LE GRAND TÉLESCOPE DE L'OBSERVATOIRE DE PARIS
Le ciel tout entier peut donc être considéré en chaque lieu, comme formé de trois zones :1a première toujours visible pendant la nuit, quel que soit le jour de l'année, la seconde visible en partie seulement, la troisième toujours invisible.
Passons successivement en revue ces trois zones.
Occupons-nous d'abord de celle qui est toujours en vue, quand le ciel est clair bien entendu, pour tous les points de la Terre qui ont même latitude septentrionale que Paris (48° 50'). Toutes les constellations comprises dans cette zone d'étoiles circompolaires sont représentées dans la planche XXXIV. Essayons de les reconnaître.
Il est minuit, je suppose. Nous sommes à la fin de l'automne, vers le 20 décembre, pendant la nuit du solstice d'hiver. Orientons-nous, et cela fait, tournons nos regards vers le côté nord du ciel. Concevons par la pensée un cercle qui, rasant l'horizon au nord même, vienne se terminer un peu au delà du zénith', le centre de ce cercle idéal se trouvera à peu près à égale distance du zénith et de l'horizon : c'est le pôle céleste septentrional. Très-voisine de ce point (à 1" 24'), se trouve une étoile assez brillante, de seconde grandeur : on la nomme la Polaire Comme il est important de savoir retrouver cette étoile, dont la position reste à fort peif de chose près invariable dans tout le cours des nuits d'une année, j'indiquerai bientôt le moyen de la reconnaître.
Examinons vers la droite, sur la planche XXXIV (sur la carte céleste (pi. XL), ou dans la figure 345), un groupe de sept étoiles de seconde grandeur. Il appartient à une constellation du ciel boréal connue depuis longtemps sous le nom de la Grande-Ourse. Arrêtons-nous un instant en ce point du ciel, d'où nous partirons tout à l'heure pour opérer tous les alignements utiles à notre revue du ciel étoile. Les sept étoiles que nous avons sous les yeux peuvent se décomposer en deux groupes, dont le premier, à la partie supérieure, figure un quadrilatère qu'on nomme le corps de VOurse, tandis que les trois étoiles inférieures forment la queue. Les deux étoiles extrêmes du quadrilatère se nomment les gardes'^. Six des sept étoiles principales de cette constellation sont à peu près égales en éclat, et de seconde grandeur. Mais il est aisé de reconnaître à l'œil nu que l'étoile du corps de l'Ourse la plus voisine de la queue est inférieure aux autres : elle n'est plus guère aujourd'hui en effet que de quatrième grandeur, bien qu'au dix-septième siècle elle ne se distinguât point sous ce rapport de ses voisines. L'étoile du milieu du limon est accompagnée, vers la gauche, d'une toute petite étoile nommée Alcor^ assez
1. Le zénith est, comme on sait, le point du ciel situé verticalement au-dessus de la tête d'un observateur.
2. La Grande-Ourse se nomme aussi vulgairement le Chariot de David. Alors les étoiles du quadrilatère en sont les quatre rmies, tandis que les trois autres forment le timon.
facile à distinguer pour les vues moyennes'. L'œil nu peut apeixevoir jusqu'à 138 étoiles dans la Grande-Ourse (d'après le catalogue d'Argelander; celui d'Heis en marque 227), parmi lesquelles, indépendamment des 7 principales, vous remarquerez 9 étoiles de troisième grandeur, 4 de quatrième; les autres forment les deux derniers ordres d'éclat perceptibles à la vue simple.
De la Grande-Ourse, revenons maintenant à l'étoile Polaire.
Prolongeons, pour cela, la ligne droite qui joint les Gardes, en nous approchant du centre de la portion du ciel qui est en vue. A une dis-
Fig. 34.5. Le ciel de l'horizon de Paris. Constellations circompolaires boréales.
lance d'environ cinq fois l'intervalle qui sépare ces deux étoiles, nous retrouvons la Polaire qui est aussi de seconde grandeur.
Nous savons que la Polaire joue actuellement un grand rôle dans le ciel boréal, puisque, très-voisine du pôle, celte étoile est pour ainsi dire l'un des pivots de l'axe idéal autour duquel la Terre exécute sa rotation diurne. Il en résulte qu'elle semble immobile, en conservant là même hauteur au-dessus d'un horizon quelconque, tandis que les autres étoiles décrivent autour d'elle des cercles d'inégale grandeur. Ainsi, la Grande-Ourse située d'abord à l'orient du pôle, à l'heure de minuit que nous avons choisie pour le début de notre inspection, va remonter vers le zénith à mesure que la nuit s'écoule. Vers six heures
1. Huniboldt affirme n'avoir pu distinguer que rarement Alcor, à l'œil nn, sous le ciel d'Europe. Pour mon compte, je la vois sans difficulté et à toute époque, sous le ciel peu favorable de Paris.
du malin, elle sera au-dessus de la Polaire, tandis qu'à six heures du soir, elle occupait une position diamétralement opposée, au-dessous du pôle et près de l'horizon. Comme toutes les étoiles participent à ce mouvement d'ensemble, il est clair que leurs positions relatives ne sont pas changées, de sorte que les figures des groupes restent toujours les mêmes. Je fais une fois pour toutes celte remarque importante et je continue.
A l'ouest de la Polaire, à la même hauteur au-dessus de l'horizon que la Grande-Ourse, et à peu près la même distance du pôle, se trouve, à cette heure et à cette époque, un groupe de six étoiles dont deux sont de la seconde grandeur, deux de la troisième et deux de la quatrième : c'est la constellation de Cassiopée', qui renferme 67 étoiles visibles à l'œil nu (126 suivant Heis]. Les six étoiles dont nous venons de parler forment une sorte de chaise renversée dont la figure, une fois bien comprise, rend celte constellation aisée à reconnaître.
Entre la Grande-Ourse et Cassiopée, se trouve laPExiTE-OcRSE, doni la Polaire est l'étoile la plus brillante. Sur les 27 étoiles visibles à l'œil nu qui la composent (Heis en compte 54, le double), il y en a sept qui forment une figure ayant avec les sept étoiles de la Grande- Ourse une grande ressemblance, mais placée en sens inverse; les quatre étoiles intermédiaires se voient assez difficilement. Cette constellation ne renferme, outre la Polaire, qu'une étoile de deuxième grandeur et une de troisième; les 24 autres sont inférieures à la quatrième.
Au-dessous de la Pctile-Ourse, on peut voir une série d'étoiles formant une ligne sinueuse, qui se prolonge jusque près des Gardes de la Grande-Ourse, et se termine à l'extrémité inférieure par un groupe de 4 étoiles rangées en trapèze. C'est le Dragon, qui, sur 130 étoiles visibles à l'œil nu (H. 220), en contient 1 seulement de deuxième grandeur et 9 de troisième. Cépiiée, la Girafe et le Lynx sont trois autres constellations voisines du pôle, comprenant ensemble 215 étoiles visibles à l'œil nu (H. 384). La première, entre la Petite-Ourse et Cassiopée; la deuxième, opposée au Dragon ; la troisième, du même côté que la seconde. Elles n'offrent ni les unes ni les autres rien de bien remarquable, surtout la Girafe et le Lynx, dont les étoiles les plus brillantes sont au plus de troisième et de quatrième grandeur. Parmi toutes les étoiles qui, sur l'horizon de Paris, ne se couchent jamais, la plus brillante est une étoile de première grandeur connue sous le nom de la Chèvre, et qui fait partie de la constellation du Cocher. Vers le 20 décembre, à minuit, la Chèvre est à fort peu près au zénith, ainsi qu'on peut le voir
1. En tiranl une ligne de l'étoile du milieu de la Grande-Ourse (la moins brillante des sept à la Polaire, et en la prolongeant d'une distance à peu près égale, on tombe presque sur l'étoile Bêta de Cassiopée.
dans la planche XXXIV. On peut trouver cette étoile remarquable, en prolongeant la ligne qui joint les deux étoiles du quadrilatère de la Grande-Ourse, les plus voisines du pôle. Le Cocher, qui renferme 69 étoiles visibles à l'œil nu (H. 144), contient, outre la Chèvre, 1 étoile de deuxième grandeur, 3 étoiles de troisième et 4 de quatrième grandeur.
Au nombre des constellations visibles au moins en partie pendant toute l'année, et dont les étoiles environnant le pôle ont reçu pour cette raison le nom d'étoiles circompolarres, il faut ranger Persée, qu'on aperçoit dans le voisinage du Cocher. Elle occupe à l'époque et à l'heure que nous avions choisies, une position un peu occidentale, relativement à cette dernière constellation, au-dessus de Cassiopée. Sur 81 étoiles visibles à l'œil nu (H. 136), 1 est de seconde grandeur, 4 sont de troisième et 14 de la quatrième grandeur. C'est dans Persée que se trouve l'étoile Algol, célèbre par les variations de sa lumière, qui la font passer alternativement et dans une très-courte période, de la seconde à la quatrième grandeur. Nous parlerons plus loin avec détail de cette singulière étoile.
J'ai supposé, pour décrire la zone circompolaire boréale, que nous étions au 20 décembre, à minuit. Mais il est facile de trouver, à l'aide de la même planche XXXIV, son aspect et sa position pour une heure quelconque de la nuit, ou pour une autre époque de l'année. C'est en vingtquatre heures sidérales, en effet, que s'effectue la rotation entière du mouvement diurne : en six heures, un quart du mouvement total est donc accompli. Que résulte-t-il de là? Qu'une constellation telle que Cassiopée, par exemple, qui à minuit est à gauche du pôle, était audessus à six heures du soir et se retrouvera au-dessous, vers l'horizon, à six heures du matin. Dès lors, si l'on fait tourner la planche, de façon à mettre en bas, à l'horizon, chacun de ses quatre côtés, on aura les positions successives des étoiles de la zone circompolaire pour les heures suivantes :
!côté horizontal inférieur à minuit;
côté vertical de droite à 6 h. du soir;
côté horizontal supérieur à midi;
côté vertical de gauche à 6 h. du matin.
A midi, tout le monde sait que les étoiles restent invisibles à cause de l'illumination de l'atmosphère. Les constellations et les étoiles n'en occupent pas moins, dans le ciel, la position indiquée dans le tableau ci-dessus. A l'aide d'un télescope ou d'une lunette astronomique d'une certaine puissance, on peut voir en plein jour les étoiles des ordres de grandeur, que la vue simple ne peut percevoir que la nuit. Ajoutons que, par une rotation lente de la figure, rien n'empêche de suivre progressivement la rotation de la voûte étoilée, à toutes les
heures de la nuit, intermédiaires entre celles que nous venons d'indiquer. D'un jour à l'autre, cet aspect changera, chaque étoile venant occuper de plus en plus tôt la même position que les nuits précédentes. Cette avance est de six heures tous les trois mois. Par conséquent, si l'on reprend dans le même ordre les quatre positions du tableau précédent, elles correspondent aux époques et aux heures suivantes de l'année :
Le 22 mars. Le 20 juin. Le 22 septembre.
Côté horizontal inférieur.. 6 h. du soir. Midi. 6 h. du matin.
— vertical de droite.. . . Midi. 6 h. du mat. Minuit.
— horizontal supérieur. 6 h. du mat. Minuit. 6 h. du soir.
— vertical de gauche.. . Minuit. 6 h. du soir. Midi.
§ 2. CONSTELLATIONS VISIBLES AU SUD DE L'HORIZON DE PARIS. ÉTOILES DE LA ZONE ÉQUATORIALE.
Revenons maintenant à notre dénombrement des étoiles visibles à minuit, le 20 décembre.
Jetez les yeux sur la planche XXXV. Elle représente la voûte étoilée vue du côté du sud, telle qu'elle apparaîtra, si l'on tourne le dos à la zone circumpolaire que nous venons de passer en revue. Cette zone immense embrasse à très-peu près la moitié de l'arc d'horizon qui va de l'Est à l'Ouest en passant par le point sud, et s'étend en hauteur jusque vers le zénith. Elle comprend les plus belles constellations, les étoiles les plus brillantes du ciel, et se trouve partagée en deux obliquement par la Voie Lactée.
Orion occupe à peu près le milieu du tableau. Cette magnifique constellation forme un grand quadrilatère, plus haut que large, au centre duquel on aperçoit trois étoiles de seconde grandeur rangées obliquement en ligne droite et bien connues sous le nom populaire du Râteau ou des Ti^ois-Rois, ou encore du Bâton de Jacob. Deux des étoiles du grand quadrilatère sont de première grandeur. On les nomme Betelgeuse et Rigel. Betelgeuse, dont l'éclat varie périodiquement, est remarquable par la teinte rougeàtre de sa lumière. Sur 115 étoiles visibles à l'œil nu (H. 136), outre les deux plus brillantes, Orion renferme encore 4 étoiles de deuxième grandeur, 4 de troisième et 6 de quatrième grandeur.
En prolongeant vers le Nord-Ouest la ligne des trois étoiles du Baudrier d'Orion — c'est encore un nom donné au Râteau — l'œil passe près d'une étoile rouge de première grandeur: c'est Aldébaran, la plus brillante de la constellation du Taureau. Aldébaran est au milieu d'un groupe de petites étoiles qu'on nomme les Hijades. Un peu plus loin dans la même direction, on aperçoit les Pléiades, si faciles à recon-
naître au milieu du ciel par l'entassement des six étoiles visibles à l'œil nu qui composent ce groupe intéressant. Le Taureau ne contient pas moins de 121 étoiles (H. 188), 1 de première, 1 de seconde, 3 de troisième et 14 de quatrième grandeur.
Si maintenant vous prolongez, vers le sud-est d'Orion, la ligne qui nous a donné Aldébaran au Nord-Ouest, vous allez rencontrer sur le bord de la Voie Lactée la constellation du Grand-Chien, qui renferme Siriits, la plus brillante étoile des deux hémisphères, la plus remarquable par la vivacité de sa scintillation et par son éclalanle blancheur. Sur 66 étoiles (H. 70) visibles à l'œil nu dont cette constellation est formée, 2 étoiles appartiennent à la seconde grandeur et 4 à la troisième.
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