LA PEUR
lifl PEUR
Je frémis... Dans le souffle effréné qui m'emporte
Une angoissante peur.
Pur diadème roux serti de feuilles mortes,
Vient couronner mon cœur.
C'est la peur de mourir! C'est l'épuisante crainte
De rêver qu'il viendra, Le jour oii mon regard sera, lueur éteinte,
Un miroir sans éclat I
Je frémis... Des frissons me flagellent les tempes
Et je ferme les yeux Comme si devant moi d'éblouissantes lampes
Me blessaient de leurs feux.
Je voudrais maîtriser la course de ma vie,
Retenir un moment Avec mes mains, mes pâles mains qui sont meurtries,
Les étreintes du temps.
Je me suis trop servi des œuvres de ce monde
Pour ne pas craindre un peu De les sentir glisser, comme font les secondes,
Entre mes doigts nerveux.
Gerte, un jour. Je verrai les choses disparaître,
Je croirai à leur mort Et j'aurai oublié que le froid qui pénètre
Peut envahir rnon corps.
Je croirai que tout meurt et que moi seul je reste,
Et pourtant je le sais Aujourd'hui que mes bras épuiseront leurs gestes
Sans que j'en sois lassé.
(^'est affreux de songer que la mort peut nous prendre
Même sous le soleil Et quelle fait de nous un squelette de cendres
\ tout autre pareil.
Je ne veux pas savoir quand sera la minute
Où je vous quitterai, 0 mes tendres désirs, ô mes désirs qui fûtes
Mon plaisir enivré!
Je veux un soir m 'endormir dans ma chambre chaude
Sur un souple oreiller.
Rêver que je suis roi d'une île en émeraudes
Et ne plus m éveiller!
Lfl LETTRE DE Ix'flipÉE
Lfl LETTRE DE L'AIDÉE
Je la tiens dans mes mains cette petite lettre Que mon cœur attendait depuis déjà longtemps Et je n'ose l'ouvrir et je cherche où la mettre Et je veux la lire, pourtant!
Toujours le même papier mauve! L'écriture A. gardé ses jambages pleins de volonté. J'ai peur de déchirer l'enveloppe, si dure Lorsqu'on veut la décacheter.
Je crains surtout de découvrir parmi ces lignes Ce qui peut pénétrer un rêve et l'arracher : Ce sont les mots, les mots légers qui égratignent Sans avoir l'air de vous toucher.
Lambeau de papier brun, lambeau de papier mauve, Enveloppe au teint gris, vous me brûlez les doigts! Il faut décidément que votre âme se sauve, Car j'en comprime les parois!
Voyons, voyons, déplions-la... Elle est du onze...
(( Mon tendre ami, vous m'aimez encore, merci!
« Je vous ai fait longtemps attendre ma réponse,
« Excusez-moi, j'ai des soucis.
« C'est vrai, je ne sais plus où donner de la tête, (( Je suis désemparée et je n'ai plus le goût (( De tout ce qui jadis pouvait me mettre en fête... (( Ma joie est de penser à vous!
(( Vous souvenez-vous bien de ce soir de délire (( Oii vous m'avez parlé pour la première fois? (( Comme vous avez eu un étrange sourire (( Quand vous entendîtes ma voix!
(( Rappelez-vous! Ah! l'inoubliable soirée! <( Tous ces gens sur la terrasse du casino « Et la mer près de nous et ses teintes moirées (( Et l'orchestre qui jouait faux!
« Nous nous étions assis assez loin des tziganes, (( Je regardais vos yeux et vos cils, qui sont longs, « Et vous, vous murmuriez une chanson d'Espagne « Qu'exécutaient les violons.
(( Puis je me suis moqué de certains de vos gestes, « De la façon dont vous caressez vos cheveux... « Ce n'était pas méchant, ce n'était qu'un prétexte « Afin de vous connaître un peu!
« Ah! Pouvoir dans son cœur fixer ce qu'on adore! « Voici bientôt deux ans que je ne vous ai vu... « Que les brumes des soirs, que les brouillards d'aurores « Sont des rideaux inattendus!
« Et ces rideaux se sont fermés sur votre image, « Je n'en ai conservé qu'un souvenir lointain « Qui se dérobe et qui s'estompe davantage • « Sous chaque empreinte des matins.
« Hélas! Je n'ai plus rien qu'une vague pensée « De notre amour et de ces temps démentiels « Où j'embrassais mes mains, que vous aviez baisées, (( Pour un renouveau partiel!
« Je suis en proie à la plus vive nostalgie, « Je souffre de l'ennui, je regrette Paris, « Le Bois, les couturiers, les thés, enfin la vie... (( La seule n'est-ce pas, chéri?
« Mon départ de T hôtel, la gare et tout ce monde. « Vous m'aviez envoyé des bonbons et des fleurs, « Mais vous n'étiez pas là pour l'affreuse seconde (( Mes yeux étaient fardés de pleurs.
'( Et puis je suis partie, et je reste lointaine... '( Qui sait si mon destin me fera revenir.^ <A 0 mon ami, redites-moi toutes vos peines : (( Votre douleur est mon plaisir! n
R MADAME Lfl COMTESSE DE flOfllLLES
R MADAME ïxR COMTESSE DE HOflILLES
Je viens pieusement accomplir mon office,
Déesse d'Occident, Et déployer pour vous en humble sacrifice
L'aveu d'un culte ardent.
Je veux que, découvrant ma modeste guirlande, Vous marchiez sur ses fleurs
Et que vous respiriez les parfums qui s'épandent Au sortir de mon cœur.
Je veux que vous sachiez comme mon regard tremble
D'un éclat non pareil, Chaque fois que mon rêve et moi prions ensemble Devant votre soleil!
Et quand je m'agenouille à l'autel de votre âme
Je demeure ébloui...
Mais je ne sais jamais d'oii provient cette flamme :
Si de vous, si de lui!
Je ne puis célébrer dignement votre gloire ;
Elle monte trop haut!
Et vous ne pouvez voir ceux qui dans l'ombre noire Allument des flambeaux.
Laissez sur mes présents glisser un de vos voiles, Comme un feu qui s'éteint,
Ce sera leur lien pour joindre les étoiles Oii je n'ai pas atteint.
Sur vos livres j'ai vu vos mains chaudes de fièvre Qui tournaient les feuillets,
Alors, dans un élan, j'y ai posé mes lèvres, Frais et rouges œillets!
Dans cet âpre baiser j'ai bu comme une sève Qui filtrait dans mon cœur :
C'est pourquoi maintenant ma jeunesse se lève Avec plus de vigueur î
Vous avez su verser la myrrhe parfumée Dans nos âmes d'enfants ;
Elle a brûlé en nous : ce n'est que sa fumée Qui monte en ce moment!