DISTRIBUTION ET NOMBRE. — ELEMENTS DES ORBITES
Le nombre des planètes connues du système solaire n'était, il y a soixante-quinze ans, que de sept, parmi lesquelles on comptait la dernière grande planète découverte vingt ans auparavant par W. Herschel, Uranus. A l'heure où j'écris ces lignes (25 août 1876), ce nombre s'élève à 174, de sorte que, sans compter les comètes nouvelles et les satellites récemment observés, le monde solaire s'est enrichi de cent soixante-sept individus. Il est vrai qu'à l'exception de Neptune, qui fait partie du groupe des grosses planètes, tous ces corps sont d'une petitesse extrême, et, pris à part, n'égalent pas même en grosseur les satellites des planètes principales. Aussi les a-t-on nommés ostéroïdes, petites planètes ou planètes télescopiqites. Appelons-les simplement petites planètes. Cependant c'est un groupe des plus intéressants, et dont l'ensemble donne une physionomie nouvelle au monde solaire, en même temps qu'il jette un nouveau jour sur le problème de sa formation et de ses développements.
Les 166 petites planètes aujourd'hui connues — le nombre s'en accroit chaque année — sont toutes situées entre Mars et Jupiter; les orbites qu'elles décrivent autour du Soleil sont si voisines les unes des autres et tellement entrelacées, qu'un astronome contemporain, M. d'Arrest, y trojive la preuve évi-
Fig. 146. Orbites des 108 premières petites planètes.
dente d'une commune origine : « Un fait, dit-il, semble surtout confirmer l'idée d'une liaison intime qui rattacherait entre elles toutes les petites planètes; c'est que, si l'on se figure leurs orbites sous la forme de cerceaux matériels, ces cerceaux se trouveront tellement enchevêtrés qu'on pourrait, au moyen de l'un d'entre eux pris au hasard, soulever tous les
autres '. » A l'époque où ces lignes étaient écrites, on ne connaissait encore que 14 petites planètes; depuis, parmi les nouvelles planètes découvertes, 138 sont venues se placer dans l'intervalle des deux extrêmes. La figure 146, qui représente les orbites des 108 premières, connues en 1869, suffit déjà à montrer le degré de cet enchevêtrement, bien plus complet aujourd'hui, que le nombre des courbes à figurer serait plus grand de 58. La comparaison de d'Arrest, et la conséquence qu'il en tire, acquièrent donc par cela même un nouveau degré d'évidence'.