PÉRIODE UNDÉCENN'ALE DES TACHES SOLAIRES
On vient de voir comment les taches se distribuent à la surface de l'astre ; il reste à voir si, au point de vue du nombre et des dimensions, elles présentent une certaine régularité dans la suite des années.
Dès l'origine des observations, les astronomes ont signalé de grandes différences dans la fréquence des taches, selon les
époques. Tantôt elles se sont montrées avec abondance, tantôt elles ont été extrêmement rares. Citons quelques exemples de ces variations pendant les deux siècles qui ont suivi la découverte des taches solaires.
Scheiner parle de 50 taches vues à la fois sur le disque, en 1711. De 1700 à 1710, elles furent nombreuses aussi; en 1716, on observa 21 groupes, parmi lesquels 8 étaient distinctement visibles à la fois. De 1717 à 1720, on en vit encore davantage, et en 1719 notamment, il y avait une véritable ceinture équatoriale de taches. En 1740, en octobre 1759, elles furent encore très-fréquentes. Schrœter observa une fois 68 taches visibles, puis à une autre époque 81 taches. W. Herschel en vit 50 en 1801, 40 en novembre 1802.
La figure 29 montre combien parfois les taches sont nombreuses au même instant sur le disque, tout en présentant des dimensions considérables.
D'autre part, il parait qu'elles furent très-rares de 1650 à 1670, de 1676 à 1684. On n'en vit point de 1695 à 1700, de 1711 à 1712. En 1710 et en 1713, on n'en vit qu'une seule. D'après la Correspondance astronomique du baron de Zach, 29 mois se passèrent, de 1821 à 1823, sans qu'on observât de taches; le 10 juillet 1823, seulement, on en vit apparaître de nouvelles.
Mais jusque-là, on ne soupçonnait point qu'il y eût dans la plus ou moins grande fréquence des taches solaires, autre chose qu'un phénomène accidentel et irrégulier. Le premier astronome qui chercha à comparer à ce point de vue les observations, fut M. Schwabe de Dessau, qui explora le Soleil pendant 24 années consécutives, de 1824 à 1850, et reconnut une périodicité manifeste dans la fréquence des taches. Soit qu'il énumérât le nombre des groupes de taches visibles sur le disque, soit qu'il comptât le nombre des jours de chaque année où le Soleil parut dépourvu de taches, ce savant trouva que le maximum tombait dans les années 1828, 1837, 1848,
et le minimum dans les années 1833 et 1843 : c'est une moyenne de dix ans d'intervalle entre les maxima ou entre les minima des taches. Les observations faites de 1853 à 1861 par M. Carrington à Redhill, donnent un minimum en 1856 et un maximum en 1860, comme il est aisé de s'en assurer par la simple vue à l'inspection de la planche V. Ce résultat, joint à celui de Schwabe, donnerait une période un peu plus longue.
Fig. 29. Taches du Soleil, le 2 scplcnibic l.s;;'J, iluiuès le caiiilauio Davis.
Ces recherches ont été, dès 1847, continuées par d'autres astronomes^ M. R. Wolf (de Zuinch) a compulsé toutes les ob-
1. Il faul citer notamment les observations faites à Kew, sous la direction de M. Warren de la Rue. Le Soleil, photographié jour par jour, permettait de voir non-seulement le nombre des taches ou plutôt des groupes de taches, mais encore, méthode plus rationnelle, d'évaluer la superficie totale des taches et de leurs pénombres. Les séries de surface obtenues ainsi s'accordent du reste à donner les mêmes maxima et minima que les autres.
servations de taches enregistrées, depuis leur découverte en 1610 jusqu'à nos jours. 11 a pu donner ainsi un tableau complet des époques où ont eu lieu les maxima et les mininia de fréquence, jusqu'à l'année 1870. Ce document est trop important pour ne pas trouver ici sa place :