VOYAGE AU PARADIS
de la prison de son corps, s'envole au paradis. Voyez cette âme fortunée au milieu d'une troupe de séraphins, qui lui disent avec des accents de joie: le temps des tribulations et des larmes est passé : réjouis-toi, il n'v aura plus pour toi pendant toute l'éternité, ni famine, ni peste, ni guerre; tu jouiras d'une vie, d'une santé, d'une allégresse et d'une paix inaltérable, Et en parlant ainsi, ils ont déjà franchi avec elle, dans leur vol siblime, les
régions de l'air: déjà la terre avec toutes ses misères a
disparu à ses veux. Elle traverse ainsi les cercles de la lune, de Mercure, du soleil, S'instruisant, en passant, des mouvements, des influences et de la grandeur de tous ces astres. Elle entre dans le firmament, où elle est comme couronnée par cet amas d'innombrables étoiles, qui paraissent si petites d'ici-bas, et qui là-haut sont si vastes, si brillantes et si belles. Elle monte plus haut encore, et foulant aux pieds les étoiles, elle dépasse le firmament pour entrer dans le ciel le plus voisin du séjour des élus. Déjà elle aperçoit une clarté, un jour, elle respire un air et des parfums qui présagent le paradis. Ah! le voilà, le voilà, ce délicieux séjour! voilà cet immense océan de lumière, mais d'une lumière nouvelle et telle qu'elle n'en a jamais vu de semblable. C'est alors qu'elle commence à voir ce que l'oeil n'a point vu, ni l'oreille entendu, La voilà sur le seuil: elle entre. Mon Dieu! qui pourrait jamais dire le contentement, la jubilation, les délices qui inondent cette âme la première fois que le paradis se
déploie à ses regards® Ah! il me semble l'entendre
24 LE CIÉI
S'ecricr: Dieu soit loué! je suis enfin délivrée des craintes, des angoisses, des dangers de me perdre éternellement ; aprés tant de tempêtes, me voici arrivée au port saine et
sauve: apres tant de combats, je puis chanter l'hyinne du
triomphe: Zn domum Domini ibimus: Nous entrerons
dans la maison de Dieu. Oh! quel bonheur de voir son
salut et son éternité en sûreté!
Cette assurance seule me fait déjà éprouver un véritable paradi C'est maintenant
que je puis dire avec plus de raison que Saint Pier
est bon pour nous de rester
ports se livre le l'aradis tout entier à Ja vuc de cette âme
bienheureuse: voyez comme tous s'empressent à l'envi
d'aller à sa rencontre. Oh! quelle , quelle fête pour
elle en reconnaissant ses saints patrons, ceux qui lui
obtinrent particulièrement la grâce de bien mourir: ceux
dont elle a pe
ceux dont elle à propagé le culte.
“le non
Quel tendre accueil fait cette sainte âme à $ bien-aimés parents! Voici mon père, dit-elle: ah! père chéri, que de
larmes j'ai versées à votre mort, mais les voilà cssuvées
pour toujours, © ma mère, ma tendre mère, j'ai pense
mourir de douleur en vous perdant, vous qui étiez l'unique s retrouve en Dieu
soutien de ma vie, mais comme je vi
plus chère et plus aimable encore! Laissez-moi embrasser
es am's qui m'ont consolée dans mes tr
mes chers amis, nous voici, grâce à Dieu, réunis pour nc
séparer, Puis, quelle jubilation en
nous plus jamais
voyant une multitude d'ämes qu'elle à tirées du Purga-
toire, d'autres qu'elle à remises dans la voix du salut, ou
VOYAGE AU PARADIS 25 qu'elle à aidées à se sauver Mais est-il bien certain, mon Pére, qu'on se réconnaitra li-haut ? Et pourquoi
pas, mes bien-aimés? Bien mieux, € lä-haut qu'il y
affectueuses congratulations, de doux
aura de sincères € entretiens, de saints embrassements, de pures et cendres
Haisons, Ah! dilatez vos cœurs, car ces notions si belles,
qui ne sont pas des fables et des fictions, mais de solides vérités, vous confirmeront de plus en plus dans la per suasion que ce lieu incomparable n'est pas connu. Non, nous ne comprenons pas ce que c'est que le paradis, et
nous ne pouvons pas méme le comprendre tel qu'il est,
Ne perdons pas de vue cependant l'âme bienhieur use environnée de son brillant cortège: plus elle monte, et plus elle voit croître la majesté, la pompe, la gloire de ce magnifique amphithéatre, Je me la représente comme une étrangère, à qui ses guides montrent et expliquent toutes les merveilles de la délicieuse patrie: entrez, fui
andeur de
disent-elles, et voyez la splendeur et la g l'édifice, autant que votre regard en est capable. Admirez, âme bénie, l'élévation, l'étendue, la magnificence des
lais que Dieu à bien voulu assigner à ses élus. Que
pi dites-vous de ce séjour si lumineux, si vaste, si ravissant ? de cet air si pur et si tranquille, que n'altéra jamais ni la chaleur, ni l'humidité, ni le froid? Ici plus de mélange de bien et «de mal, plus de vicissitudes de saisons, plus de besoin de nourriture et de soulagement, Sachez en outre, que quand nous serons réunis à nos corps, nos sens seront
aussi pleinement satisfaits. Dieu a trouvé le moyen de
rassasier tous nos désirs, sans introduire ici la matérialité de tant d'objets dont nous ne pouvions jouir sans peine et sans une profonde misère ans la vallée des larmes. Voici pour charmer les yeux, comme un extrait de tout ce qu'il y a de plus ravissant et de plus agréable dans les couieurs. Oh! quelles délices! Voici, pour contenter l'ouïe, tout ce qu'il y a de plus délectable dans la musique, de plus tendre, de plus doux et de plus joyeux dans le chant, éminemment condensé dans le plus harmonieux concert. Oh! quelle jouissance! Voici pour l'odorat tout ce qu'il y a de plus suave dans les plus délicieux parfums. Voici pour le goût comme la quintessence de ce qu'il ya de plus agréable dans les saveurs. Oh! quelle douceur! Et lorsque nous serons réunis à nos corps, nous aurons continuellement les lèvres comme arrosées d'un certain nectar, d'une liqueur qui flattera tellement le palais, qu'elle surpassera infiniment toutes les délices qu'a jamais pu inventer la sensualité des mortels. Et qui pourra jamais vous dire la beauté et la symétrie de nos corps, lorsque réformés sur le modèle du corps sacré de notre divin Epoux que vous voyez là, ils seront tout revêtus de cette lumière et de cet éclat dont vous jouissez ici: cette lumière pénétrera dans leurs veines, elle se répandra dans tous leurs membres, et les rendra si aimables, si lucides, si resplendissants, que si l'un de nous, mettant la tête hors
du paradis, laissait voir au monde un seul de ses cheveux,
il suffirait pour illuminer la terre plus que ne le fait le
soleil en plein midi. En attendant, réjouissez-vous de