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DISTRIBUTION' DES TACHES A LA SURFACE DU SOLEIL

Les taches ne se montrent pas indistinctement dans toutes les régions du globe solaire. On n'en voit jamais aux pôles ni dans les parties voisines des pôles. Dès l'origine, les observateurs reconnurent qu'elles ne dépassaient pas certaines limites départ et d'autre de l'équateur du Soleil. Galilée donnait 29° comme limites de la zone dans chaque hémisphère ; Scheiner et Hévélius, 30". C'est là, selon l'expression ae Scheiner, la fameuse zone royale; par cette singulière flatterie à l'adresse des souverains de son temps, le jésuite d'Ingolstadt considérait ainsi les taches comme un privilège monarchique.

Mais l'étendue de la zone s'élargit à mesure que les observations s'accumulèrent. Ainsi, Messier vit en 1777 une tache à 31° 1/2 de l'équateur solaire; Méchain et Lalande une autre en 1780, dont la latitude atteignait 40" ; vers 1840, Laugier en observa plusieurs à 41°. Un groupe, vu par R. C. Carrington en juillet 1858, était situé à 45° de latitude australe. Les exemples de taches plus éloignées encore de l'équateur sont très-rares : citons la tache observée par Schwabe à 50°, une

autre par Peters (d'Hamilton collège) à 50° 55', et enfin la tache décrite par La Hire sous 70° de latitude nord, et qui, comme Humboldt l'observe avec raison, « peut être mise au rang des plus grandes raretés » .

Du reste, les taches solaires sont loin de se distribuer uniformément dans la zone d'apparition dont on vient de donner les limites. Si l'on n'en voit jamais aux pôles, et fort rarement au delà de 40° de latitude, elles sont aussi assez peu fréquentes à Féquatcur même, et à quelques degrés de chaque côté de cette ligne. Pour en donner une idée, citons quelques nombres. Dans les 5290 observations de Carrington, se rapportant à 954 groupes de taches, nous trouvons 50 groupes dans le voisinage de l'équateur; 20 entre 0" et-\- 4° de latitude ; 30 entre 0° et — 4° ; une seule coupe réellement l'équateur. Les autres groupes se distribuent à peu près ainsi : environ 200 depuis dr 4° jusqu'à rh 10° ; 640 sont compris de ces deux latitudes jusqu'à 30° au nord et au sud; au delà, il n'y en a plus qu'une soixantaine. C'est bien entre 10° et 30° que les taches se montrent en plus grande quantité, comme on peut en juger du premier coup d'oeil par le diagramme de la planche V (page 107), reproduction sur une petite échelle de trois planches de l'ouvrage de Carrington.

D'après John Herschel, « l'équateur actuel du Soleil est moins fréquemment recouvert de taches que les zones adjacentes de chaque côté, et il existe une différence caractéristique entre le nombre de leurs dimensions dans les deux hémisphères nord et sud, les taches boréales l'emportant sur les taches australes sous ces deux rapports. La zone comprise entre 11° et 15° de latitude nord est particulièrement fertile entaches de grandes dimensions et d'une longue durée. » En regard de cette opinion qu'Humboldt reproduit dans le Casmos, il est bon de placer les nombreuses observations de Carrington, qui, sur 954 groupes de taches, en placent 436 dans l'hémisphère nord, et 518 dans l'hémisphère sud. Ce

résultat contredit, du moins au point de vue de la fréquence ou du nombre, l'assertion des deux illustres savants cités plus haut, et, à en juger par les dessins qui accompagnent le bel ouvrage de Carrington, les grandes taches semblent avoir été également nombreuses dans chaque hémisphère. Mais il ne faut pas oublier qu'il s'agit d'époques différentes ; peut-être y a-t-il des périodes oii l'un des hémisphères l'emporte, et d'autres où c'est le contraire qui arrive.

En résumé, on voit que les taches solaires se distribuent, en latitude, en deux zones principales qui, de part et d'autre de l'équateur, embrassent vingt degrés, entre 10° et 30°. Entre ces deux zones existe une ceinture équatoriale de vingt degrés oii les taches sont plus rares. Passé 30° de latitude nord et sud, elles sont de plus en plus rares, et l'on peut considérer les régions qui s'étendent de 45° jusqu'aux pôles, comme à peu près dépourvues de taches.

Maintenant, les taches affectent-elles de préférence certaines régions, dans le sens de la longitude? Nous ne connaissons aucune observation qui puisse justifier une telle conjecture, sauf celle que cite Humboldt, dans son Cosmos : « Sœmmering, dit-il, remarque qu'il y a sur le Soleil certains méridiens dans lesquels, pendant de longues années, il n'a pas vu apparaître une seule tache. »

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