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L'OBSERVATOIRE

LA CARTOGRAPHIE LUNAIRE 233

LES PROGRÈS DE LA CARTOGRAPHIE LUNAIRE. Une même région de notre satellite (Apennins).

1. D'après la carte de la Lune d'Hévélius (1643); 2. Vue sur une carte moderne de Gaudibert;

MM. Deslandres à Meudon et Hale en Amérique, comme MM. Belopolski en Russie et Ricco en Italie, font journellement d'admirables épreuves, de l'étude desquelles ils tirent les plus importantes conséquences.

Mais la photographie n’est pas seulement appliquée à l'Astronomie pour l'enregistrement des raies spectrales : elle sert aussi pour l'étude directe du ciel.

En 1884, un astronome de haute valeur, l'amiral Mouchez (1821-1892), qui fut directeur de l'observatoire de Paris à la mort de Leverrier et qui s'était distingué par ses observations du passage de Vénus à l'ile Saint-Paul, en 1874, présentait à l'Académie des Sciences des clichés admirables, représentant une portion de la Voie lactée. Ces clichés avaient été obtenus à l'observatoire de Paris par deux astronomes, les frères Paul et Prosper Henry ; il insista sur l'avenir que de pareils travaux assuraient à l'étude du ciel, et fit construire pour l'observatoire l « équatorial photographique » dont les frères Henry avaient eu la conception.

Aujourd'hui, la méthode photographique est devenue générale én astronomie. Tout observatoire qui se respecte et qui en a les moyens tient à avoir son équatorial photographique, et l’on obtient l'enregistrement des images des étoiles jusqu'à la 18° grandeur inclusivement.

La perfection des épreuves obtenues par les frères Henry suggéra à l'amiral Mouchez l'idée de réaliser une carte photographique du ciel, obtenue par l'exécution d’une série de clichés de grandeur uniforme, qui seraient exécutés par tous les observatoires adhérant à la convention internationale, chacun d'eux étant chargé de photographier une région déterminée du firmament. Celui-ci fut divisé en dix-huit zones à peu près égales et chacune de ces zones fut attribuée à un observatoire différent. Sur les clichés, on fait, avec des microscopes micrométriques, des mesures de distances angulaires des étoiles et on peut dresser ainsi un catalogue qui donnera les positions de plus de deux millions d'étoiles jusqu'à la 11° grandeur.

Mais, indépendamment de la «carte du ciel »,la photographie a permis d'en entreprendre une autre, à beaucoup plus grande échelle : c'est la carte photographique de la Lune.

On possédait déjà des cartes de la Lune dessinées; mais c'est en 1894 que l'observatoire de Paris, sous l'impulsion de Maurice Loewy (1833-1908), nommé directeur à la mort de Tisserand, commença l'exécution de la carte photographique de notre satellite, à l’aide de l'équatorial coudé imaginé par M. Loewy, etqui a permis d'obtenir, grâce à ses 1S mètres de distance focale, une photographie directe du disque lunaire plus grande que toutes celles que l'on avait obtenues jusqu'à présent. Cette œuvre est continuée, depuis la mort de Loewy, par M. Pierre Puiseur, son collaborateur, astronome à l'observatoire, membre de l'Institut, à qui l'on doit de magistrales études sur la Lune et sur les nébuleuses spirales, et par M. Le Morvan, astronome à l'observatoire.

La photographie astronomique rend encore d'autres services :

. Sur une photographie prise au Mont Wilson.

les observatoires américains obtiennent couramment d'admirables épreuves des nébuleuses; on photographie aujourd'hui les comètes aussitôt qu'elles sont signalées.

Et bientôt, peut-être, on pourra faire la « Cinématographie du ciel ». En eflet, si l'on photographie les phases successives d'un phénomène céleste variable, comme une comète, par exemple, à différents intervalles assez rapprochés, on pourra,en reportant ces épreuves les unes à la suite des autres sur une bande de cinématographe, réaliser un « film » qui reproduira, dans un espace de temps réduit, toutes les phases du phénomène en question, représentées avec une vitesse accélérée.

Et si cette méthode s'étend, dans la suite, sur des intervalles de temps séculaires, quel ne sera pas l'intérêt que présenteront les « films » qui permettront de voir les déplacements des étoiles, les évolutions des nébuleuses ou les transformations des planètes de notre système?

La photographie qui,suivant le mot heureux de Janssen, est devenue « la rétine du savant », n’est pas près d'être au bout des services qu'elle a rendus et qu'elle rendra encore à la science du ciel.

235. Les perfectionnements de la technique instrumentale. — Cet aperçu de l'histoire de la science astronomique ne serait pas complet si nous n'y donnions un rapide résumé des progrès par lesquels a successivement passé la construction des instruments, organes essentiels de l'observation des astres et facteurs importants des découvertes faites au cours des siècles dans le domaine astronomique.

Le plus ancien des instruments parait ètre le gnomon, que les traditions nous montrent avoir été connu dès la plus haute antiquité chez les Egyptiens, les Chaldéens, chez les Grecs, et aussi chezles Incas en Amérique. Le rôle du gnomon, qui, par la mesure de la direction de son ombre, donne l'azimut du Soleil et la hauteur de l’astre par la mesure de sa longueur, a été considérable et l’on explique très bien l'importance que l’on a attachée à cetinstrument à la fois sisimple et si précieux. En munissant le style du gnomon d'une plaque percée d'un petit trou qui donnait une image lumineuse du Soleil au centre d'un disque noir, on améliore beaucoup sa précision : ce perfectionnement est attribué aux astronomes arabes. Cette précision augmente avec la hauteur du style; aussi s'explique-t-on aisément la construction des gnomons le long des édifices élevés, des églises, par exemple, comme celui de l'église Saint-Sulpice, à Paris.

Mais, à l'école d'Alexandrie, apparurènt pour la première fois les « sphères » munies d’« armilles », c'est-à-dire de cercles orientés suivant les divers grands cercles que les astronomes sont amenés à considérer : méridien, équateur, écliptique, zodiaque, etc. Iipparque disposa des armilles pour en fair un instrument d'observation sous la forme de l’«astrolahi sphérique »; mais il simplifia l'appareil et créa | « astrol planisphère »; c'est un disque divisé, sur lequel se me

LA TECENAQUIE

elle on peut viser un astre déterminé

hauteur sur les divisions. Enfin, c’est

que l'on doit, probablement, l'invention

rcle » dont Ptolémée donne la description dans

Le : on sait quel usage on a fait de cet instrument

qui a été, jusqu'au xvin®

siècle, le seul appareil de

mesures angulaires qui fût

à la disposition des astronomes.

Au moyen âge, les califes de Bagdad firent construire d'énormes instruments, dont on retrouve, encore aujourd'hui, quelques vestiges. Mais, en Occident, on n'avait guère que des appareils rudimentaires, tels que | « astrolabe de mer » et |’ «anneau astronomique », qui ne sont que des réductions de l’astrolabe planisphère d'Hipparque.

Puis, les navigateurs employèrent l’arbalestrille et le quartier anglais, dont les figures ci-jointes montrent suffisamment le rôle dans la détermination de la hauteur des astres au-dessus de l'horizon.

Mais, à mesure que croissait la précision des observations, devait croitre aussi la précision des mesures; on ne secontentait plus d'apprécier les angles en degrés, en demi-degrés ouen quarts de degré: on voulut en estimer desfractions plus petites.

La première solution fut celle des « transversales ». A cet eflet, les traits de la division du cercle de l'instrument étaient tracés de façon que l'extrémité supérieure de chaque trait füt située sur le même rayon que l'extrémité inférieure du trait précédent. Si donc la tranche de l’alidade qui marquela position du rayon visuel est divisée en un certain nombre de parties égales, 10 par exemple, le nombre de ces parties comprises entre le bord supérieur du cercle et le pointoù la tranche rencontre une des divisions sera proportionnel à l'arc fractionpaire qu'il s'agit d'évaluer. Dans le cas de la figure, cet arc sera donc 6 dixièmes et deux tiers, soit 6,6.

Cet artifice ingénieux a été appliqué sur la plupart des grands quarts de cercle construits au xvr° siècle. Sur ces quarts de cercle de grand rayon, la longueur d'un degré était assez grande {sur un cercle de 2,50 de rayon, la longueur d'un degré atteint, en effet, 22 millimètres) pour que l'on püt apprécier ainsi les minutes et mème les demi-minutes.

Mais la vraie solution de la subdivision des degrés tracés sur

L'ASTROLABE de Regiomontanus (Astrolabe planisphère, 1468).

Anciens instruments d'observation.

L'ARBALESTRILLE. Le QUARTIER ANGLAIS.

les cercles fut donnée en 1631 par Pierre Vernier, seigneur franc-comtois, qui imagina le petit arc de cercle glissant sur le cercle principal. Supposons que sa longueur, égale à celle de 9 divisions de ce cercle, soit divisée elle-même en 10 parties égales. Dans ces conditions, la différence entre la longueur d’une division de ce petitarc mobile, appelé « vernier », et celle d’une division du cercle, est 1/10 de celle-ci; et le numéro de la divi-

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