UR BAGUE VERTE
Pâle étang minuscule, onde pétrifiée, Sertie ainsi qu'un lac dans un horizon bleu, Je penche sur vos bords mon âme extasiée Pour la baigner dans votre feu.
Votre éclat merveilleux ce soir me déconcerte! Vous êtes à mon doigt, que vous rendez plus long, Si lumineusem.ent, si étrangement verte... Vous êtes presque un astre blond!
Le temps vous influence et vous devenez mauve, Si bien que l'on peut croire en vous examinant Que vous réfléchissez la pupille cFun fauve Ou l'or d'un soleil déclinant.
Ah! Combien de couchants, combien d'aurores pâles Se sont déjà mirés dans votre jade vert Pour allumer d'éblouissants feux de Bengale Qui sont des chevelures d'air!
D'où venez-vous, ô ma délicieuse bague?
Etes-vous l'admirable et divin talisman Capable de filtrer cette volupté vague
Qui fait d'un jeune homme un amant?
Sur des mains de radjah, qui confondait ses ongles Avec votre vivante et sublime clarté, Avez- vous séjourné quelquefois dans la jungle Sous la langueur des ciels d'été?
Votre halo mouvant exhale trop de charmes! Je me sens aveuglé de vos ardents reflets! 0 ma bague, contiendriez- vous donc des larmes De Juliette Capulet?
A l'idée que je puis vous perdre, je défaille! Vous êtes mon étoile et vous tenez mon doigt Pour me guider dans ces invisibles batailles Vers quoi je tends toute ma foi.
Un jour vous quitterez cependant ma main tiède Pour glisser dans la terre ainsi qu'un ver luisant. Ce sera l'heure où mes membres devenus raides Vous rejoindront en se brisant!
SUR LE PRSSÉ
SOH liE PASSÉ
Il est des jours que je n'ai pas senti mourir,
Ils ont continué de vivre — si tenaces —
Ils ont ancré en moi leur besoin de s'offrir
Et le jour qui m'étreint est marqué de leurs traces.
Je porte en colliers ces minutes d'Alors, Aussi parfois pour exaspérer ma souffrance Je les égrène, comme on tient des boules d'or, Et c'est le chapelet de ma désespérance!
Je revois parcouru le chemin sans retour
D'oii s'élancèrent toutes les fleurs que j'ai prises
Et, tandis que je vais en avançant toujours,
Je sens des parfums morts dans les voiles des brises.
J'aime me rappeler! Un souvenir me berce Gomme des accords langoureux
Ou bien comme un récit qui détaille la Perse Et son lyrisme fastueux.
J'aime sous l'ondoiement d'une lampe discrète Poser mon front entre mes mains
Et retrouver parmi des ombres désuètes
Tout ce qui fut pour moi : Demain.
Je souris d'une histoire assez bête, un peu triste, Dont je pensais faire un roman
Et qui n'était que le doux rêve d'un artiste Ou l'espérance d'un amant!
Je songe à des baisers, à des lèvres pâlies
De qui j'aimais le goût Et dont je n'ai gardé qu'une mélancolie
Invincible pour tout!
ni
Et tous mes souvenirs occupent pêle-mêle
Un inépuisable coffret.
Ils s'y sont déchirés, ils ont brisé leurs ailes,
Ils ont failli mourir après!
Dans cet entassement sont des roses fanées,
Témoins morts des beaux jours défunts,
Leur teinte est effacée et le poids des années A détruit jusqu'à leur parfum.
Mais je les aime et malgré toute ma souffrance De les voir aussi peu vivants,
Je les étreins, puis les rejette avec violence ; Les souvenirs sont décevants!
Car, ainsi qu'on se blesse en serrant trop des roses,
On s'égratigne à des regrets Par révocation sous nos paupières closes
De tous les bonheurs égarés!
UR PRIÈRE DE IiflDOLESCEflT