SAINT AMBROISE
Saint Ambroise, archevêque de 3Iiian, docteur de l'Eglise, mort vers la fin du quatrième siècle, se présente à nous comme un des plus beaux génies qui brillent encore dans l'Eglise de Jésus-Christ par la fécondité, la solidité et l'éloquence de leurs écrits. Ecoutez comme il parle de l'Eucharistie :
« Considérez quel est le plus excellent, ou de cette manne que Dieu donnait aux Israélites dans le désert, appelée le pain des anges, ou de la chair de Jésus-Christ, laquelle est le corps de la vie môme. Celle-là tombait du ciel, celle-ci est au-dessus du ciel, et elle est la manne du Seigneur des cieux. Cellelà était sujette à se corrompre quand on la gardait d'un jour à l'autre ; et celle-ci est tellement éloignée de la corruption, que quiconque la mange avec piété deviendra lui-même incorruptible. L'eau coula d'un rocher en faveur des Juifs, mais pour vous coule le sang de Jésus-Christ même. Cette eau les désaltéra pour quelques heures ; le sang de Jésus-Christ vous lave et vous purifie pour toute l'éternité. Le Juif boit et a encore soif; mais quand vous aurez bu de ce saint breuvage, vous ne serez plus altérés. Cette nourriture et ce breuvage de l'ancienne loi n'étaient que des fi-
giires el des ombres ; mais celle nourriture et ce i^reuvage sont la vérité. Que si ce qui n'était que l'ombre excite votre admiration, combien grande doit être la chose même ! En effet, la lumière est bien plus excellente que l'ombre ; la vérité, que la figure ; le corps du créateur du ciel l'est bien plus que la manne tombée du ciel...
Vous me direz peut-être : Je vois autre chose; comment m'assurez-vous que je reçois le corps de Jésus- Christ? Prouvons que ce n'est pas ce que la niture a formé, mais ce que la bénédiction a consacré; et que la bénédiction a plus de force que la nature, puisqu'elle change la nature même. Moïse tenait ua bâton en sa main ; il le jeta à terre, et il devint un serpent. Les eaux des fleuves d'Egypte étaient pures; et tout à coup on les vit couler en sang. Le peuple d'Israël était aliére; Moïse frappe le rocher, et il en sort de l'eau. Si la bénédiction des hommes a le pouvoir de changer la nature, que dirons-nous de la consécration divine, oiî les paroles mêmes du Seigneur opèrent? Car ce sacrement que vous recevez est formé par les paroles de Jésus-Christ. Que, si la parole d'Elie a pu faire descendre le feu du ciel, la parole de Jésus- Christ ne pourra-t-elle pas changer la nature des éléments? Vous avez lu dans l'histoire de la création du monde que, Dieu ayant parlé, toutes choses ont été faites, La parole donc de Jésus- Christ, qui a pu du néant faire ce qui n'était jias, ne peut-elle pas changer ce qui est en ce qui n'était
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point? Car il n'y a pas moins de pouvoir à donner l'être qu'à le changer. Mais pourquoi employer ici les raisonnements? Servons-nous plutôt des exemples que Jésus-Christ nous fournit, et, par celui de son incarnation, établissons la vérité du mystère de son Eucharistie. Est-ce selon l'ordre naturel que Jésus- Christ est né de^ Marie? IN'est-il pas évident, au contraire, que c'est par un miracle qu'une vierge est devenue mère? Or ce corps même que nous produisons paf la parole est le même qui est né d'une vierge contre l'ordre de la nature. C'est la véritable chair de Jésus-Christ, qui a été crucifiée et ensevelie ; c'est donjc elle aussi qui est véritablement dans ce sacrement. Jésus-Christ le déclare lui-même, disant : Ceci est mon corps. Avant la consécration qui se fait par ces paroles célestes, on donne à cela un autre nom; mais, après la consécration, cela est nommé le corps de Jésus- Christ. Il dit lui-même que ce qui est dans le calice est son sang. Avant la consécration, cela s'appelle d'un autre nom; mais, après la consécration, on l'appelle sang, et vous répondez A?n^?i, c'est-à-dire, Il est vrai. Croyez donc de cœur ce que vous avouez de bouche, et que vos sentiments intérieurs soient conformes à vos paroles. Jésus-Christ est dans ce sacrement parce que ce sacrement contienlle corps de Jésus-Christ. Ce n'est donc pas une nourriture corporelle, mais spirituelle ; car le corps de Dieu est spirituel comme Jésus-Chiist est le corps du divin esprit, parce que Jésus-Christ est esprit. Celte viande céleste fortifie
noire cœur; ce breuvage remplit de joie le cœur de l'homme. Après donc avoir reçu ce sacrement, soyons persuades que nous sommes régénérés, et ne disons pas : Comment avons-nous pu êlre régénérés? Il ne faut point chercher l'ordre de la nature là où est l'excellence de la grâce. {Livre des Mystères, ou des hiitiés.)
Vous allez me dire : Ce n'est là qu'un pain commun. Oui, avant la consécration ; mais, après la consécration, de pain qu'il était, il est devenu la chair de Jésus-Christ par la vertu des paroles de Jésus- Christ lui-même. Partout ailleurs, le prêtre prie en son propre nom ; ici, les paroles qu'il profère sont celles de Jésus-Christ; c'est donc la parole de Jésus- Christ qui opère ce sacrement. Et quelle est-elle? La même qui a fait le ciel et la terre. Avant la consécration, ce n'était qu'un pain matériel ; après la consécration, je vous le répète, je vous l'affirme, c'est le corps de Jésus-Ciir'.st. Quand Jésus-Christ lui-même a parlé, est-il permis de douter de la vérité de sa parole? La parole d'Elie a pu faire descendre le feu du ciel pour consumer sa victime. Qu'était-ce cependant que le sacrifice d'Elie en comparaison du sacrifice de Jésus-Christ? Et la parole de Jésus-Christ ne pourrait transformer les substances pour nous donner notre victime! Sa toute-puissance a créé ce qui n'existait pas, son amour ne pourra-t-il pas changer ce (jui était? L'un est-il plus difficile, pins impossible que l'autre?
Ce n'est donc pas en vain qu'après l'avoir reçu, vous dites Amen, déclarant par cet acte de foi et cet aveu public que vous croyez que c'est le vrai corps de Jésus-Christ.
Saint Ambroise, à l'occasion de ces paroles du Pater, qu'on dit pendant la célébration des s.iinls mystères : Donnez-nous notre pain de chaque jour, dit : « Non pas seulement le pain matériel nécessaire à l'aliment du corps, mais le pain de la plus excellente substance, le pain de la vie éternelle, qui donne la nourriture et la force à l'âme. » Puis il ajoute :«Si c'est un pain quotidien, pourquoi n'en faites-vous usage qu'une fois l'an? l'renez chaque jour ce qui doit vous profiler chaquejour..4c<;jpe quotuHe,quodquotidietibi prosit. Sic vive quolidie ut merearis accipere. Vivez de manière à mériter de le recevoir chaque jour. Quand on n'est pas digne de le manger chaque jour, on ne Test pas plus une fois dans l'année. Vous le savez, nous vous le disons tous les jours, que toutes les fois que nous offi ons le saint sacrifice, nous vous rappelonsla mort, la résurrection, l'ascension du Sauveur, et la rémission des péchés : et vous ne vous empressez pas de recevoir tous ce pain de chaque jour. Quiconque est blessé cherche un remède pour se guérir. Nous le sommes tous, puisque tous nous péchons. Or le remède de nos blessures, c'est le vénérable et céleste Sacrement. »
Et, dans son Traité de la Pénitence, il dit : « Il est des personnes qui s'imaginent que le devoir de la pénitence consiste pour elles à s'abstenir de la com-
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miinion. En vérité, c'est agir contre soi-même avec trop de dureté; c'est s'exposer au châtiment et refuser le remède. La plus sensible douleur qu'elles devraient éprouver est d'êlre privées de cette grâce céleste. »