‹ Le ciel. Illustré sous la direction de Lucien RudauxChapitre 290 sur 390 · FERNEL, PICARD ET CASSINI · texte numérisé non relu

FERNEL, PICARD ET CASSINI

tiquement le nombre de tours de roue de son véhicule, la distance qui sépare Paris d'Amiens; il avait, au préalable, mesuré avec toute l'exactitude possible la circonférence de la roue.

Il trouva de la sorte, pour la valeur de l'arc d'un degré, 57070 toises, ce qui était un résultat prodigieux, puisqu'il donnait, à quelques toises près, malgré la rusticité du procédé employé, la même valeur que celle qui fut trouvée depuis au prix de longues et coùteuses expéditions et qui est de 27060 toises. Et ce résultat est d'autant plus remarquable qu'il fut obtenu sur l'initiative et avec les ressources d'un seul homme. Cela montre, une fois de plus, combien le génie supplée à l'insuffisance des instruments. L'homme qui, le premier,étudieun phénomène, en trouve généralement la mesure exacte, et les déterminations de ses successeurs, faites avec des instruments infiniment plus parfaits, ne font, le plus souvent, que confirmer les résultats obtenus par l'initiateur.

Il nous faut passer plus d'un demi-siècle, et arriver à l'année 1615, pour trouver une autre détermination géodésique, faite, celle-ci, dans les plaines des Pays- Bas par le Hollandais Snellius, qui mesura la distance qui sépare AIlkmaar de Berg-op-Zoom.

Cettedétermination, dont les résultats étaient fortementerronés, ne mériterait pas de mention spéciale, sans la circonstance remarquable dont elle fut accompagnée; c'est, en eflet, à cette occasion que Snellius imagina de toutes pièces la méthode dite de friangulation, qui est aujourd'hui la base de toute mesure géodésique. Aussi, ce titre seul suffirait à inscrire le nom du savant hollandais parmi les fondateurs de la géodésie moderne.

Quelques années plus tard, en 1635, un géomètre anglais, Richard Norwood, eut assez de persévérance pour mesurer luimême, à l’aide d’une « chaîne d'arpenteur », la distance qui sépare Londres de York, en « chaïnant » toute la route qui joint ces deux villes et en mesurant tous les coudes à l’aide de la boussole. Il trouva ainsi pour lalongueur d’un degré la valeur : 97 424 toises.

Mais la première expédition géodésique fut exécutée en 1665 sur l'initiative de l'Académie des sciences de Paris, qui venait alors d'être fondée. La savante compagnie estima qu'il serait digne d’elle de justifier sa création par l'exécution d'une œuvre importante au point de vue scientifique et décida de faire mesurer un arc de méridien terrestre avec une précision inconnue jusqu'alors. Elle chargea l’astronome Picard de faire cette détermination capitale.

Picard se mit à l’œuvre et exécuta la mesure d’arc avec une exactitude et un soin que l’on n'a guère dépassés. D'abord, il dota la mesure des angles d’un progrès essentiel, en substituant aux anciennes « alidades » à pinnules, qui servaient d'organes de visée sur les quarts de cercle{les «secteurs », comme on disait alors), des « lunettes » munies de réticules: il augmentait ainsi et la portée des visées et leur précision. À l’aide de règles de bois que l’on appelait alors « des perches », il mesura une base à Juvisy pour servir de point de départ à sa triangulation, et trouva comme résultat de ses mesures, pour la longueur de l'arc d'un degré, à la latitude moyenne de la France, la valeur: 57060 toises.

Puisque nous parlons de Picard, il est juste d'en profiter pour insister sur l'importance énormequ'a eue son œuvre scientifique. Il est le véritable créateur de la géodésie, de laquelle on a pu dire avec juste raison qu'elle était une « science française ». Lorsqu'il présenta à l’Académie des sciences le mémoire qui contenait les résultats de ses mesures, il fut le premier à proposer de couvrir le méridien de Paris, entre Dunkerque et Perpignan, d’une chaine de triangles qui s'étendrait à travers toute la France, et à laquelle se rattacheraient toutes les trian-

L'abbé PICARD, le créateur de la GEODESIE (1620-1682).

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