LE LÉVRIER
Le beau lévrier noir, dont la souple démarche Accompagne mes pas,
Se meut avec la noblesse d'un patriarche Désabusé et las.
Il marche langoureux, tout de morgue et de grâce Et dans ses longs yeux gris
Un rêve, un triste rêve interminable, passe Qu'il n'a jamais compris!
lOO
C'est lui le chien ardent qui bondit sur des lièvres, Comme on court au bonheur,
Et qui défaille dans la bave et sous la fièvre... Symbole d'un grand cœur!
C'est l'animal de race et de délicatesse,
C'est lui que nos regards Ont vu sur des tableaux et c'est lui que caressent
Les Enfants d'Edouard!
C'est l'ornement des peintures médiévales, De la chasse et des jeux,
C'est lui le compagnon aux tendresses féales De Tristan et d'Iseut.
C'est lui toujours dans cette Florence dantesque.
Au Palais Riccardi Qui pose le décor d'une admirable fresque
Peinte par Gozzoli.
lOI
C'est Tami de Brummel, le dandy-sybarite, C'est lui le chien anglais,
Lui qui saute avec art l'obstacle qui s'effrite Devant Carie Yernet.
Vous êtes tout cela. Votre forme parfaite,
Mon beau lévrier noir.
Evoque autour de vous un flot de silhouettes
Que vous ne pouvez voir!
Ah! Je suis fier de vous et vous êtes ma gloire
Dans ce matin d'été.
Puisque j'ai l'air un peu d'un héros de l'histoire
Par vous ressuscité!
ODE R SRI^T-CLOUD
ODE R SfllHT-CLOUD
A la mémoire du peintre Gaston La Touche, qui naquit à Saint-Cloud.
Il le fallait, Saint-Cloud! Il fallait que je chante Ton parc et tes bassins, tes bois et tes coteaux, Tes multiples couleurs et ta grâce charmante
Et les souvenirs qui nous hantent
Dans les ruines de ton château.
Il le fallait, Saint-Cloud î II fallait que je dise Qu'aussi près de Paris ton cœur sut rester pur Et que, malgré l'aspect d'une ville un peu grise. Tu restes fîère et tu méprises Tout ce qui ne voit pas l'azur!
io6
Il le fallait, Saint-Cloud! Il fallait que je conte Qu'au bas d'une colline un jour on te posa Et que tu t'indignas de ce sort avec honte En suppliant que l'on te monte Sur un sommet qui s'irisât.
Il le fallait, Saint-Cloud! Il fallait que Ton sache
Quel éclat resplendit dans ta simplicité
Et les soins que tu pris pour conserver sans tache
L'humble, mais sublime panache
Que l'Empire avait apporté.
Il le fallait, Saint-Cloud! Ville dont les prairies Ont l'air de se serrer dans un grand cadre bleu Que l'on croit échappé, tant l'azur y varie, De quelque splendide féerie :
En bas la Seine, en haut les cieux!
Il le fallait, Saint-Cloudî puisque c'est ta lumière Qui me donna la vie et puisque c'est ton jour Qui dessilla mes veux pour me montrer ma mère
En insufflant dans mes artères
Ce qui devait être l'Amour!
Il le fallait, Saint-Cloud, par ce jour de septembre Où l'on doit te fêter, ainsi que tous les ans, Que je tresse pour toi dans ma lointaine chambre Cette guirlande qui se cambre Sous mon enthousiasme ardent!
IHVOCATIOH fl Iifl H^IT
Iî4VOCnTIOl4 R LA HUIT
0 luiitî Emporte-moi dans tes mains diaphanes! Je te sens si limpide et si molle, ce soir, Que je veux me blottir sous tes voiles, profane, Pour vivre des instants d'infini nonchaloir!
Je te veux contre moi, je veux que tu me blesses En me serrant sur les étoiles — tes bijoux — Et ce sera pour moi la plus douce caresse Que de porter leurs feux en colliers à mon cou.
Je te voudrais si près, oui, j'aimerais ton souffle Si fort que mes cheveux palpiteraient au vent Et que tous les parfums dont le soir s'emmitoufle Danseraient une ronde autour de mes vingt ans.
Tu déchires les cœurs du plus ardent supplice Pour mieux les apaiser par ta sérénité, Et nous haussons notre âme ainsi qu'un pur calice Vers la lune, ostensoir d'un autel argenté!
Ton apparition donne une voix aux lyres!
Un psaume monte alors vers toi comme un jet d'eau.
Et c'est à qui dira de quels tendres délires
Tu peux nous animer, rien qu'en passant là-haut!
SfllI^T SYLVESTRE
SRIHT SYLVESTRE
Les archanges des nuits vont venir tout à l'heure.. Sur les fronts attristés leurs doigts vont se poser, Et, dans l'essor furtif de leurs formes qui meurent, Il y aura parfois comme un bruit de baiser.
Les archanges des nuits visitent ceux qui pleurent, Et, lorsqu'ils sentiront une âme se briser, De leur souffle qui rend joyeux ceux qu'il effleure, Ils chasseront le mal ou sauront l'apaiser.
— ii6 —
Toujours la même chose à chaque fin d'année. Les archanges des nuits effacent les douleurs, Car l'espérance par leurs soins est égrenée!
Les souhaits merveilleux qu'on forme dans les cœurs Ne sont que les présents des sublimes archanges... — Et c'est comme un afflux de tendresses étranges!
LES H^TIIVIITÉS
CHOSES MOÎ^TES II. — ELiLiE DISAIT EJSiCOI^E
m. -- LtE I^ÊVE