HYPOTHÈSE DE LA MATIÈRE NÉBULEUSE DIFFUSE
Toutes les nébuleuses semées dans les profondeurs du ciel doivent-elles être considérées comme autant d'agglomérations d'étoiles, ne différant des amas globulaires que par la forme générale, le groupement des composantes? Ou bien doit-on penser que, dans le nombre de ces nuages célestes, il en est qui sont composés d'une matière diffuse, vaporeuse, ou du moins formés par l'accumulation de corpuscules brillants, d'une grande ténuité relative, et n'ayant d'ailleurs aucune analogie avec les véritables corps célestes, avec les soleils?
L'hypothèse d'une matière nébuleuse, douée d'une lumière propre et répandue par masses immenses au sein de l'étendue, a été proposée, dès l'origine, par les astronomes dont les instruments ne parvenaient point à décomposer ces sortes de nuages cosmiques. Les grandes nébuleuses surtout, à forme irrégulière ettourmentée, comme celle qui environne 6 d'Orion, avaient beaucoup contribué à l'admission de cette hypothèse, que l'autorité de W. Herschel ne contribua pas peu à faire adopter. Les nébuleuses globulaires, successivement résolues, firent d'abord penser que les amas stellaires affec-
talent tous la forme arrondie, spliérique, avec condensation lumineuse au centre, et c'est ce qui explique pourquoi l'idée de nébulosité réelle fut principalement réservée aux nébuleuses irrégulières.
Cependant, les observations modernes, effectuées avec des instruments d'une puissance inusitée, vinrent peu à peu démontrer l'identité de composition d'un grand nombre de ces dernières nébuleuses, avec les amas stellaires. Des milliers de petites étoiles apparurent, là où l'on n'avait pu voir auparavant qu'une lueur phosphorescente, laiteuse, et, selon l'expression des astronomes, d'un aspect indéfinissable et caractéristique. Les observateurs disaient de la nébuleuse d'Orion « qu'elle ne fait naître aucune sensation d'étoiles, et qu'on n'y remarque point ces élancements stellaires, indices d'une décomposition probable ; » la nébuleuse d'Andromède semblait devoir être rangée dans la même catégorie ; or celle-ci a été récemment résolue, du moins en partie. Ainsi, l'hypothèse d'une matière diffuse et nébuleuse semblait reculer au fur et à mesure des progrès de l'observation.
Était-ce à dire qu'elle dût être tout à fait abandonnée? L'existence d'une matière de ce genre n'avait rien d'incompatible avec ce qu'on sait de la constitution physique des corps célestes. Les comètes, avec leurs noyaux vaporeux qui manifestent divers degrés de condensation, avec leurs auréoles et leurs queues si diffuses, que les étoiles s'aperçoivent au travers, avec leurs faibles masses, prouvaient bien que cette existence serait possible et réelle. L'agglomération, de quelque nature qu'elle soit, qui produit la lueur zodiacale, venait encore à l'appui de l'hypothèse d'une matière nébuleuse. On n'avait néanmoins aucun témoignage positif de son existence, et les partisans de la résolubilité complète de toutes les nébuleuses se bornaient à arguer de la faiblesse relative des instruments d'optique et de ce fait d'observation, mentionné plus haut, que l'emploi de télescopes plus puissants étendait le
nombre des amas stellaires proprement dits, tout en accroissant le nombre des nébuleuses irréductibles.
La question en était là , quand plusieurs astronomes se mirent à étudier la lumière des nébuleuses et la constitution de leurs spectres. Ce nouvel examen trancha définitivement la difficulté pendante, en faisant voir que certaines nébuleuses ne peuvent être considérées comme des amas d'étoiles, mais comme des agglomérations d'une matière gazeuse , à l'état d'incandescence. Avant d'indiquer les résultats de ces recherches, mentionnons quelques faits qui se rattachent au même ordre d'idées, nous voulons parler de la différence de couleur et de la variabilité de certaines nébuleuses.
En décrivant, d'après J. Herschel, le plus beau des amas stellaires, l'amas du Toucan, nous avons vu que la partie centrale est colorée en rose, et enveloppée d'une bordure blanche concentrique. La nébuleuse ayant été entièrement résolue en étoiles, cette coloration appartient évidemment à chacune des composantes. C'est un fait qui n'a rien de surprenant, après ce que l'on a vu des étoiles colorées simples ou doubles. L'amas de la Croix du Sud (pi. XLI), que nous avons vu formé d'un grand nombre d'étoiles blanches, parsemées de quelques étoiles rouges, vertes et bleues, apparaît comme une nébuleuse blanche. D'un autre côté, nous avons cité un amas du ciel austral entièrement composé d'étoiles bleues.
La coloration de quelques nébuleuses peut donc s'expliquer aisément par la couleur prédominante des étoiles dont elles sont formées. J. Herschel cite une nébuleuse planétaire, dont la lumière a l'éclat d'une étoile de sixième à septième grandeur, et dont le disque, légèrement elliptique, a un bord vif, clair, bien déterminé, et se distingue ce par sa couleur qui est d'un beau bleu foncé, tirant un peu sur le vert^ . » Le même