SAINTE SCHOLASTIQUE
qui étaient avec lui ne purent mettre le pied hors du lieu où ils étaient.
“La pieuse servante de Dieu, pendant qu'elle avait tenu «a tète appuyée sur ses mains, avait versé sur la table un ruisseau de larmes; il n'en avait pas fallu davantage pour charger de nuages le ciel serein jusqu'à cette heure. \près la prière de la sante, l'orage ne s'était pas fait longtemps attendre; mais cette prière et les torrents de pluie
qu'elle amenait s'étaient si parfaitement rencontrés ensemble, que, au même instant où Scholastique levait la tète de dessus la table, le tonnerre grondait déjà ; en sorte qu'un même instant vit la sainte faire ce mouvement, et la pluie tomber du ciel. L'homme de Dieu, voyant que ces éclairs, ces tonnerres, cette inondation ne lui permettaient plus de rentrer au monastère, en fut contristé, et exhala ainsi ses plaintes: “Que le Dieu tout puissant te pardonne, ma soeur, que viens-tu de faire?" Elle ré-
pondit: “Je t'ai adressé une demande, et tu n'as pas
voulu m'écouter; j'ai eu recours à mon Dieu, et il m'a exaucée. Maintenant, sors, si tu peux; laisse-moi et retourne à ton monastère.” Mais le saint Ctait dans l'impossibilité de sortir de la maison; et lui qui n'avait pas voulu y rester volontairement, demeura contre son gré. Ainsi les deux saints passèrent la nuit entière dans les veilles ; et, reprenant leurs pieux entretiens sur la vie spirituelle, ils se rassasièrent à loisir par l'échange des sentiments
qu'ils éprouvaient.
“Le lendemain, la vénérable Mère retourna à son monastère et l'homme de Dieu reprit le chemin de son cloitre. Trois jours après, étant dans sa cellule, et ayant élevé ses yeux en haut, il vit l'âme de sa soeur, qui venait de briser les liens du corps et qui, sous la forme d'une colombe, se dirigeait vers Îles hauteurs mystérieuses du ciel. Ravi de joie pour la gloire dont elle était entrée en possession, il rendit grâces au Dieu tout-puissant par des hymnes et des cantiques et annonça aux frères le trépas de Scholastique. I les envoya aussitôt au lieu qu'elle avait habité, afin qu'ils apportassent le corps au monastère, et qu'il fut déposé dans le tombeau qu'il s'était préparé, pour lui-même. Il arriva ainsi que ceux dont l'âme avait toujours été unie en Dieu ne furent point séparés par la mort.
leurs corps n'ayant eu qu'un même tombeau.” Sainte Francoise Romaine.
Après avoir donné durant quarante ans l'exemple de toutes les vertus dans l'union conjugale qu'elle avait contracté dès l'âge de douze ans, Françoise alla chercher dans la retraite le repos de son coeur éprouvé par de longues tribulaticus : mais elle n'avait pas attendu ce moment pour vivre au Seigneur, Durant toute sa vie, des oeuvres de la plus hante perfection l'avaient rendue l'objet des complatsances du ciel, en même temps que ies douces qualités de <on coeur lui assuraient la tendresse et d'admiration de son
époux et de ses enfants, des grands dont elle fut le modèle,
et des pauvres qu'elle servait avec amour. Pour récom-
penser cette vie toute angélique, Dieu permit que l'Ange gardien (1) de Françoise se rendit presque constamment visible à elle, en même temps qu'il daigna l'éclairer luimème par les plus sublimes révélations. Mais ce qui doit particulièrement nous frapper dans cette vie admirable qui rappelle à tant d'égards les traits de celle des deux grandes saintes Élisabeth de Hongrie et Jeanne-Françoise de Chantal, c'est l'austère pénitence que pratiqua constamment lillustre servante de Dieu. L'innocence de sa vie ne la dispens: pas de ces saintes rigueurs, et le Seigneur voulut qu'un tel exemple fût donné aux fidèles, afin qu'ils apprissent à ne pas murmurer contre l'obligation de la pénitence qui peut n'être pas si sévère en nous, qu'elle
le fut en Sainte Françoise, mais néanmoins doit être réelle,
Si nous voulons aborder avec confiance le Dieu de justice
qui pardonne facilement à l'âme repentante, mais qui exige
la satisfaction (1).
Ce que nous avons dit, un peu plus haut, des Docteurs, des saints Confesseurs... nous devons le répéter ict pour les Vierges, les saintes Femmes : pour toutes ce: illustres Saintes, dont, chaque année, le Cycle Liturgie nous raméen la Fête et qui toutes, elles aussi, comme Sainte Scholastique et Sainte F 1çoise se sont sanctifiées en passant par la voie héroïque de l'innocence, des humi-
hations, des austérités, de la Péinterce!
1) Voir plus haut: Chap. IT.
(1) L'Année Liturgique 9 mars.
Nous voulons terminer ce chapitre par l'histoire
d'une iliustre pénitente qui, comme celle de Sainte Madeleine, avant elle, et plus tard, celle de Sainte Marguerite de Cortone, nous rappelle que Dieu n'exclut personne du céleste Paradis ; que le Père de Famille est toujours disposé à recevoir dans ses bras, l'Enfant Prodigue qui, touché de la grâce, a le courage de dire: “Je me lèverai et je retournerai vers mon Père.”
Sainte Marie l'Egyptienne
Zozime, religieux d'une éminente vertu, après avoir vécu longtemps dans un monastère de Palestine, passa, par une inspiration de Dieu, dans un autre, bâti sur le bord du Jourdain. C'était la coutume que, tous les ans, le premier dimanche de Carème, les religieux, après voit participé aux divins mystères, et pris un peu de réfection sortissent et se retirassent seul à seul dans la vast étendue des déserts, pour S'Y appliquer plus parfaitement à la pénitence et à la méditation des souffrances de Notrt Seigneur ; ils ne revenaient au monastère que pour le dimanche des Rameaux. Ce saint homme faisait ainsi, d'année en année, ces religieuses retraites, et pénétrait dans la solitude la plus avancée que le temps le lui pouv permettra. Une fois, qu'il s'était éloigné de vingt jour nées de toute habitation des hommes, comme il faisait son oraison à l'heure de sexte, c'est-à-dire à midi, il aperc de loin l'apparence d'un corps humain qui marchait «
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et se munit du signe de la croix; mais, considérant plus attentivement ce qu'il voyait, il reconnut que c'était véritablement une personne, dont le corps néanmoins, était tout noir et tout brülé des ardeurs du soleil.
Cette personne, c'était Marie l'Egyptienne qui se fit connaitre au Saint, en ces termes:
“Je suis native d'Égypte, et, dès l'âge de douze ans, fuyant les corrections de mes parents, je quittai leur maison, et me rendis à Alexandrie, où je m'abandonnais à toute sorte de libertinage, sans crainte de Dieu, ni honte des hommes. Je perdis la pudeur que les personnes de mon sexe portent sur le front, ct que la nature leur a donnée pour servir de bride à leur légèreté, et je passai plus de dix-sept ans dans les désordres de l'impureté, sans prétendre à d'autre récompense de mes crimes que les plaisirs que j'y trouvais. Enfin, je tombai dans un si grand dérèglement, que, voyant un jour à Alexandrie plusieurs personnes qui s'embarquaient pour aller à Jérusalem solenniser la fête de l'Exaltation de la Sainte Croix, il me prit fantaisie de m'embarquer avec elles, dans le dessein d’engager dans le crime ceux que je pourrais gagner, et de les obliger, par ce moyen, à payer les frais de mon voyage; si bien que plusieurs se perdirent par mes artifices ; et maintenant même que je le raconte, et que j'y pense souvent, fe tremble de frayeur, et je m'étonne que la mer ne m'ait point abimé dans ses flots, ou que la terre ne se soit pas
entr'ouverte sous mes pieds, pour me précipiter toute vive
dans les enfers. Arrivée à Jérusalem, je multipliai encore
mes crimes et fus plus débauchée dans cette ville que je
ne l'avais été à Alexandrie. Enfin, le jour de l'Exaltation de la Sainte Croix étant arrivé, et chacun allant à l'église pour voir et révérer ce bois adorable, instrument de notre salut, je voulus aussi me glisser parmi la foule, et entrer dans l'église avec le reste des fidèles; mais lorsque j'approchais de la porte, il m'était impossible de passer plus avant, parce qu'une force secrète m'empéchait d'y entrer. Après avoir fait en vain tous mes efforts à plusieurs reprises, je commençai à penser d'où pouvait venir que, tout le monde entrant si aisément dans l'église, j'étais la seule à qui l'entrée en fut interdite; et, sur cette pensée, mon äme fut éclairée d'une divine lumière qui, dessillant mes veux, me fit voir qu'en cet abominable état où j'étais réduite, je ne méritais pas d'entrer en ce saint temple de Dieu. Ce sentiment me donna un grand regret de mes péchés, je commencçai à me battre la poitrine, et à pleurer à chaudes larmes: et, ayant aperçu une image de la très glorieuse Vierge Marie, je me tournai vers elle, et lui dis en soupirant: ‘’Glorieuse Vierge, qui êtes la Mère d'un Dieu fait homme et qui l'avez donné au monde, je ne suis pas digne de vous regarder èt moins encore d'être regardée de vous: car vous avez été toujours très-pure et trèschaste, et moi je ne suis qu'un égoût d'impureté. Mais puisque Dieu s'est fait homme pour sauver les pécheurs, n'abandonnez pas, Ô Vierge sainte, celle qui est seule, sans
aide et sans autre recours ni asile que le vôtre ; permettez