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CHAPITRE SEPTIEME

Le Ciel, récompense des &lus

Le bonheur au Ciel. —. Le mheur, ce rève de notre vie, le bonheur, après lequel nous soupirons ici-bas ct que nous demandons à tout ce qui nous entoure, n'est pas un bonheur quelconque, un bonheur passager, nous l'avons déjà dit, mais un bonheur comp'et, un bonheur sans mélange et sans fin. Quand Dieu créa le bassin des mers, ce ne fut pas pour y verser quelques gouttes d'eau : de même quand il forma notre coeur, ce ne fut pas pour lui donner quelquese parcelles de bonheur, mais pour l'en comg'er, pour l'en remplir et l'en rassasier, Ce rassasiement, cette félicité complète de toutes nos puissances et de toutes nos

facultés, Dieu nous la réserve au ciel, Qu'est-ce donc que

le ciel et quelles sont les joies promises à nos désirs insa

tiables ? «

La religion, nous l'avons vu dès la première page de ce livre, la religion se tait sur la description du ciel, incapable de nous en traduire les splendeurs et les merveilles.

Le Prophète Isaie, ilest vrai, et l'A nôtre Saint Jean, en {l J ,

ont fait en figurees un tableau magnifique : mais Saint Paul nous a avertis “que l'oeil de l'homme n'a point vu, que son oreille n'a point entendu et que son coeur ne saurait

jamais comprendre ce que Dieu prépare à ses élus.”

Que se passera-t-il donc au coeur de l'homme, alors que Dieu, par la mort, déchirant le voile qui le cache icibas, se montrera, face à face, à ses yeux éblouis? Quel

bonheur! quels ravissements ! quelle extase !

La gloire qui est réservée aux élus, dans l'autre vie, est si grande qu'on ne saurait l'expliquer ni même la concevoir. Cette splendeur, cette beauté, cette gloire est audessus de tous les discours et de toutes les pensées des hommes, dit Saint Augustin. Les paroles qu'emploie l'Apôtre saint Paul, après le Prophète Isaïe, nous font comprendre parfaitement combien cette gloire est audessus de toute conception humaine : “L'oeil n'a point vu, l'oreille n'a point entendu, et le coeur de l'homme n'a jamais conçu ce que Dieu a préparé pour ceux qui l'aiment.” Nous devons nécessairement conclure que ces biens sont plus grands que toutes les richesses de la terre, que toute la gloire de Salomon, d' Alexandre-le-Grand, et des Césars que toute la pompe et la magnificence des triomphes, que tout l'éclat des rois et des monarques, que toutes les merveilles de leurs palais et de leurs trésors, que toute la beauté du ciel, de la lune, des étoilese, des fleurs, des plan-

tes et des hommes, que tous les plaisirs des sens, parce

BONHEUR DU CIEL

que l'oeil a vu tout cela, l'oreille l'a entendu rac mter, où au moins l'esprit peut le concevoir, et c mcevoir des choses bien plus grandes encore : mais les biens qui nous attendent dans le ciel Surpassent incomparählement tout ce qui peut tomber sous nos sens et sant infiniment au-dessus de la portée de nos esprits, cest pourquoi ils échappent à toutes nos paroles et à toutes nos pensées. Que l'âme embrase toute l'ardeur de ses désirs, qu'elle se dilate seion toute l'étendue de ses forces, dit Saint Augustin, qu'elle cherche ensuite à comprendre cette béatitude que l'oeil n'a point vue, que l'oreille n'a point entendue, que le coeur de l'homme n'a jamais conçue: on peut la désirer, on peut tendre vers elle avec toute la force de son coeur, on peut soupirer après elle, mais on ne saurait l'expliquer. Sainte Catherine de Sienne ayant vu un faible rayon de cette gloire immense, ne pouvait s'empècher de dire sans cesse, lorsqu'elle fut revenue à elle-même: J'ai vu des merveilles, j'ai vu des merveilles! Son confesseur la pria de raconter ce qu'elle avait vu: A Dieu ne plaise, répondit-elle, car je croirais me rendre coupable d'une grande offense si je l'entreprenais : comme nos paroles ne sont faites que pour désigner des objets terrestres qui peuvent tomber sous nos sens, elles ne pourraient, en aucune manière, nous représenter dignement le mérite des choses du ciel. (Voir plus haut: ch. I. ct ch. VL.)

La béatitude céleste est si grande, qu'elle est en quel

que sorte infinie, dit Saint Thomas : et Saint Augustin as

sure que la félicité du ciel est telle que quand on ne pour

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rait la posséder que pendant le court espace d'un jour,

cela suffirait pour nous faire mépriser des années innombrables passées dans toutes les joies et toutes les délices de la terre. Ce n'est donc pas faussement que le Prophète s'écrie dans toute l'ardeur de son coeur: Un jour passé dans votre demeure vaut mieux que mille jours dans tous

les plaisirs de la terre

On définit la béatitude: un état parfait, par l'assemblage ei la réunion de tous les biens ; d'où 11 faut conclure que la béatitude renferme tous les biens dont la nature de l'homme est capable. Or, il y a trois sortes de biens, selon le partage qu'on en fait communément, savoir: les biens extérieurs, les biens du corps et les biens de l'âme, Com-

mençons par ces derniers qui sont les plus excellents.

La béatitude de notre äme, et par conséquent notre vraie et propre béatitude, consiste à voir Dieu clairement. Mais en voyant Dieu, que verrons-nous? et comment le

rrons-NOUS >

“Nous verrons Dieu tel qu'il est,” dit Saint Jean. Nous le verrons tel qu'il est, intérieurement et extérieurement ; nous verrons sa divine essence avec toutes ses per-

fections, l'infinité de sa nature, l'immensité de sa gran-

deur, l'éternité de sa durée, l'éminence de sa majesté, la solidité de son trône, les lumières de sa sagesse, les abimes de ses jugements, la douceur de sa bonté, la tendresse

de sa miséricorde, la rigueur de sa justice, la force de sa

puissance, les charmes de sa beauté et la splendeur de sa

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gloire. Nous verrons comment, par amour et l'inclination de son infinie bonté, il a r lu de se communiquer et comme se répandre au dehors en produisant les créatures et en leur imprimant les Caractères de son excellence : Comment sa sagesse les a tracés avec un ordre et une symétrie merveilleuse : Comment son bras puissant les à tirées du néant, les à mises au Jour et les conserve par sa provtdence.

Nous verrons la Très-Sainte et Très Auguste Trinité, l'unité d'essence, la Communication des attributs, la distinction des Personnes, l'indépendance du Père, l'entendement fécond du Père engendrant Je Fils, comme sa pensée, la Procession du Saint-Esprit produite Par un effet de

la volonté du Père et du Fils, comme leur amour, Nous

verrons comment étant véritablement tr is, ils ne sont

Cependant qu’un avec une même nature, un même entendement et une même volonté. Le voile sera tombé ; nous verrons tous ces mystères à découvert et dans les splendeurs d'une très-claire lumière, non à diverses reprises, €t par une connaissance successive comme ici-bas, mais Par une seule connaissance simple ct invariable, pendant toute l'éternité, sans aucune obscurité, sans aucune erreur, Sans aucun doute possible : mais avec toute l'assurance et toute l'évidence qu'on peüt désirer dans Ja Connaissance

d'une chose,

Nous verrons de plus tous les mystères de Ja foi que

les esprits même les plus subtils ne sauraient comprendre

maintenant. Le mystère de la Sainte Trinité, le mystère de l'Incarnation ; comment Dieu, qui est infiniment élevé autdessus de toutes ses créatures, s'est abaissé jusqu'à s'unir personnellement à la nature humaine, comment il est véritablement devenu homme; nous verrons tous les secrets de cet Homme Dieu dans la vie qu'il a menée sur la terre, dès sa plus tendre enfance, pendant son séjour en Egypte, pendant son adolescence et tout le temps qu'il demeura caché et inconnu à Nazareth, remplissant les fonctions les plus humbles pour jeter les fondements de notre gloire. Nous connaitrons comment il se manifesta aux hommes en conversant avec eux, en leur annonçant sa divine doctrine et opérant des miracles. Nous verrons le très-profond mystère de sa Passion et de sa mort ; les joies de sa glorieuse Résurrection: ses entretiens pendant les quarante jours qui suivirent; la pompe de son Ascension triomphante. Nous verrons le mystère de l’adorable Eucharistie: comment un corps peut se dépouiller de sa quantité extérieure qui a rapport au lieu, en conservant la quantité intérieure qui est naturelle à l'arrangement et à la disposition de membres: comment il se réduit à être tout entier en un seul point ; comment il est tout en tout et tout entier dans chaque partie, et les autres prodiges qui renversent toutes les lois de la nature. Nous verrons le mystère de la justification d'une âme pécheresse ; celui de la glorification d'une âme juste; tous les secrets et tous les sens de la Sainte Ecriture qui donnent ici-bas tant de

difficultés même aux esprits des plus pénétrants

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Nous verrons la Jerusalem céleste ! L'architecture,

les proportions, Ja beauté, Les richesses, et toute la gloire de cette sainte et admirable Cité, te nombre des Anges et des hommes bienheureux, leurs ordres différents, leurs Mmerites, leurs perfections et leur béatitude. Non saut rons le nombre, Ja diversité, les pechés et les supplices des damnés, mais sans que le contentement de l'âme sainte

Soit troublé par cette vue : au contraire, le bonheur de

l'âme sainte augMentera lorsqu'elle se verra Preservée d'un

Si horrible malheur, où elle serait infailliblement tombée Sans la miséricorde de Dieu, ce dont elle Jui rendra des

actions de grâces infinies

Nous verrons Ja conduite de Ja Providence divine de puis le commencement du monde jusqu'à la fin, envers tous les hommes en général dans Je SouVernement des em pires, des royaumes, des républiques, des communautés ct des villes: leur commencement, letirs Frogres et leur ruine ; envers chaque particulier. dans l'affaire du salut et Surtout envers nous-mêmes. Le Bienheureux aura une connaissance très-parfaite de toutes les histoires, de tous les accidents, de toutes les ren ontres, de toutes les actions et de tous les discours des hommes, Parce qu'il doit voir et louer à jamais l'impartiale justice de Dieu dans la récompense des uns et dans la punition des autres, Or, pour cela la connaissance claire de tout ce qui s'est pass en Eux est nécessaire : la conduite de Dieu envers eux, et leur conduite envers lui; ce que Dieu a fait pour les sau-

ver, ce qu'ils ont fait Pour Y correspondre ou pour se

perdre. Enfin, nous verrons le : dans son tout et dans chacune de ses parties, l'e « des choses, leurs facultés, leurs effets, leurs liaisc:5, leur dépendance mutuelle, leurs sympathies et leurs antipathies et tout ce que chaque

chose renferme.

Nous verrons tout cela en Dieu et hors de Dieu dans la chose même. Nous verrons les choses en Dieu par cette connaissance que Saint Augustin appelle la connaissance du matin, qui nous les montrera dans leur état primitif, originaire et incréé, Les Bienheureux voient toujours votre divine face, dit ce grand Docteur, ils y lisent comme dans un livre, sans succession de temps et de travail ; ils

lisent toujours la même chose, ce qu'ils lisent ne passe

point, le livre ne se ferme pas et ne Se fermera jamais

pour eux, parce que c'est vous-même, Seigneur, qui êtes leur livre et vous serez éternellement. Nous verrons ensuite les choses en elles-mêmes jusqu'au dernier degré de jeur être par la connaissance du soir, qui est éclairée de la lumière de la gloire, qui surpasse incomparablement en clarté toutes les lumières de la nature, même des Anges et des démons, pour les choses créées ; lumière qui est audessus de toutes les lumières. de la grâce, communiquées aux Saints dans leurs prophéties, leurs contemplations et jeurs extases, qui donnent cependant une si prodigieuse élévation à leur esprit. De plus, cette lumière de la gloire montre les objets de la manière la plus évidente, la plus

distincte et la plus agréable possible.

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Qui pourrait donc peindre le Contentement ineffable qu'éprouvera notre entendement, quand il verra toutes ces choses et surtout quand il : ra Dieu. Je serai rassasié de joie devant votre visage, dit le Prophète Royal! Cette face divine a des attraits particuliers et des charmes infinis; ils versent dans l'entendement des torrents de dou- Ceurs, ef Comme autant de grands fleuves, ils forment un océan de plaisirs infinis où l'entendement est continuel-

lement abimé,

Tci-bas, au inilieu de l'obscurité dans laquelle nous

sommes plongés avec notre esprit rétréci, nous avons grand plaisir à voir une grande variété de Pays, un parterre émaillé de fleurs, un palais magnifique, une person. ne sur le visage de laquelle brille un rayon de beauté, Notre entendement goûte de si grandes douceurs dans les sciences, dans Ja Connaissance des choses naturelles, des éléments, c'est-à-dire dans la connaissance des propriétés d’un accident, que plusieurs perdent le boire et le manger et ne trouvent rien qui en approche dans la jouissance légitime des sens.

Quels seront donc les transports, les excès, les ravissements de notre entendement, quand il verra Dieu face à face et tel qu'il est? Dieu, cette première et essentielle vérité, cette première et infinie bonté, cette Première et Suuveraine sagesse: cet être infiniment Parfait, d'où découle tout ce qui est vrai, tout ce qui cst beau, tout ce qui est sage, tout ce qui a quelque degré d’être, et auprès duquel toutes les vérités créées ne Sont que mensonges, tou-

tes les beautés laideurs, toute sagesse ignorance, et tous les êtres des néants. C'est alors que le violent désir qui nous dévore, cette soif brûlante de savoir, qui nous porte à chercher sans cesse, à traverser les déserts, à franchir les mers, à quitter notre pays, nos parents, nos amis, pour aller aux extrémités de la terre, voir ce qu'on y fait, ce

qu'on y dit, sera pleinement étanchée.

Mais outre le plaisir dont la vision de Dieu remplit notre entendement, il produit dans l'âme un effet encore bien plus admirable, il la rend semblable à Dieu. “Nous savons, dit le disciple bien-aimé, que lorsque Jésus-Christ <e montrera dans sa gloire, nous serons semblables à lui, parce que nous le verrons tel qu'il est.” Et comment cela? C'est qu'il n'est pas possible de voir Dieu comme le voient les Bienheureux, sans devenir semblable à lui, parce que ce n’est point une vue ordinaire, mais une vue qui est tout ensemble l'acquisition et la possession de Dieu, et ensuite une union intime et parfaite avec lui. Or, comme la beauté unie à la créature la rend nécessairement belle : la sagesse, Sage : la force, forte, la Divinité unie immédiatement et par elle-même à l'ân.. le rend divine et fait que le Bienheureux, demeurant horime dans sa substance, devient comme un dieu en perfection J'ai dit: \ous êtes des lieux, s'écrie le Prophète, et c'est là proprement que s'ac-

compliront ces paroles. Le fer, mis dans une fournaise,

v prend tellement les qualités du feu, je veux dire la char

leur et la lumière, que, quoiqu'il ne perde pas son essence,

on dirait pourtant, à le voir et à le sentir, que ce n’est

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pas du fer, mais du feu, tant il lui ressemble, De meme, quoique les Bienheureux Soñservent leur nature dans toute son intégrité, ils sont tellement IMprégnés des excel. lences de la Divinité, tellement revêtus extérieurement et Si remplis intérieurement de Sa beauté, de sa sagesse, de sa force, et si parfaitement déifiés, qu'ils paraissent plutôt des dieux que des hommes. [ls boiront à longs traits, dit un Prophète, les délices inénarrables de la vision de Dieu, ils les absorberont et ils y seront absorbés, ils eront comme S'ils n'étaient Pa$, non par le changement de leur essence, mais par la Participation des attributs de Dieu, à qui ils seront intimement et éternellement unis.

} La béatitude de la volonté suit immédiatement celle

de l'entendement : elle consiste dans l'amour de Dieu, la volonté est immédiatement embrasée : car [a claire vision de ce Dieu infiniment beau et Parfait, et par conséquent infiniment aimable, fera une si forte impression sur elle, qu'il lui sera impossible de ne Je point aimer aussitôt de toutes ses forces et de toute l'ardeur de ses affections. Par cet amour, la volonté s'écoule en Dieu, s'unit à lui de Ja manière la plus étroite : et Far cette union et le Pouvoir particulier qu'a l'amour de changer l'objet aimant en l'objet aimé, la volonté se transforme en Dieu : et com-

me Dieu est Ja Pureté, la sainteté et la perfection par es-

sence, elle devient très-pure, très- ainte et très-parfaite, Dès lors le Bienheureux n'a plus d'autre volonté, d'autres désirs, d'autres desseins que ceux de Dieu ; il entre dans

toutes ses affections, il aime incomparablement Plus fa

MICROCOPY RESOLUTION TEST CHART (ANSI and ISO TEST CHART No. 2)

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