‹ Le ciel. Illustré sous la direction de Lucien RudauxChapitre 30 sur 390 · DÉVIATION DES · texte numérisé non relu

DÉVIATION DES

un saut, celui-ci, résultant de l'effort musculaire, lancerait le sauteur dans l'espace à des distances énormes; ces distances ne sefarent limitées que par la résistance de l'air, si toutefois l'air pouvait encore exister, étant donné queses molécules, n'étant plus pesantes, ne seraient plus sollicitées à demeurer à la surface de la Terre et à s'y accumuler en couches concentriques.

Il en serait de même des molécules d’eau : aucune force ne les solliciterait vers le fond des récipients ou des cavités qu'elles sont, à l'ordinaire, appelées à remplir; les liquides n'iraient donc plus s’accumuler au

fond de leurs vases. Poussés par le vent, les

océans monteraient sans difficulté à l'assaut des rivages, et leurs vagues,

ire arctitn

CORPSSEN

grimpant sur les côtes sans être sollicitées de retomber, 6 --1 970.4 p9are y accumuleraient des montagnes d'eau. On ne pourrait plus « verser » le vin et l’eau dans les verres, car leur poids ne tendrait pas à les faire sortir de leurs flacons, d'où il faudrait les extraire mécaniquement, comme on extrait les bouchons.

Les métiers manuels seraient, pour la plupart, rendus impossibles, car le marteau, leur instrument principal, ne fonctionnerait plus, la masse qui le termine n'étant plus pesante, et il n'y aurait plus de repère possible pour indiquer, dans les arts, la direction de la verticale ou celle de l'horizontale, le fil à plomb n'existant plus pour la première, le niveau des liquides pour la seconde.

Enfin l'alimentation serait une chose très compliquée; les aliments liquides, en effet, ne descendraient plus par leur poids dans le tube digestif et dans l'estomac, où il faudrait les faire pénétrer par déglutition, comme on le fait pour les aliments solides, et l'expulsion des produits de la digestion serait chose difficile, car ces produits « indésirables », n'étant plus pesants, refuseraient de quitter le corps humain dont ils proviennent. -

Voilà quelques-unes des conséquences qu'aurait la suppression de la pesanteur résultant de l'augmentation de la force centrifuge par suite d’un accroissement de la vitesse angulaire de rotation du globe terrestre.

On voit donc que cette pesanteur, ou ce « poids » des corps contre lequel on maugrée si souvent, a du bon, et que ce serait un véritable désastre s'il venait à être supprimé tout d’un coup.

24. Déviation des corps en mouvement par suite de la rotation de la Terre.— La rotation de la Terre a encore une autre conséquence, et celle-là est des plus importantes pour la vie générale du globe et pour les mouvements des fluides, air et eau, qui se déplacent à sa surface.

On démontre, en Mécanique rationnelle (comme conséquence d'un théorème dû à Coriolis et qui porte son nom), que, si l'on considère une sphère tournant autour d'un axe, tout corps en mouvement à la surface de cette sphère doit ètre dévié de sa trajectoire, du fait méme de la rotation.

Cette déviation se fait vers la droite du mouvement dans l'hémisphère nord, et vers sa gauche dans l'hémisphère sud. Ceci s'applique à tout corps en mouvement, quelle qu'en soit la nature : projectile, molécule d'eau ou molécule d'air.

Par conséquent, lorsque nous aurons à étudier les grands mouvements qui déplacent, à la surface de la Terre, soit les masses d'air qui constituent les courants aériens et les vents généraux, soit les masses d'eau qui constituent les courants

FIG. 30. — DÉVIATION des masses d'air sous l'influence de la rotation d2 la Terre : circuits des vents océaniques (juillet) Les vents sont déviés vers leur DROITE dans l'hémisphère nord, vers leur GAUCHE dans l'hémisphère sud.

marins, il nous faudra soigneusement tenir compte de cette cause de déviation, qui agit en permanence sur les masses en mouvement et, par conséquent, influe d'une façon capitale sur la forme de leurs trajectoires, ainsi que le montrent les cartes ci-jointes.

Cette force est d'intensité très faible; les formules de lu Mécanique nous apprennent qu'elle est proportionnelle à la masse du corps en mouvement, à sa vitesse de déplacement, à la vitesse angulaire de la sphère tournante et enfin au sinus de la latitude du lieu où se trouve le corps mobile.

Si l’on fait le calcul de l'intensité de cette force appliquée à un corps dont la masse serait d’un gramme, animée, à la surface de la Terre et à la latitude de 45 degrés, d'une vitesse égale à un mètre par seconde, on trouve qu'elle serait environ la cent millième partie du poids de ce corps : exactement, elle en est 1/98100.

Mais il ne faut pas oublier que cette force, pour petite qu'elle soit, agit sur des masses considérables et qui exécutent de longs itinéraires à la surface du globe terrestre. Il ne faut donc pas s'étonner de la voir altérer profondément les trajectoires des masses fluides qui se meuvent au-dessus de l'écorce solide de notre globe (fig. 30 et 31).

Mais il y a une autre conséquence, également importante au point de vue du mouvement des corps : c'est la déviation vers l'est des corps qui tombent en chute libre.

Si nous laissons un corps tomber librement, d'une certaine hauteur, vers la surface du sol terrestre, il doit dévier légèrement de l’ouest à l’est, dans le sens du mouvement de la Terre: en effet, la vitesse du point de départ est plus grande que celle du point où il touchera le sol, puisque ce dernier point est plus rapproché de l'axe de rotation. Le corps doit donc tomber « en avant » dans lesens du mouvement, c'est-à-dire vers l'est. Cette déviation est d'ailleurs très petite, et on peut la calculer à l'aide des formules de la Mécanique rationnelle.

Si l'on effectue ce calcul pour un lieu situé à l'équateur, où les vitesses périphériques de rotation sont les plus grandes, on trouve qu'un corps tombant de 100 mètres de hauteur ne sera dévié, vers l'est, que de 33 millimètres.

L'extrème petitesse de cette déviation, l'influence perturba trice que les moindres causes d'erreur peuvent, dans ces condi tions, exercer sur les mesures, ont toujours empèché, jusqu'à présent, de faire une vérification expérimentale vraiment probante de ce phénomène qui, cependant, doit exister, et dont l'existence et l'intensité sont indiscutables,

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