‹ Le ciel, séjour des élus [microforme]Chapitre 46 sur 67 · EE · texte numérisé non relu

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prêtre leur imposait les mains en récitant sur eux une prière ; après quoi ils se retiraient. — La dernière classe était celle des “consistants” (consistentes) : ceux-ci 5€ tenaient debout et pouvaient assister à la Messe tout entière avec les autres fidèles: ils étaient seulement exclus de l'offrande et de la communion, jusqu'à ce que le temps de leur pénitence füt accompli. Les pénitents de ce degré déposaient les habits de pénitence, ainsi que toutes les autres marques qui pouvaient les faire connaître.

“Toutefois l'Eglise ne se contentait pas de ces stations de pénitence publique ; elle imposait encore à chaque pénitent, principalement à ceux de la troisième classe, une pénitence particulière : jeûnes rigoureux, prières ferven- 4es, veillées prolongées, et avec cela on les rettait à des travaux pénibles ; quelquefois on jeur imposait l'obliga- “ion de servir Îles malades, d'ensevelir les morts et de faire d'autres oeuvres de charité semblables.

“La durée des peines canoniques variait selon la gra-

vité de la faute. Le concile de Nicée fixe en général douce ans: Saint Basile ct Saint Grégroire exigent quinze ans pour le péché d'aduitère. Cependant l'évêque avait le droit de diminuer la durée aussi bien que la rigueur de ces épreuves, selon ja ferveur, l'âge ou la faiblesse du péni-

tent.

“Gi l'on trouve ces pénitences trop rigoureuses, qu'on

se rappelle qu'elles ont été introduites ou par des conciles,

LA PÉNITENCE 209

en —— SE

Ou par des saints évêques, tels que Saint Cyprien, Saint

Basile... et que l'Église universelle les avait acceptées

dans leurs dispositions Principales perdant un temps con sidérable, Nous voyons d'ailleurs que dans l'Ancien Testament Dieu lui-même, Pour les crimes ainsi punis par l'Église, imposait des peines beau Uup plus rigoureuses. Les cinq Livres de Moïse metionnent une série de coupables contre lesquels la peine de mort était prononcée. Tels sont ceux qui commettaient un acte d'idolâtrie, les blasphémateurs, les magiciens, les devins, Jes assassins € les adultères, les enfants qui inaudissaient leurs parents, les frappaient ow seulement Ieur désobéis aient. En décrétant cette peine Dieu vouiait évidemment qu'avant leur exécution ces malheureux se convertissent sincèrement et échappassent ainsi à la damnation éternelle : et pour ceux qui correspondaier: à Ja grâce, la peine de mort n'était plus que la peine temporelle due à leurs péchés, Or, ce serait un blasphème de dire que par ces p'nitences, si graves qu'elles puissent paraître, les péches Gtaient punis plus sévèrement que ne le méritait leur malice intrinsèque, A plus forte raison nous est-il défen-

du de taxer d'exagération les peines canoniques,

“Aussi bien les fidèles, dans les temps de foi, répor.daient au désir de l'Église par un granit esprit de mortification, et Fhistoire atteste que même des empereurs et des rois se sonmettaient aux pénitences mentionnées plus haut, Ce ne fut apres le douzième siecle que ces anciens

canons pénitentiaux, à peu d'exceptions

d'être appliqués. Mais alors la ferveur des fidèles y suppléait de différentes manières par des austérités volontaires, par exemple, par des pèlerinages longs et pénibles à la Terre Sainte, au tombeau des Saints Apôtres.

“De nos jours, il est vrai, la Sainte Eglise n'exige plus des peines aussi rigoureuses, afin de ne pas éloigner complètement de la confession beaucoup de chrétiens faibles: car, it y aurait lieu de craindre que les grands pécheurs surtout ne s'exposent au châtiment éternel, pour éviter une peine temporelle sévère. Mais on ne peut nier que le Dieu juste et saint, éternel et immuable, ne soit, aux temps actuels, offensé aussi gravement par le péché, qu'il l'était dans les temps où les plus sévères pénitences de l'Église étaient en vigueur. L'adoucissement de la discipline } énitentiaire ne prouve donc pas que nous soyons moins coupables que les picheurs d'autrefois; il faut simplement en conclure que nous aurons plus à souffrir en purgatoire, à moins que nous n'ayons soin de spontanément des oeuvres satisfactoires où de suppléer à J'insuffisance de notre satisfaction par le grand moyen que Ja divine miséricorde nous offre: les Zndulgences, car YIndrlgence (on ne doit point l'oublier) est une rémission vériteble des peines temT relles par lesquelles, dans dans cette vie ou dans l'autre, nous devons satisfaire à la Majesté divine offensée par nos péchés: rémission pour laquelle la Sainte Église exigeait wutrefois de ses enfants

des pénitences si rigoureuses.”

(1) Les Indulgences: ler nature et leur usage: par le R. P. F. Bering Tom. 1.

Re De LES PÈRES DU DÉSERT

Quelques exemples de grande pénitence,

On admire encore, après tant de siècles la vie que Mmenaient les sobtaires, dans les déserts de la Syrie et de la Palestine: et ceux de l'Égypte dans les di serts restés célèbres de Nitrie, de Scété, des Cellutes : et plus au sud dans la Passe et la Haute Thébaïde. Nous citons ici, comme simple souvenir, quelques traits de cette vie vraiment admirable qui consuMmat à par pur amour de Dieu et du prochain, ces âmes si austères, si mortifiées,

si pénitentes,

Le monastère de T'abenne CHaute-Thébaïde). — À Tabenne, dit l'historien Rufin, nous vimes le vénérable Ammon, père de près de trois mile religieux, qui vivaient là paisibles, sous sa direction spirituelle. Nous fümes admis avec Ja communauté au réfectoire, et pour que chaque religieux pût se livrer plus à laise à ses mortifications personnelles, ils se Couvraient tous d'un capuce qui servait spécialement à table; afin de nc pas remar- Auer Ceux qui mangeaient moins que les autres: et nous, NOUS rémarquames que tous touchaient Plutôt aux mets

qu'ils n'en goûtaient véritablement...

Saint Augustin dit des Religieux de son temps: J'ai appris que plusieurs font des jeünes iner yables. Ils ne se contentent pas de ne manger qu'une fois le jour, au <oir, ce qui est Icur ordinaire, mais ils passent jusqu'à trois jours entiers et très Souvent encore plus, sans tien prendre.

Théophile, patriarche d'Alexandrie, sous l'empereur Théodosele-Grand, invita un jour le: Pères des déserts woisins (1) à une grande cérémonie publique . Hi les convia ensuite à venir s'assenir à sa table. Au repas, on servit de la viande, et les bons Religieux en mangèrent gans réflexion aucune. Le Patriarche tout réjoui de les voir prendre chez lui cette légère satisfaction, d'ailleurs bien légitime, fit servir un plat plus copieux à un des anciens, assis à Son côté, en le priant, avec les paroles bienveillantes, de l'accepter sans scrupule. Ces paroles éveitlèrent leur attention, et ils dirent tout d'une voix: Monseigneur, nots n'avions cru, jusqu'à présent, ne pas manger autre chose que des herbages. Si c'est de la vian-

de, nous n'en mangeons pas!

Les solitaires d'Egypte: icur grande charité pour les paurres. — “Je vis, dit encore Rufin, dans la Province d'Arsinoë (er Egyhte), un prêtre, nommé Sérapion ; cet homme vénérable était supéricur de plusieurs monastères et avait sous Sa conduite, environ dix-mille religieux, vivant tous de leur travail et principalement de ce qu'ils gagnaient at temps de la moisson: ce qu'ils re attaient aux mains de leur Supérieur, pour le soulagement des pauvres ; Car, c'était une coutume parmi ces Religieux et presque parmi tous ceux d'Egypte, de se louer, pendant fa moisson, pour couper les blés. Ils recevaient pour

salaire, du blé en nattüre qu'is distribuaient ensuite aux

@) Voir ci-dessus : Nitrie, Scété.

LES PÈRES DU DÉSERT pauvres. Ainsi non-seulement les pauvres des alentours étaient nourris, mais on changeait de blé, de grads bateaux pour le transporter à Alexandrie et l'y distribuer aux prisonniers, aux étrangers et autres qui étaient dans le besoin, Et tout ce travail se faisait dans le plus profond recueillement, ou au chant des hymnes et des cantiques!”

Telle était la conduite de ces saints et charitables Religieux, dont parfois on parle si mal, sans les connaitre!

Il y avait aussi des monastères de religieuses en Egypte. Celui où entra Sainte Euphrasie, parente de l'empereur Théodose-le-fJeune avait cent cellules. On y menait également une vie très austère. I] était d'usage que pas une Religieuse ne prit de vin, pour aucun motif, et, par mortification, ne touchât jamais à aucun fruit. Quant au jeûne, les unes le pratiquaient du soir au soir du lendemain; d'autres passaient deux ou trois jours, sans prendre aucune nourriture. Elles couchaient toutes par terre, sur un petit cilice, large d'une coudée et

long de trois. Jeur habit était de même un cilice. Elles

ne recouraient jamais au médecin, en vas de maladie. Elles s’en remettaient entièrement à Dieu et à la divine Eucharistie! Et s’il arrivait qu'ure Religieuse éprouvät quelque tentation, elle allait trouver sa Supérieure qui lui commandait de rouler de grosses pierres, afin de châtier son corps, à l'exemple du grand Apôtre, et de le réduire

en servitude. Ensuite, elle dormait sept nuits, sur son

cilice, couverte de cendres!

Une grande mervele Le monastère de Abbé Tsidore. — Te monastère de Abbé Isidore était un des plus considérables de Ta Basse-Thébaïde, tant par le nombre de Religieux qui allait jusqu'à snille, qu'à ceux de teur admirable sainteté. L'enceinte était très spacieuse ct fermée

11 y avait de vastes jardins, de l'eau en

, quantité d'arbres et de fruits, et £i ératement

re pour la nourriture des Frères.

1e sévère, avec la clôture perpé-

point 1ۍu, si l'on n'avait point

lution de rester jusqu'à la mort, dans le

monastère. 11 n'était permis d'en sû rtir qu'à deux anciens, d'une vertu éprouvée, que Abbé choisissait pour distribuer au dehors les ouvrages ‘les Religieux et rapporter les aux nécessaires pour en faire d'autres. Ces hom-

mes tout célestes y pratiquaient si parfaitement les vertus

religieuses, que Dieu les favorisait de ses dons les plus

excellents, en sorte qu'il n'y 2 avait aucun qui n'eût reçu celui de faire des miracles. Mais ce qui est encore plus admirable, c'est qu'ils en mourraient point de maladie. Quand la fin de quelqu'un d'eux était proche il prenait congé de ses Frères, et se reposait en paix, avec un contentement de coeur merveilleux et 1ne sérénité inalté-

rabie!

SAINT MACAIRE

Une autre merveille: La ville d'' ryrhynque, (1

Dans la ville d'Oxyrhynque, du tps de Ru in et

de Pallade, on ne comptait nas moins de dix-mill> Reli-

gieux, et cingt-mille Religieuses. € In cût dit un vaste et

unique Monastère. Jour. et nuit, on x entendait chanter

les louanges de Dieu, jusque sur :8 Jiaut des murailles, Sur la place publique, ‘Évêque aurait

1u prècher comme

dans sa cathédrale. Il n'y avait p

malvei!lante, dans cette ville & leste.

lu ni âme Les habitants étaient si portés par leur picté à exercer l'hospitalité envers les pauvres et les étrangers, qu'ils mettaient des

sentinelles aux portes de

ur observer s'il s'en présentait quelqu'un; et, alors ils S émpressaient à l'envi à qui aurait la joie de lui offrir une hospitalité gratuite et toute fraternelle!

Saint Macaire d'Alexandrie, anachorète.

Notre Saint ctait originaire d'Alexandrie où sa profession fut d'abord de vendre des dragées et des fruits: mais le grand amour qu'il avait pour la solitude, le porta à se rendre dans la T'hébaïde, près de Saint Antoine, qu'il choisit pour son guide dans les premières années de sa retraite. Ce grand saint lui donna lhabit monastique et lui prédit ce qui arriverait dans le cours de sa vie. Après avoir reçu ct mis à profit les instructions de son illustre maître, il quitta la L'hébaïde ct vint au désert de Scété. Il fut le premier qui x bâtit un monastère, et il v avait sa cellule. T1 en eut une ausssi en Libye et une

s la moyenne—Egypte, sur la rive gauche du aujourd'hui Béhnésé.

autre à Nitrie; mais son principal séjour fut au désert des Celluies, où il exerca COMME prêtre. les fonctions du Sa-

cerdoce.

Ces diférentes celules étuent plus propres à satisfaire son amour pour la pénitence, qu'à le garantir des injures de l'air; car, l'une était sans fenêtres, et il y passait tout le carème assis dans l'obscurité. Une autre était si

étroite qu'il ne pouvait s'y étendre de tout son long-

Celle de Nitrie était la plus spacieuse, parce qu'il n'y

allait que pour recevoir et instruire jes étrangers. Cependant, son grand amour pour la pénitence le portait à rechercher toutes les occasions pour Se perfectionner dans cette grande vertu. Or, un jour, on lui d qu'à Tabennes, les disciples de Saint Pacome ne mangeaient rien de cuit pendant le Carème; il voulut faire ta même chose durant sept ans, ne S€ nourrissant que d'herbes crues ou de légumes trempés seulement dans l'eau froide. Mais sa ferveur le porta à aller reconnaitre par lui-même la discipline de Tabennes, soit pour mieux s'instruire et s'édifier, soit pour Y vivre confondu parmi tant d'austères religieux et s€ dérober par là à la vénération qu'on avait pour lui à Nitrie et aux Cellules.

[Le trajet de là à abennes était très long. Ii faliait traverser des déserts fort vastes, non sans souffrir extrémement. Mais cette difficulté ne l'arrêta pas. Il quitta son habit pour n'être pas connu et prit un costume d’arti-

san. I marcha pendant quinze jours dans ces affreuses

SAINT MACAIRE

selitudes jusque dans la Haute-Thébaide, où il se présenta à la porte du monastère de Saint Pacôme qu'il pria humblement de le recevoir au nombre de ses religieux. Le saint abbé à qui Dieu ne le fit pas connaitre alors, quoiqu'il l'éclairat dans beaucoup d'autres rencontres d'une lumière prophétique, bien loin d'acquiescer à sa demande. lui dit qu'il était trop âgé pour soutenir le poids des austérités de sa règle; qu'il fallait y être exercé de bonse heures; et, que s'il l'entreprenait, il serait tenté d'impatience dans les travaux dont on le surchargerait, ce qui le porterait au murmure, et qu'enfin, au lieu de persévérer, il quitterait tout, mécontent du monastère qu'il irait décrier ailleurs.

Ce refus ne le rebuta pas. Il persévéra durant sept jours dans la même demande, quoiqu'il ne reçut du saint

abbé que la même réponse et fut tout ce temps là sans

prendre aucune nouriture. Enfin, il lui dit: “Je vous <onjure, mon Père, de me recevoir, et si je ne jeûne pas pas et ne fais pas la même chose que les autres, je consens

que vous me renvoyiez.” Saint Pacôme, touché de sa persévérance, en parla aux autres frères qui, selon Pallade, étaient au nombre de mille quatre cents, et qui con-

elurent à l’admettre.

Ceci arriva peu de temps avant le carême et Saint Macaire, attentif à tout ce qui se pratiquait pour le faire servir à son avancement spirituel, remarqua que des religieux, suivant chacun l'ardeur qu'ils avaient pour {a pénitence, s'étaient proposé, les uns de ne manger que le

soir durant la sainte quarantaine, les autres une fois en deux jours, et les autres après cinq jours. Il observa encore que quelques-uns, après être demeurés assis tout le jour occupés à leur travail, passaient toute la nuit debout Ces exemples de mortification arimèrent tellement sa ferveur, qu'il fit tremper tine grande quantité de feuilles de palmier pour son travail et se retira dans un coin où il se tint debout tout le carème, sans jamais s'asseoir ni même s'appuyer, Sans prendre un morceau de pain, mas seulement le dimanche quelques feuilles de choux toutes crues, et en si petite quantité, qu'il les mangeait plutôt pour éviter la tentation de vanité que pour se nour ol rarda pendart tout ce temps Un rigoureux silence, et lorsqu'il était contraint de sortir, il retournait aussitôt à son travail, conservant toujours son esprit et son cocur élevés vers Dieu.

Saint Pacôme, occupé au gouvernement général de l'Ordre ne s'était pas aperçu de la façon dont il avait vécu. Mais les autres religieux, €t surtout ceux qui étaient les plus austères, y avaient pris garde, et ils en furent si frappés, qu'ils en portèrent leurs plaintes à leur able, disant qu'il avait amené un homme qui vivait comme s'il n'était qu'un pur esprit, sans chair et sans üs, et qui semblait n'être venu chez eux que pour les condamner. Ils le

prièrent en conséquence de le congédier, et avouèrent que

s'il demeurait davantage, ils ne pouvaient plus eux mêmes

y tenir. Le saint abbé s'informa sur ces plaintes du

détail de sa conduite. Il en fut tout étonné; il comprit

SAINT MACAIRE 219

qu'il y avait quelque chose d'‘extraordinaire dans cet inconnu et qu'il n'en était pas à commencer les travaux de la vie religieuse. Il ne leur en dit pourtant rien: mais il eut recours à la prière, pour obtenir de Dieu qu'il le lui fit connaitre. Il lui fut révélé que c'était Macaire, dont la réputation était répandue dans tous les déserts. Après qu'il eut fini son oraison, il alla droit à lui, le prit par la main, le conduisit à la chapelle où était l'autel, et l'embrassa tendrement, il lui parla ainsi: “Cest donc vous, à vénérable vicillard? Vous êtes Macaire, et vous me l'avez caché, Il y a longtemps que j'ai entendu parler de vous ct que je désirais vous voir. Je vous dois des actions de grâces d'avoir humilié mes enfants. Vous leur avez Ôôté par votre exemple tout sujet de s'enfler de vanité et d'avoir des sentiments trop avantageux d'eux-mêmes à cause de leurs austérités. Retournez, je vons en supplie, à votre

solitude, et priez pour nous.”

Cet homme insatiabie de pénitences se proposa un

jour de combattre le sommeil. pour éprouver s'il pourrait

le surmonter. I le racontait depuis à Pallade, et lui disait: “Je passai pour cela vingt jours et autant de nuits à decouvert: étant brülé durant le jour par la chaleur, ét transi par le froid durant la nuit. Mais au bout de ce temps je fus obligé de me jeter promptement dans une cellule, où je m'endormis, sans quoi je serais tombé en défaillance.’

L'ennemi du salut lui donna, dans une autre rencon

tre, par des tentations contre la pureté dont il l'assiéga, l Et

l'occasion de pratiquer une mortification terrible. Il

au marais de Scété s'expuset aussi à découvert aux moucherons dont les aiguillons dans cet endroit sont Si pénetrants. que la peau méme des sanglicrs n'est pas à l'épreuve de leurs piqures. I pratiqua cette pénitence durant six mois, et ces insectes COUVTIFENT SON COTPS de tant de pustules que quand il revint à a cellule, on ne put le reconnaitre qu'au son cle sa VOIX SE que plusieurs crurent

qu'il avait la ièpre.

Un autre acte de mortification, bien moindre que celui-là, et que Pallade rapporte, nous fait connaitre en méme temps combien les religieux qu'il avait sous Sa discipline étaient fidèles à sacrifier à Dieu les satisfacions des sens. Saint Macaire eut l'envie, une fois de manger des raisins. Ile fit connaitre, et on lui en apporta aussitôt une grappe toute fraîche: mais, quand il la vit, il

voutut s'en priver, et joignant la charité à l'abtinence, il

la fit porter à un frère qu'il croyait en avoir plus besoin

que ui, parce qu'il ne jouissait pas d'une grande santé Celui-ci témoigna d'abord de la joie de ce présent qui Jui était envoyé par un SI saint honune, mais quoiqu'il cut bien désiré d'en manger, il en fit le sacrifice à Dieu, à qui il rendit des actions de grâces et la porta a tin autre, qui également mortifié et charitable ny toucha point et ja porta à un troisième qui en fit de meme. Enfin cette grappe de raisin fut ainsi portée de main en m1 dans toutes les cellules du désert qui & uent en grand nombre

+ acsez éloignées les unes des autres, jusqu'à ce que Îe

SAINT SEMEON STYLATI 221

dernier à qui elle fut offerte, l'eny Va à Saint Macairc comme un present qui lui serait agréable, ignorant qui

l'avait reçu avant tous les autres,

Le Saint reconnut d'abord la grappe, mais il voulu mieux s'en assuter:; et quand il apprit qu'elle avait pass par toutes les cellules sans qu'aucun frère v eût touch il en conçut une graude joie et remercia Dieu de voir tant

de mortification et de charité dans ces saints solitaires! EGYPTE, fes oies d'atieurdhui Quelque uns des anciens couvents sont encore habités aujourd'hui par des moines: mais, hélas! l'hérésie et le schisme ont passé par là: et, ces moines dégénérés, ne sont plus men

une ombre de leurs glorieux ancéètres!

Saint Siméon Striite.

Nous passons sous silence les premières annçes cet hom: extraordinaire était déja très-dlevé en perfection, lorsoue son besoin irrésistible de pénitence ! poussa à s'élever encore plus haut dans la vertu

inspiration divine, il S'avisa d'embrasser un genre de

inouï jusqu'alors et qui a fait depuis ce temps l'étonne

ment de tous les siècles. Ce fut de s'élever sur une ci lonne (1) haute premièrement de six c udees, ensuite de louze, puis de vingt-deux : enfin de trents L'extri mité de ces colonnes était surmontée d'une balustre

trois pieds de diamètre, ce qui faisait que le Saint ne

(1) Stylos, en grec veut dire colonne: de

de Ktylite.

LR CIEL

pouvait ni se coucher, ni même s'asseoir. Que n'ai-je la langue des anges pour pouvoir dignement représenter la manière dont cet homme céleste vécut sur ces colonnes, le grand fruit qu'il fit dans le monde et les prodiges incroyables que Dieu opéra par son moyen! Il n'avait ni chambre ni abri; il était exposé aux ardeurs du soleil, aux rigueurs du froid, à la pluie, à la neige, à la grêle, aux tempêtes et à toutes les injures de j'air, On ne peut pas dire qu'il mangeait, puisque Mhéodoret, évêque de Cyr et son ami particulier assure qu'il ne prenait de noutriture que de quarante jours l'un, exe sott la Sainte Eucharistie qu'il recevait tous les huit jours. Jamzis on ne le voyait ni couché, ni assis: mais il était toujours debout ou le visage prosterné pour prier. Son oraison durait depuis le soir jusqu'au lendemain midi, et lorsqu'il parjait debout, il faisait un nombre infini d'inelinations four adorer la majesté de Dieu, jusque-là que quelqu'un de la compagnie de héodoret en comata #1 un jour jusqu'à douze cent quarante quatre, et s'arrèta jà, le saint conti nuant à en faire encore davantage. Aux principales fêtes de l'Église, il passait toute la nuit, les yeux et les mains élevés au ciel, sans qu'on s'aperçut jamais qu'une posture si génante !e last, et sans qu’il fût obligé de l'interrom-

pre.

Le fidèle disciple qui a composé sa vie, rapporte qu'il fut un an entier sans se soutenir que sur un pied, à quoi il s'était condamné pour avoir inconsidérément levé le pied. Voici dans quelle circonstance : Malgré l'habitude

SAINT SIMEON STYLITÉ où il était d'éluder tous les artifices du démon, Dieu permit, pour le rendre toujours plus humble et plus vigilant sur lui-même, qu'il fût une fois surpris dans un piège dangereux. Il erut voir, non l'esprit tentateur, mais un ange de lymière, venir à lui avec un chariot tout rayonnant de feu céleste. L'esprit s'étant approché, lui dit qu'il était envoyé de Dieu pour le faire monter et l'enlever dans la gloire qui lui était préparée. Ce Saint, dénué en ce moment, (Dieu le permettant ainsi) de son discernement

ordinaire, leva le pied pour se mettre dans le chariot :

mais au signe de croix qu'il fit pour bénir son départ,

tout le fantôme disparut, Il reconnut alors son erreur, et sen punit de la manière effrayante que nous venons de voir. Il endurait, en outre, de cuivantes douleurs d'un affreux ulcère, au haut d'une de ses jambes. Cet ulcère fut découvert dams la circonstance suivante: un diacre d'une grande considération l'étant venu visiter, et apprenant qu'il ne mangeait, ni ne buvait, ni ne dormait, prit la hardiesse de lui demander s'il était un homme, ou une nature spirituelle qui eût pris seulement l'apparence d'un homme. Les assistants s'offensèrent de cette demande ; mais le Saint, sans se troubler, le pria de monter avec une échelle sur sa colonne pour reconnaitre, par sa propre expérience, ce qu'il était. Le diacre y monta, et Saint Siméon, levant le bord de son cilice, lui fit voir cette horrible plaie qui le dévorait tout vivant, et montrait clairement qu'il était de chair et d'os, tout comme les autres hommes.

La profonde humilité que tous adnuraient dans notre Saint était accompagné d'une modestie, d'une grâce et

d'une affabilié merveilleuse: il recevait agréablement tout le monde, riches ot pauvres, & ands <tigneurs ot artisans, fidèles où infidéles, et les gagnait touts pat douceur de <es paroles et par regards pleins de bien

vetlance Il satisfais: doutes, il aceommodait

leurs différends, il remédiait à leurs maux, et personne

<e retirait d'auprès de lui sans ètre très-content de sa Le zèle qu'il avait pour l'Église et pour le salut âmes était admirable. I préchait totts les jours deux du haut de sa colonne, à une infmite de personnes mblaient pour l'entendre, et st ninspirer le me de toutes Îles désir des biens eiernels. IE combattait vi paiens, les juifs gt les hérétiques, monts pour les confondre que pour les gner à Dieu, et -es historiens enrent qu'il convertit des milliers de Sarrasins, de Geot et d'Arméniens qui demandaient en foule le saint Baptème. Les pécheurs les plus endureis etaient ittendris en sa présence: témoin cet insigne voleur et meurtrier, nommé Antiochus, qui conçus aupres de Ja colonne du Saint, où il s'était réfugié, une St 4 hémente contrition de <es crimes, qu'une Voix céleste Dax ant assure qu'ils ui étuent pardonnes, 11 mourut de douleur en pro nonçcant ces paroles: “Mon Scigneur Jésus-Christ, Fils

unique du Père éternel, qui n'étes pas Vent pour les justes,

mais pour les pécheurs, recevez mon esprit entre vos

mains.’

SAINTE SCHOLASTIOU) 225

Lorsqu'enfin l'heure de sa mort fut arrivée, il S'in-

ia, selon sa coutume pour prier: et, dans cette pose

ture, il rendit à Dieu son âme bienheureuse qui fut trans.

portée pur les anges dans le lieu du repos éternel!

[est fait mention de notre Saint dans le Martvrologe Romain, le cinquième jour de Janvier, en ces termes: A \utioche, Saint Sinéon, moine, qui demeura, plusieurs nées debout sur une colonne, ce qui lui a fait donner k

rnom de Stvbte: toute <a vie ne fut aifune longue suite

le prodiges

ous devrions ajouter ici tous les saints Pères, tous es Docteurs, tous les fondateur rires enfin toutes ces grandes mes que la sainte E a inscrites au Catalogue des Saints. De tous, ilest dit ou'ils se sont sanctifiés par les veilles, les prières, les jeûnes, les disciplines,

en un mot par la Pénitence et qu'ainst ils sont parvenus

urement à l'eternelle béatitude du Ciel!

Sainte, Scholastique

a vie de Sainte Scholastique, soeur du vénérable Père triarchie des Moines d'Occident, S'est écoulée ici-

. Sans laisser d'autre trace que le gracieux souvenir de colombe qui, se dirigeant vers je ciel d'un vol inno avertit le frère que la soeur le devançait

de quelques jours dans l'asile de l'éternelle félicité. C'est peu pres tout ce qui nous resté sur cette admirable

pouse du Sauveur, avec la touchante narration que saint

226 LE CIEL Grégoire a consacrée à la dernière entrevue du frère et de ja soeur et qui forme la ligende du deuxième nocturne

de l'office de la Sainte.

#Scholastique était soeur du vénérable Père Saint Benoit, Consacrée au Seigneur tout-puissant dès son enfance, elle avait coutume de venir visiter son frère une fois chaque année. L'homme de Dieu descendait pour la recevoir dans une maison dépendante du monastère, non loin de la porte. Scholastique étant donc venue une fois selon sa coutume, son vénérable frère descendit vers elle avec ses disciples. [ls passèrent tout le jour dans les louanges de Dieu et les pieux entretiens ; et, quand la nuit fut venue, ils prirent ensemble leur repas Comme ils étaient encore à table, et que le temps s'écoulait vite dans leur entretien sur les choses divines, la vierge sacrée adressa cette prière

à Benoit. “Je te prie, mon frère, de ne pas m'abandonnet

cette nuit, afin que nous puissions jusqu'au matin parler

encore des joies de la vie céleste.” Le saint lui répondit : “Que dis-tu là, ma soeur? Je ne puis, en aucune façon passer la nuit hors du monastère.” Dans ce moment lc ciel était si pur qu'il n° paraissait aucun nuage. La servante de Dieu, ayant entendu le refus de son frère, appuya sur la table ses doigts entrelacés; et, cachant son visage dans ses mains, elle s'adressa a Seigneur tout-puissant Au moment où elle releva la tête, des éclairs, un violent coup de tonnerre, tine pluie à torrents, se déclarèrent tout

à coup: au point que n! le vénérable Benoît, ni les frèrc

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