est immobilisée dans le miroir. Et, ce qu'il y a de plus remarquable, c'est la simplicité avec laquelle ce résultat a été obtenu. Voici quel en est le principe :

Imaginons un mouvement d’horlogerie dont l'axe porteaiguille fasse un {our en 48 heures, et appliquons un miroir contre cet axe. Le ciel tout entier, par suite du mouvement diurne, parait faire un tour en 24 heures, et son image se réfléchit sur le miroir dont la vitesse angulaire est moitié moindre, Mais on démontre en Optique que lorsqu'un miroir tourne d'un certain angle, le rayon réfléchi par lui tourne d'un angle double. L'image du ciel, grâce à la rotation deux fois

plus lente du miroir, sera donc réfléchie toujours dans la même direction.

196. Les équatoriaux photographiques. — L'équatorial a reçu, au cours des vingt-cinq dernières années, une application dont l'importance le place au premier rang parmi les outils de l'astronomie : je veux parler de la carte photographique du ciel.

C'est en étudiant les admirables clichés des diverses régions célestes obtenus par les frères Henry que l'amiral Mouchez eut l'idée d'une carte générale du ciel, faite à l’aide de la photographie, et qui fournirait, par l'étude micrométrique des clichés qui le constitueraient, le plus parfaitet le plus «impersonnel » des catalogues d'étoiles.

Une véritable campagne internationale fut organisée grâce

Le CŒLOSTAT du professeur LIPPMANN.

198 LA- CARTE :PHOTOGRAPEHIOUENDUNCLEE

plus aisée cette opération qui s'effectue avec des microscopes à chariot micrométrique sur lequel on place ies clichés, et qui, à l'observa-

F1G. 137. — Reproduction réduite d'un CLICHE de la CARTE PHOTOGRAPHIQUE du ciel

à l'initiative de la France, en 1889, et elle a porté ses fruits : la collaboration de dix-huit observatoires, répartis sur toute la Terre, a été assurée et, grâce à leurs travaux, la « carte » dressée fournira les positions des étoiles jusqu'à la 18° grandeur inclusivement.

Tous les observatoires participants se servent de lunettes identiques, de 33 centimètres d'ouverture, montées équatorialement. Les plaques sensibles employées permettent l'enregistrement des étoiles jusqu'à la 18° grandeur.

Comme chaque cliché contient au moins une étoile fondamentale, on pourra rapporter à la position de celle-ci celle de toutes les étoiles contenues dans l'étendue du cliché où elle figure. Un réseau quadrillé impressionné sur la gélatine rend

toire de Paris, est confiée à un service composé de femmes et de jeunes filles. A l’observatoire du Vatican, à Rome, ce service est fait par des religieuses.

Afin d’être certain de couvrir la totalité du ciel, sans lacunes, l'angle de chaque plaque coïncide avec le centre de la plaque précédente; chaque plaque est d’ailleurs prise plusieurs fois, afin que les accidents de la gélatine, les points qui peuvent s’y trouver, ne puissent pas être pris pour des images d'étoiles : ces accidents, en effet, ne se reproduisent pas à la même place sur tous les clichés et sont, ainsi, faciles à distinguer des étoiles qui, elles, occupent toujours une place fixe sur un cliché donné.

Aujourd'hui, tous les observatoires, même ceux qui ne participent pas à la carte du ciel, possèdent des équatoriaux photographiques.

Souvent ceux-ci comportent, montés sur le même support à mouvement d'horlogerie, deux tubes parallèles : l’un avec l'objectif photographique et la chambre noire, l’autre avec l'objectif « visuel » et l’oculaire micrométrique servant aux mesures et aux observations directes.

C'est la photographie astronomique qui a permis, non seulement de découvrir des étoiles que leur faible luminosité rendait invisibles à nos yeux, mais encore de faire l'étude précise des nébuleuses et de leurs formes, vraiment rendues avec un peu trop de fantaisie par les dessins des observateurs d'antan. Elle a permis, entre autres, de découvrir un des satellites de Saturne : Thémis, en 1905.

De plus, grâce à la découverte de la petite planète Eros, grâce à la faible distance de celle-ci, on a obtenu une valeur plus exacte de la distance du Soleil à la Terre,et cela à l’aide de la photographie astronomique : il fallait, en effet, obtenir, dans ce but, des séries de déterminations rigoureuses des positions de la planète.

Vingt et un observatoires prirent part à cette opération, en exécutant des milliers d'épreuves photographiques, grâce aux mesures desquelles ladistance du Soleil à la Terre est aujourd'hui connue à 0,0001 près. Et enfin un astronome viennois a annoncé récemment la découverte d'une autre planète tournant, cette fois, entre la Terre et Mars: on peut espérer, grâce à elle, obtenir une précision plus grande encore, toujours à l'aide de la photographie céleste.

Une nouvelle application de la photographie à l'astronomie

Page 1