‹ Le ciel sur la terreChapitre 20 sur 120 · SAINT OPTAT · texte numérisé non relu

SAINT OPTAT

Ce Père, né en Afrique, fut un des plus illustres défenseurs de la foi catholique dans le quatrième siècle. Saint Augustin le compte, avec saint Cyprien et saint Hilaire, parmi ceux qui passèrent des ténèbres du ])aganisme à la lumière delà foi et qui rapportèrent à l'Epouse de Jésus-Christ les richesses des Egyptiens, c'est-à-dire la connaissance qu'il avait acquise dans le monde de la science et des lettres humaines.

11 s'exprime ainsi en s'adressanl aux donatistes furieux : « Que vous a fait Jésus-Christ pour que vous détruisiez les autels sur lesquels il repose? Pourquoi détruisez-vous les tables sacrées où il a fait sa demeure? Vous imitez le crime des Juifs; ils mirent le Sauveur à mort sur la croix, et vous le maltraitez sur les autels.

« Vous avez, continue-t-il, mis le comble à vos sacrilèges en brisant les calices qui portent le sang de Jésus-Christ : Calices saïujuinis Christi portionesl Vous les avez fondus pour les convertir en une masse que vous avez exposée dans les places publique et que vous avez vendue indifféremment à tous ceux qui se présentaient pour l'acheter. 0 crime énorme ! ô im-

piété inouïe. 0 scehis nefarium ! facinus inaudïtum! {Cendre les Dotiutistes, 1, VI. )

SAINT JEAN CHRYSOSTOM£

Saint Jean, archevêque de Constant inople, surnommé Chrysostome, c'est-à-dire Bouche d'or, à cause de son éloquence, naquit à Anlioche vers l'an 347, dans- ce quatrième siècle où resplendissent au sein de l'Eglise les plus beaux génies et les plus belles vertus. C'est de cette bouche d'or que sont tombées les plus belles, les plus éloquentes paroles sur l'Eucharistie. Laissons parler cet illustre docteur, que l'Orient appelait l'Orateur divin.

« J'ai pris votre chair et votre sang, nous dit Jésus-Christ, afinque l'un et l'autre fussent communs entre nous. Je vous donne une seconde fois la chair et le sang par oij je me suis fait de même nature que vous. Ce sang, empreint dans notre âme la royale image du maître que nous servons, il y produit un caraclère de beauté et de noblesse qui ne s'altère point quand il l'arrose souvent et la nourrit ; il la fortifie, il en est la vie. Ce sang, quand on le reçoit dignement, met les démons en fuite, il y appelle et les esprit bienheureux et le Souverain du céleste empire. Ce sang, répandu sur l'arbre de la croix, a lavé les péchés du monde entier. Lisez, dans l'épître de saint Paul aux Hébreux, les réflexions que ce bienheureux apôtre développe à ce sujet. C'est ce sang

qui a purifié riiilériour du lemplc et le Saint des saints. Si la simple aspersion faite dans le temple de Jérusalem et sur le seuil des maisons dans l'Kgypte; si dis-je, la simple aspersion d'un sang qui n'était que la figure de ce sang, avait une si grande efficacité, à plus forte raison le s:mg de Jésus-Christ. C'est ce sang qui a consacré l'autel d'or et les pontifes. Le grand prêtre n'aurait pas osé pénétrer dans ce sanctuaire sans être arrosé de ce sang purement symbolique ; il était déjà assez puissant pour laver les péchés, pour faire reculer la mort d'effroi. Combien donc la réalité ne devait-elle pas avoir encore plus de puissance et de vertu! Aussi est-il la sanctification et le salut de l'âme ; il en est rornement et le flambeau, il la dégage de tout alliage terrestre et lui donne des ailes pour s'élever vers le ciel.

« Les mystères que Jésus-Christ a confiés à son Eglise sont donc vraiment augustes. L'autel oiî s'immole la victime sainte, véritablement terrible. De cette table, ainsi qu'autrefois du paradis terrestre, jaillit une source d'eau vive qui répand des fleuves spirituels. Quiconque est brûlé par les ardeurs de la soif, qu'il aille se plonger à cette source sacrée ; qu'il aille s'y retremper, se purifier, se régénérer dans cette onde vivifiante. C'est par ce sang que Jésus- Christ nous a rachetés, et non-seulement il nous a affranchis de la servitude, mais il nous a enrichis, revêtu du plus magnifique ornement, de lui-même.» (XLVi" homélie.) " -

« Grâce à ce divin corps, je ne suis plus cendre et poussière, je ne suis plus esclave : il m'a affranchi, il m'a donné l'espérance d'obtenir le royaume du ciel, et avec lui la possession de tous les biens , la vie éternelle, la félicité des esprits bienheureux, le glorieux privilège d'être éternellement dans la compagnie de Jésus-Christ. C'est là, oui, c'est là le même corps qui fut percé de clous, déchiré par les verges des bourreaux, et sur qui la mort a été impuissante; le même de qui le soleil, en le voyant mourir sur la croix, ne put soutenir l'aspect et détourna ses rayons, le même dont le dernier soupir exhalé de sa bouche a déchiré le voile du temple, fendu les rochers, fait trembler la terre; le môme corps qui, tout sanglant, a fait jaillir de son côté entr'ouvert par le fer d'une lance deux sources de vie qui se sont répandues sur tout le monde, l'une d'eau pour le baptême, l'autre de sang dans l'Eucharistie.

« Approchez donc de ce corps sacré, mais ne vous en approchez qu'avec la plus vive, la plus ardente charité. Plus le bienfait est grand, plus il a droit à notre amour et à notre reconnaissance. Ne vous éloignez donc pas de cet aliment de vie, ce serait vous donner la mort, en vous privant du pain sacré qui fait la vie de notre âme, le lien de notre union avec Dieu, le fondement de notre espérance.

« Pénétrez donc jusque dans ce sanctuaire; avec lui s'ouvriront les portes du ciel et du plus haut des cieux. Là, s'offriront à vos regards les plus nobles,

les plus magnifiques aspects. Car, de même que dans le palais des rois, ce que vous y voyez de plus imposant , ce ne sont pas ni les murs ni les lambris dorés, mais la personne même du prince qui l'habite; ainsi rien n'est plus auguste ni plus grand que ce qu'il vous est permis de voir maintenant sur la terre, puisque je vous y montre, non pas des anges ni des archanges, non pas les cieux et les cieux des cieux, mais le Seigneur et le Roi même des cieux et des anges. Et non-seulement vous le voyez do vos yeux, mais vous le touchez de vos mains, mais vous le recevez dans votre propre chair. » (homélie xxvi» ad. Conuth.)

« Quand vous voyez le Dieu du ciel qui s'immole sur l'autel et s'y anéantit, le prêtre incliné sur la victime, occupé à prier, et tous les assistants teints de ce précieux sang, pouvez-vous croire, à ce moment, que vous soyez encore sur la terre et parmi les hommes? ^'e vous sentez-vous pas élevé au-dessus des cieux? Toute pensée charnelle ne s'éloigne-t-elle pas de votre esprit ; et votre âme, dégagée des sens, ne découvre-t-elle pas ce qui se passe dans une région supérieure? 0 merveille ! prodige inei'fable de l'amour de Dieu pour les hommes ! Celui qui est assis dans le ciel, à la droite de Dieu son Père, c'est le même qui, ne dédaignant pas de se laisser toucher par les mains de tous, se donne à qui veut le recevoir, se livre à nos embrassements, se laisse découvrir à tous par les veux de la foi ! »

DE LA PROMESSE DE NOTPtE-SEIG>EUR JESUS-CHRIST. 51

Rappelons-nous encore ces éloquentes paroles qui nous révèlent les transports d'admiration dont son âme était pleine au souvenir des prodigieuses inventions de l'amour de Jésus-Christ :

« Par la divine Eucharistie, nous devenons un même corps avec Jésus-Christ; car, comme nous l'apprend le grand apôtre, nous sommes les membres de sa chair et de ses os. Comprenons donc, nous qui sommes initiés, que nous ne devenons point seulement un même corps avec Jésus-Christ par la charité, mais que nous sommes réellement mêlés et incorporés à sa chair. Ce prodige s'accomplit par la nourriture qu'il nous a donnée, pressé qu'il était par son brûlant amour. C'est pourquoi il se répand en nous, il s'incorpore à nous, afin que, comme le corps est uni à la têle, nous soyons une même chose avec lui ; car c'est là où veut en venir un amour excessif. Levons-nous donc de cette table, forts comme des lions, respirant le feu du combat, terribles aux démons, et gardons dans notre âme le souvenir des merveilles que \ient d'y accomplir notre chef, comme celui de l'incompréhensible amour dont nous avons été l'objet.

« Souvent des parents, qui ne sont pas sans amour, confient à d'autres, pour les nourrir, les enfants qu'ils ont mis au monde ; mais pour moi, nous dit Jésus-Christ, il n'en est pas ainsi; je vous donne ma chair, je deviens votre nourriture, afin de vous enflammer au combat de l'épreuve et pour vous donner le

gage des biens éternels. Car si je me donne à vous dans celle vie, comment ne me donnerais-je pas plus pleinement dans la vie future?

« Nous donc, qui sommes incorporés à sa chair et qui nous abreuvons de son sang, n'oublions jamais que nous nous enivrons du sang de Jésus-Christ, qui est assis sur un trône au plus haut des cieux et que les anges adorent. » (lxxui* homélie.)

« Souvenez-vous donc, s'écrie encore ce sublime docteur, à quelle gloire vous êtes élevés et à quelle table on vous fait asseoir. Celui que les anges n'osent contempler dans sa gloire, à cause des splendeurs qui l'entourent, celui-là est devenu notre nourriture, nous lui sommes unis, nous n'avons qu'un même corps et qu'une même chair avec Jésus-Christ ; il se mêle, il s'incorpore à nous par des prodiges qui surpassent l'admiration. » (lÀ* homélie.)

Page 1