SAINTE AGNES IST
ténébres à son égard. — Il est si sage et m'a tellement Captivée de son amour, que je re Puis penser à d'autres que lui; et Maintenant que je parle de son excellence, je sens un Si grand désir que, quoique je t'aie en horreur, je suis bien aise de te voir Pour,te le dire, — J] est si riche, qu'il m'a donné un trésor qui vaut mieux que tout l'Empire Romain et que personne ne Je Sert Qui ne soit
somblé de richesses. Que te dirai-je de sa bonté qui
n'a point de mesure? Pour la faire Paraître avec plus d'éclat, il m'a marquée de son Sang, il m'a donné sa foi €t sa parole qu'il ne M'abandonrera famais ; il m'a prise Pur son épouse; il m'a donné de belles robes et de beaux joyaux d'un Prix inestimable. Enfin, il est si Puissant qu'il ne peut être vaincu par toutes les forces du ciel et de la terre. Les maladies s5nt guéries par Je parfum céleste qui s'échappe de sa Personne, et les morts reviennent à la vie par Je seul son de sa voix. C'est px >urquoi je suis toute à lui: je l'aime mieux que mon âme et que Ma vie même ct je serai très aise de pouvoir Mourir pour lui. Quand je l'aime, je suis Chaste ; quand je m'approche de lui, je suis Pure; et, quand je l'embrasse, je suis vierge, Cela étant ainsi, vois toi-même si je dois l'abandonner dans l'espoir de quelque récompense, ou par la
crainte de quelque peine.
Le fils du Préfet, Entendant ce discours d'Agnès, crut qu'elle était éprise d'amour Pour quelque autre grand seigneur ; et qu'étant enivrée de cette passion, elle par-
lait en frénétique, appelant celui qu’elle aimait son Dieu,
son idole, sa vie et son âme ; mais il en ressentit une telle jalousie qu'il en demeura au lit, malade. Son père, Symphronius, en ayant su la cause, fit venir la jeune
Agnès, et chercha par tous les moyens à la persuader: il
ja trouva inébranlable. ‘IL apprit alors qu'elle était chré-
tienne: il la cita comme telle à son tribunal. Notre jeune héroïne fut soumise aux plus horribles tortures : mais elle en sortit toujours victorieuse, par la toute puissance divine. Enfin le préfet fit une dernière tentative, vomie tout entière par l'enfer. Il l1 menaça de la faire conduire dans un lieu infàme pour la déshonorer en lui faisant perdre sa virginale yureté. Mais la sainte lui répondit: “Ne vous excitez pas davantage, à Préfet, car il n'y a rien au monde capable «le me faire quitter l'Epoux que j'ai choisi; si je refuse le mariage de votre fils, je ne me laisserai pas abuser jusqu’au point d'adorer des statues insensibles, qui n'ont ni oreilles, ni langue, ni vie. Vous me menacez de me faire traîner dans un lieu d'infamie, pour y exposer ma pureté: c'est ce que je ne crains pas; parce que j'ai avec moi un Ange qui est l’un des serviteurs innombrables de mon Epoux, par lequel je serai sauvegardée et qui prendra ma défense d’une manière merveilleuse, et mon Seigneur Jésus, que vous ne connaissez pas, m'environne de toutes parts, comme un
mur que l’on ne saurait forcer.”