CIRCO^STA^•CES QUI ONT PRÉCÉDÉ
après les délices duquel soupirait si ardemment le patriarche, le vieux Jacob étendu sur son lit de mort? N'était-ce pas encore la figure du Pain eucharistique?
Quel était ce pain que le soldat de Wadian aperçut dans un songe, la veille d'une bataille, roulant du haut de la montagne, et renversant dans sa course précipitée la plus forte des tentes du camp des Madianites? N'était-ce pas l'image du Pain eucharistique, qui, en venant dans notre âme, renverse la tente que nos passions voudraient y dresser, afin de s'y abriter à tout jamais?
Quel était ce pain cuit sous la cendre que mangea le prophèteElie, et qui lesoutintpendantquarantejours, jusqu'à ce qu'il fût arrivé au sommet de la montagne d'Horeb ? N'était-ce pas le symbole du Pain eucharistique, qui doit nous soutenir dans nos combats et nos fatigues jusqu'à notre arrivée à la montagne sainte de Sion, la céleste patrie?
N'était-ce pas cette table sacrée, cette divine manducation que prophétisait le plus sage des rois, alors qu'il annonçait aux peuples un festin délicieux dans lequel, dit le prophète Zacharie, Dieu leur distribuera le pur froment des élus et le vin qui fait germer les vierges rFrwîng/ifHîne/fCforinn^f vi/mw ^ermjîjo^jsi'iï'yi/j^s.
Mais voici que la plénitude des temps est arrivée. Les cieux se sont de nouveau abaissés vers la terre ; les nuées ont enfanté le juste, les figures vont faire place à la réalité. Écoutez le Seigneur Jésus : c'était
aux approches (le la fête de Pâques, le Sauveur, ayaut nourri au désert cinq mille hommes avec cinq pains, fut contraint de se dérober aux transports d'amour, de reconnaissance et d'admiration de cette multitude qui voulait lui décerner la royauté. Toutefois, dès le lendemain, ayant été rencontré par celte foule qui le cherchait avec empressement, il leur dit : « Vous me cherchez, non que vous croyiez en moi, mais parce que vous avez été rassasiés par le pain que j'ai multiplié pour vous dans le désert. Cessez donc d'être avides de la nourriture qui passe, aspirez à celle qui demeure éternellement. » A ce reproche, les Juifs lui dirent : « Mais qui êtes-vous? Quels prodiges avezvous donc opérés, pour que nous croyions en vous, comme nos pères en Moïse, qui leur donna un pain céleste à manger. »
Ecoutez l'étonnante réponse du Sauveur qu'il confirme par un double serment : « En vérité, en vérité, je vous le dis, 3Ioïse ne vous a point donné le pain du ciel, mais c'est mon Père qui vous donne le véritable pain du ciel. Car le pain de Dieu est celui qui descend du ciel, et qui donne la vie au monde.» Ils lui dirent donc : « Seigneur, donnez-nous toujours de ce pain-là. » Jésus leur répondit : « Je suis le pain de Vie. Celui qui vient à moi n'aura point faim ; et celui qui croit en moi n'aura jamais soif. »
Grand dut être l'étonnement des Juifs et des disciples. Ils se mirent donc à murmurer contre lui, parce qu'il avait dit : « Je suis le pain vivant, qui
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suis descendu du ciel. Et ils disaient : « N'est-ce pas là Jésus, Ois de Joseph, dont nous connaissons le père et la mère? Comment donc dit-il : « Je suis « descendu du ciel ? »
Jésus leur répondit : « Ne murmurez point entre vous. Personne ne peut venir à moi, si mon Père qui m'a envoyé ne l'attire. En vérité, en vérité, je vous le dis encore une fois, celui qui croit en moi a la vie éternelle.
« Je suis le pain de vie, vos pères ont mangé la manne dans le désert, et ils sont morts ; mais voici le pain qui est descendu du ciel afin que celui qui en mange ne meure point. Je suis le pain vivant qui suis descendu du ciel pour donner la vie au monde.
« Si quelqu'un donc mange de ce pain, il vivra éternellement, et le pain que je donnerai, c'est ma chair, que je dois livrer à la mort pour la vie du monde. » Les Juifs donc disputaient les uns contre les autres en disant : a Comment cet homme peut-il nous donner sa chair à manger? »
Or, je vous le demande, de quoi étaient-ils révoltés, ces disciples? Que refusaient-ils de croire? Certes ce n'était pas quelques expressions trop fortes dont Notre-Seigneur se serait servi, car alors il les aurait adoucies. Ce n'était pas non plus la manducalion figurative de son corps et de son sang; elle ne présente rien de révoltant pour l'esprit humain. C'était donc la manducalion réelle du corps et du sang de Jésus- Christ qu'ils ne voulaient point admettre; ils la ju-
L'I>'STITUTION DE L'EUCHARISTIE. T
geaient impossible. Aussi Notre-Seigneur leur dit-il : «Il yen a plusieurs parmi vous qui ne croient point. »
Mais, s'il n'eût pas été question de la manducation réelle du corps et du sang de Jésus-Christ, mais seulement d'une manducation figurative, assurément le Sauveur des hommes, qui connaissait les pensées les plus secrètes des cœurs, n'eût point manqué de leur dire : Quand je vous ai parlé de vous donner ma chair à manger et mon sang à boire, je n'ai prétendu vous en donner que le signe et la figure, et vous dire qu'en les prenant vous vous uniriez à ma chair et à mon sang par la foi; et alors, loin de s'éloigner, les juifs et les disciples seraient tombés à ses pieds et ne l'auraient jamais quitté.
Cependant, loin d'adoucir le sens propre et naturel que présentent ces paroles, loin d'atténuer la force de ses expressions, bien loin de dissiper le motif de la défection générale de ses disciples, en leur annonçant qu'il ne s'agissait que d'une manducation figurative, il les fortifie dans leur première pensée, en confirmant encore ses paroles par un double serment solennel et sacré. «En vérité, en vérité je vous le dis: Si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme et ne buvez son sang, vous n'aurez point la vie en vous. Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier des jours; car ma chair est véritablement nourriture, et mon sang est véritablement un breuvage. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui.