CONSTITUTION DU SOLEIL
13. Le renversement des raies.— Mais il y a une relation entre ces raies brillantes et les raies noires du spectre solaire, et voici en quoi consiste la découverte de Kirchhofl et Bunsen :
On sait que les corps gazeux, les vapeurs incandescentes, sont infiniment moins éclatants que les corps solides ou liquides placés dans les mêmes conditions. Et si les lampes dont nous nous servons pour nous éclairer ont des flammes si brillantes, c'est qu'elles doivent cetétat à des particules solides qui flottent dans la vapeur très chaude provenant de la combustion.
Le gaz de l'éclairage, en particulier, doit l'éclat de sa flamme à des impuretés qui y sont contenues : quand, par l'artifice du bec à appel d'air, on produit une combustion plus complète, ces impuretés sont consumées et le gaz « brûle au bleu », donnant une flamme très chaude, mais peu éclatante.
Cela étant dit, rappelons-nous également qu'un corps incandescent à l'état de vapeur donne toujours un spectre composé d'un certain nombrede lignes brillantes, spécifique de ce corps, tandis que le spectre d’un corps solide ou liquide incandescent donne un spectre continu et sans raies brillantes.
Mais si la lumière émise par le corps incandescent qui donne naissance à ce spectre continu {raverse un milieu contenant une vapeur, on voit apparaitre dans ce spectre continu une ou plusieurs raies noires, à la place exacte où se trouveraient les raies brillantes constituant le spectre de cette vapeur. Par exemple, si l'on prend le spectre d’un arc électrique, ce spectre, fourni par des points lumineux qui sont les charbons incandescents, est continu et sans raies noires. Mais si l’on fait traverser aux rayons lumineux qu'il émet un récipient contenant de la vapeur de sodium, on verra sur le spectre continu apparaitre une raie noire occupant exactement la place de la raie D brillante, caractéristique du sodium.
On voit immédiatement le parti que l’Astronomie peut tirer de ces découvertes étonnantes : à défaut de pouvoir parvenir jusqu'aux astres pour en analyser la substance, ceux-ci nous envoient des rayons lumineux provenant de leur incandescence propre.
Or, l'analyse spectrale permet d'étudier la lumière qu'ils nous envoient et de reconnaitre, par la nature et la position des raies observées dans les spectres de la lumière émise par ces astres, la présence de certains corps simples.
Les appareils spéciaux qui servent à ces études se nomment des spectroscopes : les uns dispersent la lumière à l’aide d'un ou de plusieurs prismes qui ajoutent leurs eflets dispersants; les autres utilisent des « réseaux », lames de verre sur lesquelles sont tracés des traits fins et parallèles en grand nombre : plusieurs centaines dans un millimètre, et qui jouissent de la propriété de décomposer la lumière comme les
rismes, mais suivant une loi géométrique indépen- y — dante de la nature de la substance dont est fait le prisme. Ces spectroscopes peuvent s'adapter au foyer deslunettes astronomiques ou des télescopes, de façon l que l'on puisse concentrer sur leur fente l'image, | fournie par l'objectif, de l'étoile dont on veut analy- : ser la lumière. Quant à l'observation du spectre, elle est remplacée aujourd'hui par sa photographie l'image du spectre est reçue sur une plaque sensible, et le spectroscope devient ainsi un spectrographe.
Et l’on comprend alors combien juste était cette pensée de Janssen, l’un des créateurs de l'astrophysique, quand il disait, dans un accès de lyrisme | scientifique : « Étoile! envoie-moi un de tes rayons, et je te dirai de quoitues faite! »
74. Constitution du Soleil. — La couche renversante et le spectre-éclair. — Cela posé, dirigeons sur le Soleil une lunette munie d'un spec- | troscope, et étudions le spectre qu'il fournit. |
Tout d'abord, ce spectre est continu : cela semble | indiquer que les parties brillantes du Soleil sont des solides ou des liquides incandescents.
La première hypothèse, celle de la solidité du So- Le
Aspect d'un SPECTROGRAPHE (spectroscope photographique)
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