NÉBULEUSES STELLAIRES, PARTIELLEMENT RÉSOLUES OU RÉSOLUBLES
. En se laissant guider par F'analogie, il est difficile de ne pas ranger parmi les amas stellaires un grand nombre de
Fig. 304. Nébuleuses de forme régulière, circulaire ou ovale, d'après J. Herschel.
nébuleuses, dont le télescope n'a pu encore et ne pourra peutêtre jamais séparer les composantes, mais qui offrent une ressemblance frappante avec les amas. Ce sont les nébuleuses
dont la forme régulière est circulaire ou ovale et dont la luv mière est condensée vers le centre. Les trois premiers dessins de la figure 304 donnent, d'après sir J. Herschel, des échantillons de ces sortes de nébuleuses dont la forme arrondie a l'aspect des amas globulaires non résolus ; on en connaît un grand nombre de semblables. Dans quelques-unes, la condensation de lumière est graduelle de la circonférence au centre ; dans d'autres, l'éclat nébuleux ne va pas en croissant d'une manière continue, mais augmente par couches concentriques
Fig. 306. Nébuleuses de forme elliptique ou allongée, à condensation centrale. 1. Nébuleuse de Pégase (2139 H). — 2. Id. (2297 H).
analogues à celles que nous avons déjà signalées dans l'amas du Toucan. Cette dernièi'e circonstance donne une ressemblance de plus, entre les amas globulaires décomposés en étoiles, et les nébuleuses de même forme non encore résolues. Mais ces apparences n'appartiennent pas seulement à des nébuleuses déforme circulaire; lien est qui affectent une forme ovale plus ou moins prononcée, comme on peut le voir sur la figure 304. De la forme, d'abord parfaitement ronde, des trois premières, on peut passer par des gradations insensibles aux formes elliptiques les plus allongées, presque jusqu'à la ligne droite. Dans les unes et les autres, on remarque
LE MONDE SIDERAL.
vers le centre une condensation marquée de la lumière, qui •indique une analogie de composition avec les amas stellaires de forme sphéi-ique. Nous avons déjà vu un exemple de cette forme elliptique dans la fameuse nébuleuse d'Andromède.
Fig. 306. La nébuleuse elliptique d'Andromède, d'après le dessin de G. P. Bond.
Pour les premiers observateurs, c'était une nébuleuse sans étoiles \ « Sa forme, dit J. Herschel, telle qu'on la voit dans
1. Voici comment Simon Marins l'a décrite dans son Mundus Jovialis: « Le 15 décembre de l'année 1612, je vis par le moyen de Ja lunette, une étoile fort extraordinaire par sa figure et telle que je n'ai rien trouvé de semblable dans tout le ciel. Elle est à la ceinture d'Andromède, tout proche de la troisième ou de la plus septentrionale, et on la découvre en cet endroit à la vue simple, comme un petit nuage. Lorsqu'on la regarde avec la lunette, on n'y voit point briller plusieurs petites étoiles, comme dans la nébuleuse du Cancer et dans toutes les autres nébuleuses, mais on y aperçoit seulement quelques légers rayons de lumière blanchâtre^ et d'autant plus clairs
un télescope ordinaire, est un ovale assez allongé dont l'éclat croît d'abord par degrés insensibles, puis, à la fin, très-rapidement jusqu'au point central. Ce point, bien que beaucoup plus brillant que le reste, n'est certainement pas stellaire, mais, ainsi que le tout, une nébuleuse dans un état extrême de condensation. Quelques étoiles se projettent accidentellement sur la nébulosité ; mais avec un réflecteur de 18 pouces d'ouverture (46 centimètres), rien n'excite le soupçon qu'elle soit composée d'étoiles. » Or, en 1848, le regretté directeur de l'Observatoire de Cambridge (États-Unis), G. P. Bond, à l'aide de la fameuse lunette de 38 centimètres de cet établissement, a décomposé la nébuleuse jusque-là irréductible. Il a pu y compter jusqu'à 1500 étoiles ; et, bien que le noyau ait résisté à la décomposition, il ne paraît pas douteux que la nébuleuse d'Andromède tout entière soit un amas stellaire. On peut voir, par la comparaison des figures 299 et 306, quelle altération sa forme régulière et ovale bien connue subit, quand elle est vue dans un aussi puissant instrument. Outre la résolubilité en étoiles, qui est le fait capital des observations de Bond, il y a d'autres particularités intéressantes à signaler dans son dessin. Deux longues fissures sombres y séparent les masses nébuleuses de la partie centrale, et au lieu d'un point unique de condensation lumineuse au centre, on en remarque plusieurs situés excentriquement ou latéralement. Les étoiles vues par Bond n'ont pas été figurées dans le dessin, que nous reproduisons d'après son mémoire.
On voit donc que, parmi les amas stellaires, il se trouve aussi des nébuleuses, de forme très-allongée, mais caractérisées par une condensation lumineuse. Néanmoins, comme le
qu'on approche davantage du centre. Ce centre n'est lui-même marqué que par une foible clarté sur un diamètre de près d'un quart de degré. Elle m'a paru avoir tout à fait l'apparence de la flamme d'une chandelle qu'on vcrroit dans la nuit, à travers de la corne transparente. »
(Cité par Mairan dans son Traité physique de l'aurore boréale.
fait remarquer sir J. Herschel, la plupai^t des nébuleuses de forme elliptique sont résolues avec plus de difficulté que les nébuleuses de forme globulaire. Est-ce, comme le même astronome le suggère, l'indice d'ime constitution dynamique ou physique particulière? La forme réelle de tels amas est peut-être celle d'ellipsoïdes plus ou moins aplatis, qui se montrent à nous plus ou moins obliquement.
Parmi les nébuleuses de forme circulaire, il en est qui ne présentaient aucune apparence de condensation et cependant ont été partiellement résolues. Ce sont les nébuleuses planétaires. W. Herschel donnait ce nom à des disques uniformé-
Fig. 307. Nébuleuses planétaires, d'après J. Herschel. — I. Des Poissons (838 H). 2. De la Grande-Ourse (112 H). — 3 D'Andromède (2241 H).
ment lumineux ayant l'apparence d'un corps sphérique, faiblement éclairé par une lumière étrangère. On peut voir, dans la figure 307, un certain nombre de ces nébuleuses de forme circulaire. Ce qui les différencie des amas globulaires ou nébuleuses sphériques , c'est l'égahté d'éclat de toute la surface, ou du moins l'absence de toute condensation lumineuse au centre, de toute dégradation de lumière du centre à la périphérie. Ce n'est que sur les bords mêmes du disque nébuleux, qu'on aperçoit une légère diminution dans l'intensité dont nous parlons. On en avait conclu que ce ne sont point des amas d'étoiles de forme sphérique ou ellipsoïdale, puisque, comme nous l'avons vu, même dans la supposition d'ime égale distribution dans l'espace des composantes du groupe, la perspective
seule donnerait une condensation apparente vers le centre de l'image. Sont-ce de véritables amas stellaires de forme aplatie, et qui se présentent à notre rayon visuel perpendiculairement à leur face circulaire? Ou encore, comme le dit J. Herschel, les étoiles de ces nébuleuses sont-elles rangées en forme d'écaillé sphérique creuse ; forment-elles un disque très-aplati vu de face? Cela semble peii probable. Et, en effet, l'emploi de télescopes plus puissants a parfois modifié singulièrement l'aspect des nébuleuses dites planétaires, au point de ne plus laisser place aux conjectures
Fig. 308. Nébuleuses planétaires, d'après lord Rosse. — 1. De la Grande-Ourse. 2. L'Andromède.
qu'avait fait naître l'uniformité de leur éclat. Ainsi la nébuleuse planétaire de la Grande-Ourse , dont la lumière est si uniformément répartie dans le dessin de J. Herschel (fig. 307, 2), a été aperçue sous un tout autre aspect dans le grand télescope de lord Rosse. Le disque s'est changé en une double couronne lumineuse enveloppée d'une bordure frangée; au centre de la nébulosité apparaissent deux points qui ont toute l'apparence d'étoiles (fig. 308). Un autre exemple de ces changements nous est fourni par la nébuleuse planétaire voisine de /. d'Andromède, qui, parfaitement ronde dans le dessin d'Herschel (fig. 307, 3), apparaît sous la forme d'un anneau lumineux dans celui de lord Rosse (fig. 308, 2). Cet anneau,
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constellé de points brillants probablement stellaires, est enveloppé d'un anneau plus faible entièrement nébuleux.