BOUGUER: ET LA CONDAMINE
mêmes de Newton avaient soulevé une question capitale et qui préoccupait gravement le monde savant : cette question était celle de l’aplatissement de la Terre au voisinage de ses pôles et de son renflement le long de l'équateur.
Voici à la suite de quelles circonstances cette grande « querelle scientifique » prit naissance.
En 1672, l'astronome Richer avait été envoyé en mission à la Guyane, dans la ville de Cayenne, en vue d'y faire des observations. Cayenne est située au voisinage de l'équateur, par 5 degrés seulement de latitude nord.
Arrivé dans cette ville, Richer fut étonné de constater que l'horloge astronomique qu'il avait emportée avec lui et dont il avait réglé avec soin, à Paris, le balancier sur le temps sidéral, retardait de deux minutes et demie par jour; il fut obligé de la régler à nouveau par des observations d'étoiles et d'allonger, pour cela, le balancier d'une ligne et quart. Quand, plus tard, ayant terminé ses travaux, il revint à Paris, il constata qu'il lui fallait rendre au balancier sa longueur primitive pour que l'horloge fût de nouveau d'accord avec la durée du mouvement diurne apparent de la sphère céleste.
Cette observation, qui provoqua la surprise et la curiosité des savants, donna lieu à de nombreuses expériences qui, toutes, vérifièrent le fait énoncé, et surtout, comme cela se passait alors, à d'interminables discussions plus littéraires que scientifiques. Mais la question restait cependant irrésolue, quand Newton en donna la solution dans ses Principes de philosophie naturelle qui parurent en 1657.
Il fit voir que la rotation de la Terre avait fait naître une force centrifuge, antagoniste à la pesanteur dont elle cause une diminution apparente; il supposa, comme Laplace devait plus tard le préciser, que la Terre avait été fluide au moment de sa formation, et que, sous le double effet de l'attraction du centre et de la force centrifuge derotation, elle avait dûù prendre une forme ellipsoidale; il calcula enfin que cette forme devait comporter pour la Terre un aplatissement qu'il trouva égal à 1/250 du rayon, et quecet aplatissement devait être la cause principale du phénomène de la précession des équinoxes.
La « question de l’aplatissement » était donc posée, et posée avec d'autant plus d'intérét que les lunettes, déjà assez puissantes, que l’on construisait à l’époque, démontraient l'existence, sur le globe de Jupiter, d’un aplatissement parfaitement visible.
Cassini, cependant, s'appuyant sur des raisonnements inexacts, n'admettait pas les conclusions de Newton et prétendait que la Terre devait, au contraire, être plus allongée vers les pôles et que son diamètre devait être diminué à l'équateur. Les philosophes de lépoque prirent parti dans la dispute, et Voltaire s'était fait le défenseur acharné, en mème temps que le propagateur, en France, des idées de Newton.
Dans ces conditions, l'expérience seule pouvait trancher le différend.
Si la Terre était de forme ellipsoidale, un deg ré de méridien devait être plus long près du l'équateur, sciences décida donc d'organiser deux expéditions géol'une en Laponie, pres du cercle polaire, sous la