LE SERMON DE SAINT-LÉONARD
Notre-Seigneur, est bien trop éclatante pour nos veux;
ances
et je le regrette, mes chers auditeurs, vos espér aujourd'hui seront trompécs: vous êtes tous venus ici
pour nourrir votre piété, avides d'entendre parler de ce
paradis qui est l'unique objet de votre amour, le but
unique «le vos désirs, et moi aussi, à vrai dire, je m'étais appliqué avec ardeur à décrire le mieux possible les magnificences de cet immense palais de Dieu et à mettre
ca relief tout ce qu'on peut dire de plu: beau, de plus
ravis ant, de plus saint de cet amphithéätre de gloire et de majesté. Mais à peine étaisje à l'ocuvre, que l'apôtre
Paul s'oi
à moi et me dit avec un regard plein
d'étonnement: Que faistu? Que prétends-tu? Ne sais-tu
pas que “ni l'oeil n'a vu, ni l'orcille n'a entendu, ni le
cocur de l'homme n'a compris ce que Dieu à prepari
à ceux qui l'aiment.” Puis, après m'avoir brièvement
raconté cctte vision merveilleuse dans laquelle, ravi jus
» ciel, il entendit des secrets incffables, il
n'a fermé les lèvres en + appliquant le doigt et m'
défendu de parler. En effet
plus on parle, moins on en dit, cet surtout le paradi
et si vous y prenez garde, quiconque en parle ne fait qu
qu'il n'est où amoindrir ce qu'il est lc
à contempler je
selon l'es cation de urs interprètes, que tous CEUX
qui avaient parlé dt dis s'étaient mépris:
dans mon extase: tout homme est menteur," ou, &
LE CIEL autre version: “ Tout homme est en défaut.” Et ne voyez-vous pas que Pierre lui-même s'est mépris, lui qui tout enveloppé de cette éblouissante lumière, s'écria comme hors de lui-même: “ Il nous est bon d'être ici,” réduisant tout le paradis à trois cabanes grossières: “ Dressons-nous ici trois tentes.” Aussi l'Evangile tâche-til d'excuser cette méprise en l'imputanc à l'inadvertance : “ne savait pas ce qu'il disait.” Or, là où Pierre se trompe, où Paul se tait, que pourrais-je bien dire? Cela étant, mon sermon sur le paradis est fini avant de commencer. Mais non, Saint Augustin m'encourage à parler : tout en accordant que le paradis est incompréhensible à la faiblesse de notre esprit, il n'en regarde pas la conquête comme impossible à l’ardeur de nos désirs. “ Le Paradis, il est impossible de le décrire: le Paradis, il est possible de l'acquérir.” Dilatez donc vos cœurs, car s'il est vrai qu'on puisse l'acquérir, quoiqu'on ne puisse pas l'appré-
cier, je veux, pour vous en faciliter l'acquisition, vous en
dire quelque chose aujourd'hui. Toutefois ne perdez pas
de vuc que malgré tous mes efforts, toute mon éloquence, toutes mes descriptions gour vous donner une idée ou vous tracer une ébauche du paradis, vous devrez toujour: vous figurer, toujours penser, toujours désirer quelque chose de plus accompli: et de plus vous persuader que la gloire ou la félicité céleste est encore incomparablement plus belle, plus élevée, plus étendue que tous vos désirs at toutes vos imaginations 7 Un peu plus loin, le
Saint continue de cette manière: