‹ Le ciel sur la terreChapitre 28 sur 120 · ALCUIN · texte numérisé non relu

ALCUIN

Le B. Alcuin, diacre et abbé en Anj^leterre, fut apoelé eu France par Charlemagne, qui avait admiré à

*arme ses vastes connaissances. Avec le consentenent du roi d'Angleterre et la permission du pape, Ucuin se rendit au désir de Charlemagnc, qui l'atacha à sa personne, envfit son maître et le nomma ibbé de Saint-Martin de Tours. Dans un ouvrage [ui a pour titre : Confession d'Alcuin, nous lisons, )ar rapport à TEuclnristie, cet admirable passage : « Entre les sacrements de l'Eglise, le céleste et vivifiant mystère que Notre-Seigneur Jésus-Christ a nstitué et qu'il a ordonné qu'on offrit en sa mémoire 30ur notre salut, est celui qui nous conduit principalement à la vie immuable et éternelle, ou plutôt il me semble que ce sacrement même peut être appelé la vie éternelle, laquelle se commence sur la terre et s'achève dans le ciel, car ici nous mangeons Dieu môme et là nous le verrons face à face. Ce mystère doit être considéré avec étonnement et respect, vainement la curiosité voudrait le pénétrer. 11 n'y a personne qui soit capable de le comprendre ; il n'y a personne qui puisse en parler dignement. Quoi(iue ce soit l'homme qui l'offre, c'est néanmoins une chose toute divine, et puisqu'elle est divine. Dieu nous garde d'y rien concevoir que de spirituel et de divin. C'est pourquoi encore que je voie des yeux du corps le prêtre qui offre à l'autel du Seigneur le pain et le vin, je considère néanmoins avec l'œil de la foi, et la lumière toute pure du cœur, le grand prêtre et le vrai pontife Notre-Seigneur Jésus-Christ qui s'offre soi-même. C'est lui

qui remplit l'autel, et qui se prépare pour être luimême notre nourriture. Il est immolé, mais il ne meurt pas. 11 est mangé mais il ne diminue point; il remplit et ne se désemplit point ; il vit après avoir été mangé parce qu'il est ressuscité après être mort .

« 0 merveille étonnante et ineffable ! 0 mystère de la foi ! Certes, nul des fidèles ne doit douter de la vérité d'un si grand mystère, qui a été confirmé par tant de témoignages autlienliques, et qui a été en quelques rencontres si clairement manifestée par des révélations divines. Pour moi, qui suis le dernier des fidèles, grâce à Dieu, je n'en ai pas le moindre doute ; mais je crois de tout mon cœur, et je confesse hardiment de vive voix, que ce même sacrement de la vertu divine et vivifiante est la véritable chair de Jésus-Christ qui nous rassasie, et son véritable sang qui nous désaltère. »

IX' SIÈCLE

PASCHASE RATBERT

Paschase Ratbert, abbé de Corbie,mort en 855 et canonisé en 1073, composa, en 851, un Traité du Sacrement de l'Autel, dont il fit présent au roi Charles le Chauve. C'était la coutume à cette époque que les abbés, les abbesses et les seigneurs envoyas-

sent au roi des dons en chevaux ou en argent, aux fêtes principales. Paschase, en faisant remettre son livre à Charles le Chauve, lui écrivit:

« J'ai résolu de ne pas envoyer, aux fêtes prochaines, un présent en or ou en argent, mais un livre sur l'Eucharistie : bien petit par le volume, mais bien grand par le sujet qu'il traite. »

En effet, Paschase y expose, dans un style simple et précis, la doctrine de l'Eglise universelle sur ce divin sacrement.

« Il faut croire, dit-il, qu'après la consécration, ce qui paraît encore du pain et du vin n'est autre chose que le corps et le sang de Jésus-Christ. La Vérité même en a assuré ses disciples par ces paroles : Le pain que je donnerai, c'est ma chair pour la vie du monde. Le goût et l'apparence du pain et du vin ne demeurent, après la consécration, que pour faire l'exercice et le mérite de notre foi. Ce changement s'opère par la vertu de cette parole : Ceci est mon corps, ceci est mon sang, parce que c'est une parole divine et toute-puissante. Si vous me demandez la raison de ce mystère, je n'en ai d'autre que la puissance et la volonté de Jésus-Christ, et ma foi est làdessus toute ma science. Que personne donc ne s'émeuve, au sujet du corps et du sang de Jésus- Christ, de ce que sa vraie chair et son pur sang sont dans le mystère ; parce que celui qui les a créés l'a ainsi voulu : car le Seigneur a fait tout ce qu'il lui a plu au ciel et sur la terre. Et parce

sa cmco^•sTA^"CES qui ont suivi lexècution

qu'il a voulu que la figure du pain et du vin soil encore ici, néanmoins, après la consécration, il faut croire absolument que ce n'est autre chose que la chair et le sang de Jésus-Christ. Et, pour tout dire d'une manière plus admirable, ce n'est point une autre chair que celle qui est née de la vierge Marie, qui a souffert sur la croix, et qui est ressuscitée du tombeau. »

« Je ferri des prodiges qui n'ont jamais été vus sur « la terre, ni dans aucune nation, » dit le Seigneur. (Exod.^ xxxiv, V. 10.)

« Il n'est personne, ditPaschase, qui, après avoir lu les vies et les exemples des saints, ignore que souvent le sacrement du corps et du sang de Jésus-Christ, en faveur de ceux qui sont hésitants dans la foi, ou plutôt en faveur des âmes ardentes de charité, n'ait été vu, sous la figure visible d'un agneau, ou sous la forme d'un enfant, ou sous la couleur de la chair et du sang, afin que ce qui était caché dans un mystère fût découvert dans un miracle.

« SainlBasi]e,célébrantunjour dePàqueslcsdivins mystères, un juif, feignant d'être chrétien, se mêla au peuple, dans le désir d'explorer le mystère du saint sacrifice: il vit un enfant plein de grâces entre les mains de saint Basile, et tout le monde prenant part à la communion, il y vint lui-même, et on lui donna une hostie devenue véritablement de la chair. 11 conserva cette relique, alla en sa maison la montrer

à sa femme, et lui raconter ce qu'il avait vu de ses yeux; il lui dit donc avec foi: « Le sacrement des « chrétiens est véritablement terrible et digne d'ad- « miration. Le lendemain, il vint trouver saint Ba- « sile, et il fut baptise avec tous les siens. » {Des trois merveilles qui ont lieu dans la consécration, IIP partie; saint Thomas d'Aquin, de l'adorable Sacrement de l'Autel.)

V SIÈCLE

Le dixième siècle a été représenté par divers luteurs comme un siècle monstrueux plein d'igno- •ancc, de ténèbres et de désordres. Il serait facile de nontrer qu'il y a beaucoup d'exagération dans ces •eproches. Cesiècle n'a point été malheureux, puisque l'est à cette époque que la foi catholique s'est établie ;n Pologne, dans le Danemark, en Norvège et dans l'autres contrées, ce qui est la marque de la plus grande bénédiction de Dieu sur un siècle. Il est également faux que le désordre fut partout, puisque l'Allemagne et l'Angleterre n'ont jamais été mieux réglées, et qu'il y a eu plusieurs évêques, abbés et religieux très-saints, en diverses provinces du christianisme. Ainsi parmi les évoques, saint Odon, archevêque de Canlorbéry; saintUlric,évêque d'Augsbourg; saint Gérard, évêque de Toul ; saint Léon, évéque de

Bayonne x\insi parmi les abbés et les religieux, le bienbeureux Eberbard, abbéd'Ensidlen ; saint Odon, abbé deCluny; saint Maieul, abbé de Cluny; saint Paul de Latre, anacborète. Le trône lui-même a ajouté à la gloire dont il est environné l'auréole des saints: ainsi saint Edouard , roi d'Angleterre ; sainte Adélaïde, impératrice ; saint Wenceslas, duc de Bohème ; sainte Mathilde, reine de Germanie.

11 est vrai de dire cependant qu'il y a peu d'écrivains dans ce siècle; la raison en est que ne s'y étant élevé aucune hérésie contre la foi de l'Eglise, ni aucune innovation dans sa discipline, les évêques et les savants de ce temps-là ont mieux aimé jouir de la paix que Dieu leur donnait, que de prouver des vérités que tous étaient heureux de croire et de pratiquer. Toutefois, on a découvert des manuscrits d'écrivain.s^ de ce temps-là qui étaient demeurés cachés, comme Ratheriun, évêque de Vérone, que le P. dom Luc a donné au public. Nous ne citerons donc du dixième siècle que le passage suivant , tiré de la vie du bienheureux Luc, le jounc solitaire, publiée par le savant P. Combefis, de l'ordre de Saint -Dominique :

« Le bienheureux Luc, le jeune anachorète, ayant appris que l'archevêque de Corinthe venait à Constantinople, il alla le trouver, et lui dit avec de grands sentiments de respect et d'humilité : « Monseigneur, « je vous supplie de m'apprendre comment nous. « autres, qui, pour pleurer nos péchés, habitons les

« montagnes et les déserts, pouvons recevoir les vénc- « râbles el divins mystères ; car, vous le savez, il n'y « a pas parmi nous d'assemblée de fidèles, comme « il se fait ailleurs dans les églises; bien plus, il n'y « a point de prêtres pnrmi nous. » L'archevêque écoula favorablement ce saint solitaire, et lui répondit : « Premièrement, il est de la plus haute convenance « qu'il y ait un prêtre. Toutefois, s'il y a impossibilité u d'en avoir, il faut mettre sur la table sacrée le vase « où sont les mystères présanclifiés, lorsqu'il y a un » oratoire ; s'il n'y a point d'oratoire, il faut le mettre « dans la cellule, sur une table bien propre; puis, « étendant un petit linge, vous y déposerez lesparti- « cules sacrées, et, faisant brûler de l'encens, vous « chanterez des psaumes qui conviennent à ce mystère « et qui le figurent, ou bien le cantique de louanges « en l'honneur de Dieu trois fois saint, avec le symbole « de la foi. Ensuite, vous adorerez la divine Euciia- « ristie, en fléchissant trois fois les genoux et joignant « les mains: vous prendrez avec la bouche le sacré « corps de Jésus-Christ notre Dieu, en disant : Amen. « Puis vous boirez du vin commun au lieu du sacré « breuvage, et vous n'emploierez jamais à aucun usage « profane et commun le calice dans lequel vous aurez « bu. Après cela, vous ramasserez sur le linge les « particules qui restent, vous les mettrez dans le vase, « afin que pas une de ces perles précieuses ne tombe « et ne soit foulée aux pieds, » Luc, ce grand serviteur de Dieu,' après avoir reçu ces enseignements,

8i CIRCONSTANCES QUI ONT SUIVI L'EXÉCUTION

rendit grâce à l'arclievèque de Corinlhe, et se relira

dans son désert. {Vie du bienheureux Luc.)

XP SIÈCLE

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