‹ Le ciel, séjour des élus [microforme]Chapitre 11 sur 67 · LE SERMON DE SAINT LÉONARD · texte numérisé non relu

LE SERMON DE SAINT LÉONARD

“Si la vaste étendue du firmament est trop étroite pour nous retracer l'immensité du Ciel des élus, jetons un peu les yeux sur la terre pour voir si nous n'y retrouverons point quelque chose qui puisse nous représenter la beauté de la maison de Dieu. Ah! vous vous convaincrez de plus en plus de l'impuissance de l'homme. Mettez ensemble tout ce qu'ont dit de cette gloire merveilleuse les prophètes, les évangélistes, les docteurs, et

tout ce qu'en pourraient dire les prédicateurs de nos jours

avec leur éloquence raffinée, et vous verrez que tous ne

font que dire eu substance ce qu'elle :.'est pas. Je voudrais que, pour vous éclairer sur ce point, Dieu renouvelät en votre faveur le prodige de Apocalypse ; que chacun de vous vit descendre la Jérusalem céleste du ciel, comme le vit Saint Jean, et puisque je ne puis vous conduire en paradis, que le paradis descendit vers vous sous l'emblème d'une magnifique Cité, avec des murs d'or, un pavé de diamants, des portes d'émeraudes et de aphirs, avec la multitude de ses habitants, environnés de pompe et de majesté comme des rois, avec une lumière que n'obscurvissent jamais les ténèbres, avec une beauté que rien ne souille jamais, ayant pour soleil l'Agneau qui ne souffre jamais aucune éclipse! Comme je vous dirais encore avec assurance: non, ce n'est pas là le paradis; c'en est l'image, mais non la réalité. Vous figurez-vous peut-tre qu'on trouve en paradis, avec leurs propriétés matérielles et physiques, toutes ces pierres précieuses,

telles que l'émeraude, la topaze, l'escarboucle et autres

semblables? Il en est qui l'ont cru, mais tous les Docteurs sensés le nient, et à mon avis, ils ont évidemment raison: en effet, n'avez-vous pas vu de l'or, de l'argent et des pierres précieuses? — Oui, — Il est donc faux que ces choses-là se trouvent dans leur état matériel en paradis, puisque lapôtre Saint Paul, qui en parle en témoin oculaire, nous dit que: "l'oeil n'a point vu, ni l'oreille entendu ” ce qu'il y a de ravissant dans le séjour des Bienheureux. Jugez maintenant si l'évangéliste Saint Mathieu lui-même n'est pas bien loin de la réalité, lorsque dans l'évangile de ce jour (1), il compare la gloire de Jésus transfiguré à la lumière du soleil et à la blancheur de la neige. De la neige on en trouve dans toutes les vallées; et pour n'avoir d'autre objet à admirer sur Thabor que la lumière du soleil, et la blancheur de neige, Saint Pierre pouvait bien s'épargner la peine «

monter si haut et demeurer avec la foule au pied de la

montagne. La comparaison est done inexacte, non par la faute de l'Évangéliste, mais à cause de l'excès de cette gloire qu'il ne pouvait expliquer autrement: car c'est le

malheur de tous les objets qui surpassent la capacité de

notre esprit, de n'avoir point de termes qui en rendent

adéquatement l'idée. Que dirai-je de ceux qui comparent ie paradis à un torrent de voluptés, à un jardin délicieux, à un somptneux festin, à un r:yaume très-florissant, à des noces pleines d'allégresse, au bonheur des moisson-

neurs pendant la récolte? Toutes comparaisons impar-

angile de la Transfiguration.

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