partie de la hiérarchie générale. Or, les êtres ne sont
soumis aux mêmes lois que parce qu'ils ont la même
nature et les mêmes fonctions. Îlen résulte que les anges et les hommes, n'ayant ni la même nature ni les mêmes fonctions, forment des hiérarchies distinctes. [en résulte encore que tous les anges n'ayant pas les mêmes fonctions, le monde angélique se divise en plusieurs
hiérarchies.
Que les anges et les hommes forment des hiérarchies distinctes, la raison et la preuve en est dans la perfection relative des uns et des autres. Cette perfection est d'autant plus grande, que les êtres participent plus abondamment des perfections de Dieu. Créature purement spirituelle, l'ange y participe plus que l'homme. En effet, l'ange reçoit les illuminations divines dans l'intelligible pureté de sa nature, tandis G. l'homme les reçoit sous les images plus où moins transparentes des chsoes sensibles,
telle que la parole et les sacrements.
L'ange est donc ur: créature plus parfaite que
l'homme, et doit par conséquent former une hiérarchie
différente, De plus, comme il y a hiérarchie, c'est-i-dire ordre de subordination, dans le monde angélique, il est évident que tous les anges ne reçoivent pas également les illuminations divines. 1] Y a donc des anges supérieurs aux autres. Leur supériorité a pour fondement la connaissance plus où moins parfaite, plus où moins universelle de la vérité,
” Cette connaissance, dit Saint Thomas, marque trois degrés dans les anges; car clie peut être envisagée sous un triple rapport.
“ Premièrement, les anges peuvent voir la raison des choses en Dieu, Principe premier et universel. Cette manière de connaître est le privilège des anges qui approchent le plus de Dieu, et qui, suivan! le beau mot de Saint Denis, :: tiennent dans son vestibule. Ces anges forment la première ‘ rchie,
“ Secondement, ils : “vent la voir dans les causes universellement créée., qu'es appelle les lois générales. Ces causes étant multiples, la connaissance est moins précise ‘et moins claire. Cette manière de connaitre est l'apanage de la seconde hiérarchie.
“ Troisièmement, ils peuvent la voir dans son
application aux êtres individuels, en tant qu'ils répondent
de leurs propres causes, ou des lois particulières qui les
régissent : ils forment la troisième hiérarchie.
La tradition nous découvre encore dans chaque
hiérarchie trois choeurs ou ordres différents. On af
choeur ou ordre angélique, une certaine multitude d'anges, semblables entre eux par les dons de la nature et de la grâce. Chaque hiérarchie en renferme trois.
Un jour dans le ciel, se montreront à nos yeux, sans nuage et sans voile, les trois hiérarchies angéliques avec leurs neuf choeurs, resplendissants de lumière et de beauté.
Dans la première: les Séraphins, les Chérubins et les Trônes. Dans la seconde: les Dominations, les Principautés et les Puissances. Dans la troisième: les Vertus, les Archanges et les Anges.
Fonctions des Anges. — Etre purifiés, illuminés et perfectionnés, ou purifier, illuminer et perfectionner : tel est le double but auquel se rapportent toutes Îles fonctions des hiérarchies et des ordres angéliques. Quel
est le sers de ces mystérieuses paroles? Tous les anges
ne connaissent pas également les secrets divins. La première hiérarchie, avons-nous dit avec Saint Thomas, voit la raison des choses en Dieu lui-même; la seconde, dans les causes secondes universelles : la troisième, dans l'application de ces causes aux effets particuliers. À la première appartient la considération de la fin; à 1" seconde, la disposition universelle des moyens ; à la troisième, la mise en oeuvre.
Les lumières qu'ils ont puisées dans le sein même de Dieu, les anges de la première hiérarchie les commu-
niquent, autant qu'il convient, aux anges de la seconde hiérarchie ; ceux-ci, aux anges de la troisième ; et ceux de la troisième en font part aux hommes. Mais la réciprocité n'a pas lieu, attendu que les anges inférieurs n'ont rien à apprendre aux anges supérieurs, ni les hommes aux anges.
Nécessaire au Souvernement du monde, cette communication incessante durera jusqu'au jugement dernier. Elle renferme ce que nous avons appelé la purification, l'illumination et le perfectionnement, En effet, la manifestation d'une vérité à celui qui ne la connaît pas purifie son entendement, en dissipant les ténèbres de l'ignorance ; elle l'illumine, en faisant briller la lumière où régnait l'obscurité; elle le perfectionne, en lui donnant une science certaine de la vérité. Telles sont les opérations
des anges supérieurs à l'é ard d& anges inférieurs qui, 8: 8 q pour cela, sont dits purifiés, illumi: s et perfectionnés,
Or, les communications angéliques se font par la parole; car les anges, parfaites images du Verbe, ont un langage et se parlent entre eux. Que les anges parlent, Saint Paul nous l'enseigne, lorsqu'il dit: “ Quand je parlerais les langues des hommes et des anges...” Mais ce langage est tout intérieur, tout spirituel, comme l'ange lui-même. Il consiste, de la part de l'ange supérieur, dans la volonté de communiquer une vérité à l'ange inférieur ; et, de la part de celui-ci, dans 'a volonté de la recevoir. Ces deux opérations, ne rencontrant aucun obstacle, ni dans la nature des anges, ni dans leurs dispositions individuelles, sont infaillibles et instantanées.
Les Séraphins. — Créatures les plus sublimes que Dieu ait tirées du néant, ces esprits angéliques doivent leur nom aux flammes de leur amour. Placées au sommet des hiérarchies créées, elles touchent, autant que le fini peut toucher à l'infini, à la Trinité divine, l'amour même et le foyer éternel de tout amour. Loin de refroidir leur ardeur, les missions solennelles qui leur sont quelquefois confiées semblent l'accroitre et leur faire répéter, avec une allégresse plus intime, le cantique entendu par Isaïe: “Les Séraphins étaient debout, et s'appelant l'un l'autre ils disaient: Saint, saint, saint est le Seigneur Dieu des armées ; toute la terre est pleine de sa gloire.”
Les Chérubins. — Ce nom signifie plénitude de la science. D'un regard que n'éblouissent ni ne troublent jamais les rayons étincelants de la gloire de Dieu, ces esprits déiformes contemplent dans leur source les raisons
intimes des choses, afin de les communiquer aux anges inférieurs dont ils doivent déterminer les fonctions et régler la conduite.
Les Trônes. — Les Trônes sont ainsi appelés, parce que ces anges, éblouissants de beauté, sont élevés audessus de tous les choeurs des hiérarchies inférieures, auxquels ils intiment les ordres du grand Roi en partageant avec les Séraphins et les Chérubins le privilège de voir clairement la vérité en Dieu même, c'est-à-dire dans la Cause des causes. Le privilège des Trônes est donc de transmettre aux anges inférieurs, dans la pro-
portion du besoin, les Communications divines dont ils possèdent la plénitude.
Les Dominations. — Indiquer et commander ce qu'il faut faire, est le rôle des Dominations. Elles sont ainsi appelées, et avec raison, parce qu'elles dominent tous les ordres angéliques, chargés d'exécuter les volontés du Seigneur.
Les Principautés. — Ce nom signifie: conducteurs Suivant l'ordre sacré. Princes des nations et des royaumes, ces puissants esprits les conduisent, chacun en ce qui le Concerne, à l'exécution du plan divin. Dans ce ministère, le plus important de tous, ils sont secondés par les anges immédiatement Soumis à leurs ordres.
Les Puissances. — Revètus, comme leur nom l'indique, d'une autorité spéciale, ces anges sont chargés d'ôter les obstacles à l'exécution des ordres divins, en éloïgnant les mauvais anges qui assiégent les nations, pour les détourner de leur fin.
Les l'ertus, — Les Vertus, dont le nom veut dire force, exercent leur empire sur la création matérielle, président immédiatement au Maintien des lois qui la
régissent et Y Conservent l'ordre que nous admirons.
Quand la gloire de Dieu l'exige, les Vertus Suspendent
les lois de la nature et opèrent des miracles. C'est ainsi que Îles agents invisibles, dont nous sommes environnés, révèlent leur présence ct montrent que le inonde matériel est soumis au monde spirituel, comme le Corps est soumis
à l'âme.
EE
Les Archanges. — Ce nom signifie Ange supérieur où Prince des anges proprement dits. Tous les ministères des ordres angéliques se rapportent à la gloire de Dieu et à la déification de l’homme. L'homme est l'objet particulier de la sollicitude des anges. Entre eux et nous existe un commerce continuel, figuré par l'échelle de Jacob. Descendre les degrés de cette échelle mystérieuse et venir, dans les occasions solennelles, remplir auprès de l'homme des missions importantes, présider un gouvernement des provinces, des diocèses, des communautés, telle est la double fonction des Archanges.
Les Anges. — Ange signifie envoyé. Tous les
esprits célestes étant les notificateurs des pensées divines,
le nom d'ange leur est commun. A cette fonction, les anges supérieurs ajoutent certaines prérogatives, d'où ils tirent leur nom propre. Les anges du dernier ordre de la dernière hiérarchie, n’ajoutant rien à la fonction commune d’envoyés et de notificateurs, retiennent simplement le nom d’anges. En rapport plus immédiat et plus habituel avec l'homme, ils veillent à la garde de sa double vie et lui apportent, à chaque heure, à chaque instant, les lumières, les forces, les grâces dont il a besoin, depuis le berceau jusqu'à ia tombe.
Si nous résumons cette rapide esquisse, quel immense horizon s'ouvre devant nous! Quel imposant spectacle se déroule à nos yeux! Il est donc vrai qu'au lieu de n'être rien, le monde supérieur est tout ; que le réel, c'est l'invisible ; que le monde matériel vit sous l'action perma-
nente du monde spirituel; que Dieu gouverne l'univers par ses anges, librement, sans nécessité, sans contrainte. 11 est vrai encore que l'action de ces esprits célestes atteint chaque partie de l'ensemble, en sorte que ni l’homme ni aucune créature, n'est abandonnée au hasard, laissée à ses propres forces, ou livrée sans défense aux attaques des puissances ennemies.
Et maintenant, croire que toutes les explications qui précèdent sont le résultat de simples conjectures, plutôt que de connaissances positives, serait une fausseté, une erreur déplorable.
La science du monde angélique est une science certaine; certaine parce qu'elle est vraie: vraie parce
qu'elle est universelle. La révélation, la tradition, la raison même de tous les peuples, la connaissent, l’enseignent ct la pratiquent. Comme toutes les autres, elle
a été rappelée à sa pureté primitive et développée par Notre-Seigneur, dont les oeuvres non écrites sont, au témoignage de Saint Jean, infiniment plus nombreuses que celles dont l'Évangile nous a transmis la connaissance. Le plus riche dépositaire de ces précieuses enseignements fut Marie, et l'on sait que, mère de l'Eglise et institutrice des Apôtres, l'auguste Vierge a parlé savamment des Anges, qu'elle connaissait évidemment mieux que personne.
À son tour, Saint Paul, qu'on peut appeler l'apôtre des Anges, dont il énumère tous les ordres, Saint Paul, ravi au troisième ciel, n'est pas sans avoir rapporté sur
la terre une connaissance profonde de ce qu'il avait vu, non pour lui, mais pour l'Eglise. Après lui, Saint Denis est le premier d'entre les Pères qui ait donné une description détaillée, savante, sublime, du monde angélique. Fondée sur les Ecritures et sur le témoignage des autres Pères, cette description est devenue le point de départ des écrivains postérieurs et, en particulier, le guide de l'incomparable Saint Thomas, dans sa magnifique étude du monde anglique. Tels sont les canaux par lesquels est descenduc jusqu'à nous la connaissance des anges, de
leurs hiérarchies, de leurs ordres et de leurs ministères.
Observations. — Quant aux ordres de anges, on peut se demander s'ils ont reçu les noms qui leur conviennent. Saint Thomas répond affirmativement: car, dit-il, l'autorité de l'Écriture est là pour justifier toutes ces dénominations. En effet, Isaïe nomme les Séraphins : Ézéchiel les Chérubins: Saint Paul les Trônes, les Dominations, les Vritus, les Puissances et les Principautés : Saint Jude les -lrchanges, et l'Ecriture sainte parle des Anges en plusieurs endroits: et le Docteur Angélique conclut ainsi: !1 y a neuf ordres d'anges, les Séraphins, les Chérubins, les Trônes, les Dominations, les Vertus, les Puissances, les Principautés, les Archanges et Îles
Anges.
A l'article suivant (a. 6.) saint Thomas demande si ‘s de chaque ordre sont ainsi convenablement
Les degrés ci-dessus sont ceux que Saint Denis a assignés aux Esprits célestes, Saint Grégoire à également donné l'ordre des divers degrés des trois hiérarchies des Anges. Ce saint Docteur place les Principautés au-dessus
des Puissances, et les Vertus au-dessous des l’uissances.
Saint Thomas répond ainsi à Ja Guestion: Eu égard à la diversité des explications qu'ils donnent des noms des ordres angéliques, Saint Denis et Saint Grégoire n'ont Pas mal assigné, même d'après les Ecritures, Jes différents
degrés de chacun de ces ordres.
En assignant aux ordres de anges le rang qu'ils occupent, Saint Denis et Saint Grégoire sont d'accord en général ; ils ne dif èrent que par rapport aux Principautés ct aux Vertus. Car Saint Denis place les Vertus audessous des Dominations et au-dessus des Puissances et les Principautés au-dessous des Puissances et au-dessus des Archanges. Saint Grégoire au contraire place les Principautés entre jes Dominations et les Puissances et il met les Vertus entre les Puissances ct es Archanges, Ces deux classifications peuvent l'une et l'autre s'appuyer de l'autorité de Saint Paul: Car dans un endroit (1) le grand Apôtre énumèrant les ordres intermédiaires en Suivant une marche ascendante dit: Que Dieu a placé le Christ à sa droite dans les cieux au-dessus de toutes les Principautés, les Puissances, les Vertus et les Domi-
nations. Dans ce Passage, il place comme Saint Denis,
@) Eph 1, 20.