‹ Le ciel. Illustré sous la direction de Lucien RudauxChapitre 97 sur 390 · LUNAIRES · texte numérisé non relu

LUNAIRES

Photographie d'une portion de la surface lunaire par MM Læœwy et Puiseux. (ÆŒn bas, les trois grands cratères soudés :

Théophile, Capella et Cyrille. Tout à gauche, le cirque

ébréché Fracastor En arc de cercle, la chaine des Altai.)

cône central au-dessous de celui du rebord extérieur; c'est ce que l’on constate habituellement.

Ajoutons enfin que l’on observe, à la surface de la Lune, des fentes, des fissures dont quelques-unes ont une importance considérable et apparaissent sous la forme des rainures : parlois aussi on observe des saillies rectilignes, analogues à des arètes qui s'allongeraient sur la surface lunaire.

Nous avons signalé comment on a pu mesurer la hauteur desmontagnesde la Lune :

d'une façon bien simple, en déterminant la loncueur de leur ombre portée, cette longueur étant mesurée dans l'oculaire du télescope à l'aide d'un micrometre, Cest ainsi que l’on peut connaitre, sur terre, la hauteur d'un obélisque en mesurant la longueur de l'ombre qu'il projette à la surface du sol,

On choisit pour cela le moment où la Luneest en quadrature et l'on mesure aumicromètrelalongueur des ombres portees pat la montagne dontoncherche la hauteur, Comme on connait la distance de la

Le professeur Pierre PUISEUX, membre de l'Institut

Lune, sa dimension et le

39 L'ATMOSPHÈÉRE

DB TPASMIEUNE

Aspect d'une des #randes CRE VASSES lunaires, telle que la verrait un touriste circulant sur la Lune.

point de sa surface où se trouve la hauteur observée, on a tous les éléments pour résoudre le problème de géométrie élémentaire ainsi posé (/ig. 91).

95. L'atmosphère de la Lune. — Comme nous le verrons en étudiant l'origine du système solaire, la Lune a pu vraisemblablement étre formée d'un fragment détaché de la matière qui constituait primitivement le globe terrestre.

Au moment où ce détachement s’est opéré, l'attraction de la Terre, beaucoup plus forte que celle de la Lune, a dû enlever à celle-ci la majeure partie des gaz qui l’entouraient et ne

Deux grandes RAINURES de la surface lunaire.

Les OMBRES PORTÉES, dont la longueur est accrue par l'obl'quité des rayons nt une idée EXAGEÉREÉE de la hauteur réelle des objets. Le cas montagnes lunaires ou

lumineux les personnages marchant sur trottoir, et que nous voyons d'un point élevé.

est le mêm pour

lui laisser qu'une atmosphère excessivement faible. En réalité, l'atmosphère qui peut subsister à la surface de la Lune est très raréfiée; on a pu, par la mesure du temps employé par une étoile à passer derrière la Lune, ou, autrement dit, à subir une « occultation », se faire une idée de la pression à laquelle se trouve cette atmosphère réduite : on a trouvé ainsi que la pression atmosphérique, à la surface du globe lunaire, était environ la neuf centième partie de ce qu'elle est à la surface de la Terre. Toutefois, à cause de la plus faible valeur de la pesanteur sur la Lune, l'atmosphère doit s'y répartir sur une hauteur bien plus grande que sur la Terre, et, à 150 kilomètres au-dessus de leurs sols respectifs, les deux atmosphères terrestre et lunaire pourraient avoir des densités ment égales.

Comment a pu disparaitre, peu à peu, le reste d'atmosphère demeuré autour de la Lune au moment de sa séparation d'avec la Terre? Très probablement par émission directe des gaz dans l’espace.

sensible-

Principe de la MESURE DES HAUTEURS

des montagnes lunaires.

La hauteur de l’atmosphère varie, en effet, d’un gaz à un autre, et les plus légers s'élèvent le plus haut. D'autre part, les théories modernes de la physique nous apprennent que les gaz sont constitués de molécules, agitées d'une sorte de danse de Saint-Guy perpétuelle, se heurtant dans tous les sens et dont les chocs sur les parois des récipients qui les contiennent cons tituent précisément la pression qu'il exercent. En outre, les vitesses individuelles de ces molécules gazeuses sont considérables,

Or, la Lune doit laisser échapper de son rayon d'attraction toute molécule gazeuse dont la vitesse dépasse 2 kilomètres et

demi à la seconde, et il est probable que cette vitesse moléculaire est fréquemment atteinte et dépassée pour tous les gaz: on conçoit, dès lors, que la Lune ait successivement perdu toutes les molécules gazeuses qui constituaient son atmosphère, et que celle-ci n’y présente plus qu'une pression infinitésimale.

Ces molécules errantes, échappées à la Lune, ont dû, pour la plupart, étre captées par la Lerre; celle-ci, à son tour, sera peut-être un jour dépouillée par le Soleil de son enveloppe gazeuse, comme elle en a dépouillé son satellite.

Mais peut-être un grand nombre de ces molécules gravite-t-il autour du Soleil en formant un anneau de particules très raréfiées, ce qui fournirait ainsi une explication assez simple de la lumière zodiacale.

96. La Lune est-elle habitée ? — Enfin, il nous reste à répondre à une dernière question que l'on pose souvent quand on commence à étudier l'astronomie, et à laquelle le lecteur, après avoir pris connaissance de ce qui précède, a déjà certainement répondu : la Lune est-elle habitée ?

On peut dire hardiment que non.

En eflet: d’abord l'absence à peu près complète d'atmosphère comporte l'absence d’eau, c'est-à-dire le manque de l’un des éléments les plus indispensables à toute existence, soit animale, soit végétale.

En outre, si la Lune était habitée, étant donnée sa proximité de la Terre et la perfection actuelle des instruments d'observation de l’astronomie moderne, on l'aurait certainement vu.

En eflet, une lunette 500 en diamètre ferait apparaitre la Lune avec le même diamètre apparent qu'elle aurait à l'œil nu si elle était à 770 une lunette de grossissement 1 000 nous la montre

grossissant fois

kilomètres de nous;

comme si elle était située à 3885 kilomètres; la grande lunette de l'observatoire de Lick, aux Etats-Unis, la rapproche à 160 kilomètres, grâce à son énorme grossissement de 2500 fois, et l'énorme télescope du Mont Wilson la rend encore, en apparence, plus proche de nous, à 50 kilometres environ. Or, à cette distance, des objets avant 100 mètres de diamètre, par conséquent une troupe d'hommes, une forêt, une petite ville, même un village ou un grand monument pourraient être nettement observés. Jamais on n'a constaté pareille présence sur la surface du globe lunaire.

en VU IE eee

Apparence de ce que verrait un observateur

Les REGIONS

placé

EABTPEE? S

FSU

AUSTRALES de l'observatoire du Mont Wilson)

la Lune (Cliche de

D'ailleurs, si la vie existait sur la Lune, si du moins il s'y

trouvait des organismes analogues aux nôtres et disposés pour

s’accommoder de trouve,faudrait-il qu ils vécussent d'une existence toutespéciale.

la pression atmosphérique si réduite qui Sy

NAIRI

à l'INTÉRIEUR d'un CIRQUE LI

érieure à la surface de la Lune frappée un savant améria mesuré au moyen de bolomètres la tempéra-

re, en eflet, très élevée :

1 lunaire ; il a trouvé que sa surface, moins réfléchisque les nuages qui peuplent l'atmosphère terrestre, devait bénéficier mieux que nous de la lumière incidente, et il

est arrivé à cette conclusion que la température moyenne de la partie du globe lunaire éclairée devait étre de 97 degrés audessus de zéro : quant au point de la Lune, échauffé au maximum, et qui reçoit verticalement les rayons de l'astre, il pourrait méme s'échaufler jusqu'à atteindre la température de L 184 degrés. La température des points du globe lunaire qui sont dans la nuit, c'est-à-dire non éclairés par le Soleil, serait de — 50 degrés !

Il y aurait donc là, pour les habitants de la Lune, des conditions d'existence très dures à supporter, et certainement méme absolument impossibles, tout au moins pour des organismes analogues à ceux des animaux ou des végétaux terrestres.

Toutefois, aux cours des dernicres années, un savant américain très connu, M. Pickering, astronome à l'observatoire de Harvard College, a émis lhypothèse que des actions mécaniques, physiques et physiologiques pourraient encore s'exercer à la surface du globe lunaire, et que, par suite, il ne serait pas impossible qu'une végétation particulière püt S'y développer, donc que la vie y existat encore.

Pour appuyer ces affhirmations sur des faits, outre ses observations personnelles, M. Pickering mettait en avant les observations faites en 1921 par sir W. H. M. Christie, ancien directeur de l’observatoire de Greenwich, à l'observatoire de Mandeville, à la Jamaique.

Ces « faits nouveaux », observés par les deux savants, consistent en changements dans l'aspect de certains cirques lunaires; dans l'observation de chutes de neige, de givre ou de glace ; dans la reconnaissance de vallées sombres envahies par la végétation; dans l'existence d’éruptions volcaniques de très grande inten- SITE: 1eLC.

Que faut-il penser de ces affirmations nouvelles ? C’estce que nous allons rapidement examiner.

D'abord les changements dans l'aspect de quelques-uns des cirques lunaires : l’astronome américain a étudié, en particulier, le cirque appelé Platon. I y a constaté et repéré l'existence de quarante-deux petits cratères, de quarante-deux « cratéricules » qui sont, tantôt visibles, tantôt invisibles.

Quand ils sont invisibles, ce serait par suite de la présence, au-dessus d'eux, d'un petit nuage de fumée provenant d’une éruplion volcanique dont ce cratéricule aurait été le siège; la fumée se dissipant, le petit cratère redeviendrait visible. Etainsi s'expliqueraientles alternances d'apparitions et de disparitions.

Cette idée des éruptions existant encore actuellement cadrerait avec une observation directe d’un astronome français, M. Millochau, qui a vu, à l’aide de la grande lunette de l’observatoire de Meudon, le 28 avril 1900, une fumée s'élever audessus d'un petit cratère situé au sud de Posidonius.

Pour expliquer la présence de givre ou de neige sur la Lune, M. Pickering se ba

sur l’activité volcanique. Les volcans doivent « rejeter » qi

jue chose, dit-il, acide carbonique ou

C'AEOMMES

La dimension relative qu'aurait PARIS, par rapport aux détails visibles sur la Lune. (La dimension du $lobe lunaire entier correspondant à ce cliché aurait 95 centimètres de diametre)

vapeur d'eau. Et, à l'appui de son dire, il fait remarquer que beaucoup de pics et de cratères sont bordés d'une substance blanche qui devient très brillante sous l'éclat des rayons solaires.

En outre, l'éclat des régions polaires de la Lune est tout à fait curieux. Est-il dû à l'accumulation de neige autour de ces points, moins chauffés par le Soleil, dont les rayons n'y arrivent qu'en rasant la surface lunaire?

De plus, un petit cratère, Linné, observé jadis comme avant 10 kilomètres de diamètre, est aujourd'hui réduit à un petit point entouré d'une tache blanche dont les dimensions semblent varier périodiquement.

Il doit donc exister, d'après l'astronome américain, une fonte des glaces polaires, comme sur la planète Mars, et, par suite, il doit y avoir une « météorologie lunaire ». On sait que l’'astronome Percival Lowel admet l'hypothèse d'une végétation martienne; M. Pickering conclut également à une végétation lunaire.

Comment cette végétation peut-elle exister sans eau « liquide », puisque celle-ci doit ètre, ou vaporisée ou congelée, étant données les conditions de température de la Lune?

L'astronome de Harvard rappelle les plantes des déserts et les lichens des régions polaires.

Voilà les principaux « arguments » du professeur Pickering. Nous allons les discuter brièvement.

Remarquons tout de suite, avec le distingué secrétaire de la Société astronomique de France, M. Em. Touchet, que, en ce qui concerne les calottes polaires glacées, la comparaison entre celles de la Lune et celles de Mars est un peu audacieuse.

Nous savons que les glaces polaires de Mars fondent pendant l'été martien; mais nous ignorons beaucoup de choses sur les fameux « canaux » de cette planète; peut-être même leur existence est-elle imaginaire !

Et, comme Mars est à une distance de la Terre 150 fois plus grande que la Lune, que nous pouvons, en somme, observer « de près », on ne voit guére, comme le fait justement remarquer le savant astronome, «de raison pour passer par l'intermédiaire de la planète Mars » dans le but d'étudier ce qui se passe sur un astre que nous observons directement, mieux que tout autre.

En ce qui concerne la présence du givre ou de la glace sur les bords des cirques, étant donnée la basse température qui doit régner à ces altitudes, M. Puiseux fait remarquer que la glace aurait dû être, depuis longtemps, évaporée « par sublimation », car la vapeur d'eau a encore près d'un millimetre de tension à la température de — 20 degrés.

L'apparence des « calottes polaires » est, suivant le même astronome, très discutable, et n'offre aucun aspect de glace continue, comme on le voit aux pôles de Mars; comme on le verrait, de Mars, aux pôles de la Terre.

Quant à l'hypothèse d'une congélation entière de la surface lunaire, elle doit ètre écartée, étant donnée la faible valeur de l'albedo de la Lune. On sait — et nous le verrons au chapitre des planètes — qu'on appelle albedo d'un corps céleste le rapport de la quantité de lumière diffusée par cet astre dans toutes les diréctions à la quantité de lumière qu'il reçoit. Chaque substance est caractérisée par une valeur spéciale de son albedo.

Les mesures directes ont donné pour valeur de l'albedo de

PARIRTCUTARITRES DIU MOUVEMENT DE" TA "EUMN'E 85

MODIFICATIONS d'aspect d'une même région (Hyginus) suivant L'ÉCLAIRAGE. Le cirque Platon et les points blancs VARIA

la Lune le chiffre 0,15; c'est celui qui correspond à l’albedo la lave; or, la neige a un alhedo qui atteint la valeur 0,78; s donc la surface de la Lune était recouverte de neige, ou l'était simplement en partie, l’albedo des portions glacées de sa surface serait plus de 5 fois supérieur à celui qu’on obserx réellement.

Si l’on considère, au contraire, une planète comme Vénus, dont l’atmosphère comporte des nuages, son albedo doit avoir une valeur élevée : c'est ce que l'observation confirme, l’albedo de Vénus ayant la valeur 0,75.

Il est vrai que, d'un jour à l’autre, la Lune présente très souvent des diflérences d'aspect parfois importantes : il suffit d’avoir mis l'œil à une lunette ou à un télescope pour en être convaincu. Mais ces variations sont dues, sans aucun doute, aux eflets d'éclairage, aux apparences de lumière et d'ombre produites par les rayons du Soleil qui viennent, sur le sol lunaire, frapper dilléremment des objets que nous ne pouvons pas distinguer individuellement.

Les photographies ci-jointes montrent bien comment la différence de l’éclairement peut modifier l'apparence de certains objets, au point de les faire paraitre tout autres qu'ils ne sont en réalité.

Si l'on veut prouver l'existence certaine de modifications

importantes à la surface de la Lune, il faut, d'abord et avant tout, éliminer les effets dus à l’obliquité variable de la lumière qui vient éclairer notre satellite.

Pour cela, il faudrait, de toute nécessité, prendre des photographies successives des mêmes régions lunaires, dans des conditions d'éclairage qui fussent rigoureusement les mêmes, c'est-à-dire avec le mème azimut et la mème hauteur du Soleil au-dessus du point du sol de la Lune que lon considère. Alors, seulement, nous aurons des documents certa'ns sur lesquels nous pourrons asscoil des conclusions vraisemblables. Le grand télescope du Mont Wilson sera sans doute, à ce su'et, l'instrumentle plus précieux dont dispose actuellement l'Astronomie d'observation.

Rien, à priori, ne s'oppose à ce qu'il y ait, dans le ciel, d’autres astres sur lesquels la vie animale où végétale existe réellement, et il n'y a aucune raison pour en accorder le monopole à notre minuscule planète. Nous aurons l'occasion de revenir sur ce sujet dans une autre partie de cet ouvrage.

Mais, en ce qui concerne la Lune, nous pouvons avancer, avec une probabilité très voisine de la certitude, qu'elle est, selon toute vraisemblance, un astre réellement « mort », et que toute vie, animale ou végétale, doit avoir disparu de son aride surface.

97. Les particularités du mouvement de la Lune. — Lans tout ce qui précède, nous avons considéré la Lune, satellite de la Terre, comme décrivant autour de notre globe une ellipse, conformément aux lois de Képler, Mais, quand on étudie plus en détail les mouvements de notre satellite, on a vite fait de constater qu'il présente certaines anomalies, certaines « inéga-

lités », pour employer le terme technique consacré; et si ces inégalités sont expliquées « en gros », du moins leur étude

Phototraphies montrant les ASPECTS DIFFÉRENTS d'une surface à teintes ENS EU | À hé € ; Il variées et garnie de rugosités, SUIVANT L'OBLIQUITE des rayons laite à l'aide de nalyse mathématique nest-elle pas aussi avancée que le sont les progrès des instruments et des méthodes

En haut, deux vues agrandies montrant le détail de l'expérience, En bas, les deux ù : mêmes vues prises avec du * flou », (Expériences réalisées par M. L, Rudaux.) d'observation.

L'ACCÉLÉRATION" SCCULATEIE

STAxr T 86 L'ÉVECTION — Voyons quelles sont ces principales « inégalités ». D'abord, la Lune ne décrit pas autour de la Terre une circonférence de cercle, mais bien une ellipse.

Cette cause avait beaucoup troublé les anciens astronomes qui ignoraientle mouvement elliptique. La période qui ramène l'inégalité dont il s'agit, en la faisant passer par les mêmes valeurs, est de 27 jours et 1/3.

En outre, la ligne suivant laquelle le plan de l'orbite lunaire coupe celui de l'orbite terrestre, c'est-à-dire la ligne des nœuds, ne garde pas dans l'espace une direction constante : elle se meut dans le sens rétrograde et fait un tour entier en dix-huit ans environ.

De plus, l’ellipse de l'orbite lunaire tourne dans son plan d’un mouvement presque uniforme, dans le sens direct, et le grand axe effectue sa révolution environ en neuf années. Il est

à remarquer que les deux déplacements dont il vient d'être question se produisent aussi pour les planètes, mais avec une lenteur extraordinaire, telle que le cycle complet comprend des centaines de milliers d'années.

Ce n'est pastout : il existe dans la longitude de la Lune une inégalité périodique découverte par Ptolémée, c'est l'évection ; en vertu de cette inégalité, la Lune peut être éloignée de 10 16" de part et d'autre de la position qu'elle occuperait sur son ellipse; la période de l'évection est de 31 jours 1/2.

Enfin, il y a une autre inégalité : c'est la variation, qui n'a qu'une période de 14 jours 3/4, mais qui peut altérer la position de la Lune de 39 minutes en plus ou en moins, et l'équation annuelle, dont la période est d'une année, et qui peut atteindre 11 minutes.

Toutes ces inégalités périodiques, prises individuellement, sont très simples. Mais si l’on réfléchit qu'il faut les combiner pour avoir le mouvement résultant de la Lune, on concevra que ce mouvement soit extrémement compliqué.

C'est Newton qui, par son immortelle découverte de la loi de la gravitation universelle, en a fourni l'explication, et c'est en se basant sur elle que fut édifiée la théorie de la Lune.

Grace à cette théorie, on découvre de nombreuses inégalités du mouvement, et la source en est connue : elle est dans l'attraction perturbatrice du Soleil ou des planètes voisines. Il y a un accord très caractéristique, entre leurs valeurs déterminées par le calcul et leurs valeurs mesurées par l'observation; et cet accord fortifie de plus en plus la loi capitale de Newton, qui demeure, malgré les spéculations de la relativité, la loi fondamentale régissant les phénomènes étudiés par la Mécanique céleste.

98. L'accélération séculaire. — Cependant, il y a un point en particulier sur lequel l'accord complet entre l'observation et la théorie n'existe pas encore aujourd'hui : ce point, c'est l'accélération séculaire dela Lune.

Quand il est question du mouvement des planètes qui forment le système solaire, on trouve, en faisant abstraction des inégalités périodiques, que leur longitude croît de quantités égales en des temps égaux, autrement dit que leur moyen mouvement est constant.

Pour la Lune, au contraire, le moyen mouvement va en augmentant, et cette augmentation provient d'un petit terme, proportionnel au carré du temps, et qui représente l'accéléralion séculaire.

Cette accélération séculaire est de 10”; cela signifie qu'en un siècle, la longitude de la Lune s'accroit de 10”, Comme cet accroissement est proportionnel au carré du temps, on voit qu'il est de 40”en deux siècles, de 90” en trois siécles...: ct pendant les vingt siècles qu'a duré l'ère chrétienne, il en est résulté une variation de position de la Lune égale à 10” multipliées par le carré de 20, c'est-à-dire par 400. Cela fait donc une variation de 4000", c'est-à-dire de plus d'un degré : cette variation a donc comme résultat, au bout de vingt siècles, d'avoir déplacé la Lune dans le ciel de plus de deux fois son diamètre apparent.

Mais la théorie ne donne pas une valeur identique, etily a un léger désaccord entre la valeur calculée de l'accélération séculaire et sa valeur observée.

Est-il possible, actuellement, de trouver une explication de ce désaccord ?

Oui, c'est possible; il suffirait, à cet effet, dé supposer que la durée du jour allät sans cesse en augmentant, de telle façon que chaque jour füt un peu plus long que le jour immédia-

tement antérieur, et cela d'une quantité toujours la même, quoique infiniment petite.

Mais, alors,nous sommes ramenés à une autre question, tout aussi troublante que la première; y a-t-il une raison pour que la durée du jour aille sans cesse en croissant?

On sait aujourd'hui qu'il y a une raison à l'augmentation permanente de la durée du jour.

Cette raison n'existerait pas si la Terre était entièrement solide etrigide; mais les 3/4 de la surface terrestre, à peu près, sont recouverts par l'eau des Océans, et cette eau est soumise au phénomène périodique de la marée, dont nous parlerons avcc les détails nécessaires dans le chapitre suivant.

Or, les marées, qui font naître sur la surface des eaux océaniques une sorte d'extumescence liquide toujours tournée vers la Lune et qui en suit le mouvement, produisent sur le globe terrestre l'effet d'un véritable frein, analogue au « frein à sabot » que l’on emploie sur les voitures rurales. C’est le bourrelet liquide qui joue le rôle du « sabot ».

En effet, les extumescences liquides que fait naître la marée suivent le mouvement de rotation de la Terre, de l'ouest à l'est; elles sont donc sollicitées par la rotation terrestre à s'écarter de la direction de la Lune, tandis que l'attraction de cet astre, attraction qui leur a donné naissance, tend à les y ramener.

Le frottement qu’exerce le fond des mers sur les caux ainsi sollicitées produit le retard constant de la marée appelé établissement du port; mais, en outre, il en résulte un effort continu, s'exerçant sur le globe terrestre en sens inverse de son mouvement diurne de rotation, et qui doit produire un ralentissement dans la vitesse angulaire de la Terre.

Un calcul approché a permis à l'astronome Airy de trouver que le ralentissement de la rotation terrestre serait de 22" par siècle; c'est peu,évidemment, et cela ne correspond qu'à une augmentation d’une seconde en cent mille ans, pour la durée du jour.

En somme, la légère différence entre la valeur observée et la valeur calculée de l'accélération séculaire de la Lune peut s'expliquer par un faible accroissement de la durée du jour, dû à l'effet de freinage produit par les marées.

Il y a bien encore d’autres petites irrégularités dans le mouvement de la Lune; elles sont dues, sans doute, à des perturbations produites par le voisinage de la planète Vénus; mais ici on se trouve alors en présence du problème des quatre corps, et l'on sait que celui des {rois corps dépasse déjà les ressources de l'Analyse mathématique.

Toutes ces considérations sont bien faites pour montrer quelle est l'importance qu'a l'étude de la Lune. Tisserand, dans une de ses lumineuses notices de l'Annuaire du Bureau des longitudes, a beaucoup insisté sur ce point de vue, et voici quelles sont ses conclusions :

« La Lune, qui a joué un rôle capital dans l'établissement de la loi d'attraction, la soumet à un contrôle incessant en la forçant d'expliquer, dansleurs moindres détails, toutes les irrégularités de sa route. Cet examen approfondi conduit à des conséquences inattendues; en déterminant par l'observation deux des irrégularités périodiques de la Lune, on peut en déduire l’aplatissement de la Terre et la parallaxe du Soleil; et les valeurs ainsi obtenues ne le cèdent en rien, quant à la précision, aux mesures directes qui ont nécessité tant d'expéditions géodésiques lointaines.

« Le mouvement de la Lune, en raison de sa rapidité, nous montre d'avance un développement de perturbations que les planètes n'atteindront que dans des milliers de siècles. De sorte que tous les progrès apportés aujourd'hui à la théorie de la Lune serviront assurément pour celles des planètes dans un avenir éloigné.

« L'étude attentive du mouvement de la Lune, suivie pendant des siècles, nous fournira des renseignements précieux sur la rotation de la Terre et nous montrera si sa durée est soumise à quelques petits changements progressifs, question de la plus hauteimportance au point de vuede la mesure du temps.

« Enfin la connaissance exacte du mouvement de notre satellite est indispensable aux marins et aux voyageurs qui peuvent y trouver, en l'absence du télégraphe, le moyen le plus précis pour déterminer les longitudes.

« L'étude du mouvement de la Lune s'impose donc impérieusement aux astronomes, qui en tireront des résultats inappréciables pour la pratique et pour la théorie pure. »

Le D

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