‹ Le ciel sur la terreChapitre 40 sur 120 · DE LA COMMUNION SPIRITOELLE · texte numérisé non relu

DE LA COMMUNION SPIRITOELLE

« Les jours où vous entendez la messe sans communier, l'aites-le spirituellement; rien ne vous en empêche, et vous en retirerez le plus grand fruit. Aussitôt après, recueillez-vous au dedans de vousmêmes avec le divin Maître, de la même manière que si vous l'aviez réellement reçu. Son amour s'imprime ainsi merveilleusement dans nos âmes. Chaque fois que nous nous disposons à le recevoir, il nousdonne quelque grâce, et se communique à nous en diverses manières qui nous sont incompréhensibles. Il agit à lamanièredu ftu. Vous êtes en hiver dans un appartement où il y a un grand feu ; si vous vous en tenez éloignées, vous ne vous chaufferez guère; seulement vous aurez moins froid que s'il n'y avait point de feu ; mais approchez, ce sera autre chose, vous sentirez toute sa bienfaisante action. H en est absolument de môme de notre âme : si elle se dispose, c'est-à-dire si elle souhaite perdre son froid, et si par le désir elle s'approche de Jésus-Christ , qui est son véritable feu, il lui sufiira de quelques moments passés auprès

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de lui pour être pénétrée d'une divine chaleur qui lui durera plusieurs heures.

« Si dans le principe vous ne vous trouvez pas bien de celle praliciue, sachez que le démon en peut être cause : voyant quel dommage il en reçoit, pour vous en détourner il vous fera éprouver je ne sais quel trouble et quelle angoisse de cœur, et il cherchera à vous persuader que vous trouverez plus de dévotion en d'autres exercices de piété. 31algré ses insinuations, tenez ferme, n'abandonnez pas une si salutaire pratique, et prouvez ainsi à >'otre-Seigneur que vous l'aimez véritablement. » (OEuvres de sainte Térèse, Cliemin de la Perfection, page 259, chapitre XXXVI.)

« De temps en temps je me sens saisie d'un si ardent désir de communier, que nulles paroles ne sont capables de l'exprimer. Cela m'arriva un malin où la pluie, tombant par torrents, semblait m'interdire de faire un pas hors de la maison. Je sortis néanmoins, et je me trouvai bientôt tellement hors de moi par la véhémence de ce désir, que, quand on aurait dressé des lances contre ma poitrine, j'aurais passé outre. Qu'on juge si la pluie pouvait m'arrèter.

« j'assistai à la messe et je communiai ; mais je ne saurais dire comment je fus durant tout ce temps : car il me parut très-court. Je ne pouvais, me repliant sur moi-même, me lasser d'admirer ce feu divin qui du brasier du céleste amour tombe dans l'âme. 11 est tellement surnaturel, qu'avec tous mes

désirs et mes erfoits je ne saurais ol)tenir une seule élincelle, si le divin iMaitre ne me l'accorde en pur don. Sa puissante ardeur, consumant le vieil homme avec toutes ses imperfections, ses langueurs et ses misères, le fait en quelque sorte renaître de ses cendres, comme je l'ai lu du phénix: l'àme ne paraît plus la même, tant elle a changé de désirs et acquis de vigueur ; aussi elle commence à marcher dans le chemin du ciel avec une pureté toute nouvelle. Gomme je souhaitais ardemment de me voir ainsi transformée, je suppliai le divin Maître de m'embraser de celle nouvelle lerveur pour commencer à le servir ; il me répondit : « La comparaison que tu viens d'employer est Irès-jusle; prends bien garde de l'oublier, afin qu'elle t'excite à faire sans cesse de nouveaux efiorls pour devenir plus parfaite. » {Vie de sainte Térèse, tome l^^chap. xxxix, p. 597, 598.. i Lorsque sainle Térèse , étendue sur son lit de mort, vit entrer le saint Sacrement dans sa cellule, elle recueillit le peu de forces qui lui restaient, se leva sur son séant, et serait même descendue de son lit pour le recevoir si on ne l'en eût empêchée. Son visage parut enflammé et d'une beauté admirable. Elle dit beaucoup de choses de dévotion au Dieu de bonté qui venait se donner à elle; on remarqua enlrj autres celles-ci : « 0 mon Seigneur et mon Lpoux, le moment après lequel je soupirais avec tant d'ardeur est enlin arrivé; il est juste que je jouisse de voire présence; il est temps, ô mon Dieu, que je sorte

de celte vie : que votre bon plaisir, je vous prie, s'accomplisse. » Elle remercia aussi Dieu de l'avoir l'iiit naître catholique. Enfin, a Seigneur, répétait-elle souvent, je suis fille de l'Eglise. »3 Elle demanda ensuiîe à Dieu de lui pardonner ses péchés, ajoutant qu'elle espérait être sauvée par les mérites de Jésus-Christ. » (Vie de sainte Terèse, t. II, p. 531, trad. par le R. P. Bouix, de la Compagnie de Jésus.)

SAINTE nAaiE-MADELEINE DE PAZZI

Sainte Marie-Madeleine de Pa/zi naquit à Florence, d'une des plus illustres familles de celte ville, l'an de grâce 150(3. Dès sa plus tendre enfance, elle ressentit un désir si ardent de plaire à Dieu et de l'aimer uniquement, que dès lors elle avait à grand dégoût tout ce que le monde aime et recherche. Prier, c'était pour elle joie et bonheur suprême. Mais ce qui était plus étonnant encore dans cette jeune enfant, c'était cette faim et celte soif qui dévoraient son cœur pour recevoir la sainte Eucharistie, ('omme cette grâce ne pouvait lui être accordée à cause de son jeune âge (elle n'avait point encore neuf ans), elle en versait des larmes de regret, et, le jour où sa mère communiait, elle s'approchait d'elle, se pressait contre sa poitrine, et ne la laissait point de tout le jour, afin de flairer la très-douce odeur de ce pain des anges.

Ce désir embrasait son cœur d'une si vive flamme, que son confesseur crut devoir lui permettre de com-

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munier à l'âge de dix ans ; • depuis cette permission elle communiait souvent, passant la journée dans des sentiments si grands de piété, qu'elle ne faisait que verser des larmes d'attendrissement et d'amour, et comme cette divine nourriture est le germe sacré qui produit les vierges, à l'âge de douze ans elle fut embrasée d'un si grand amour de Jésus-Christ, qu'elle lui voua sa virginité, et lui promit de n'avoir jamais d'autre époux que lui.

A l'âge de quinze ans elle entra chez les Carmélites, pour y servir le Seigneur dans la religion de ^'otre- Dame-du-Mont-Carmel. Toute sa vie elle excita l'admiratiou de ses compagnes par sa ferveur, son obéissance, son amour des souffrances. Impossible de dire quelle était l'ardeur de son zèle pour la gloire de Dieu, pour la conversion des pécheurs, pour la délivrance des âmcsdu Purgatoire. Un véritable incendie d'amour pour Jésus-Christ résidant dans le très-saint Sacrement de l'autel dévorait son cœur, (^e fut le vendredi '20 mai 1600 qu'elle rendit sa belle âme à Dieu, à l'âge de quarante et un ans. Urbain VII la béatifia en 1620, et Alexandre VII la canonisa en

SENTIMENTS DE SAINTE MARIE-JIADELEINE DE PAZZI SCR l'iSSTITCTIOX DU TISÈS-SAINT SACREMENT DE l'aUTEL.

« Il me faudrait en ce moment, ô mon Dieu, la pureté de saint Jean, pour contempler la grandeur des trésors que vous avez renfermés dans le très-

SUR L'EUCHARISTIE. Ui

saint Sacrement de votre corps et de votre sang, et le nombre in(ini de pensées ou de desseins qui vous ont porté à l'instituer. S'il contient tant de trésors, tant de grandeurs, tant de démonstrations d'amour, que vous avez eu besoin de dire : « Que celui qui peut « le comprendre le comprenne, » quelle haute économie, que de merveilles doivent avoir présidé à cette institution ! puisque vous seul vous l'avez fait, et que nul autre que l'amour n'y est intervenu, cet immense amour qui vous a porté à vous laisser tout entier, et à demeurer avec nous jusqu'à la consommation des siècles. Et quel plus grand amour peut-on avoir que celui qui vous fiiisait dire : Toutes les fois que vous ferez ceci, vous le ferez en rhonneur de ma passion. Je trouve ce bienfait si grand , que je ne crois pas vous devoir moins pour m' avoir donné votre corps et tout vous-même que pour m'avoir créé ; car, si vous m'aviez créé et que vous ne vous fussiez point donné à moi, que serais-je? 0 le bien-aimé de mon cœur, qui m'expliquera combien grandes sont vos divines largesses, lorsqu'après avoir bien voulu vous communiquer à nous pendant trente-trois ans que vous êtes resté sur la terre, vous avez encore voulu laisser votre corps et votre sang à Tàme, afin de pouvoir être continuellement avec elle, et par là vous l'avez en quelque sorte déifiée, transformée ; et vous ne cessez jamais de vous communiquer à elle, et vous la tenez toujours unie à vous.

« Oh ! quel délicieux et amoureux colloque fait

Ui SENTIMENTS DES SAINTS

avec vous cette âme, lorsqu'elle demeure ainsi appuyée Sur votre poitrine et vous sur la sienne! Ah! c'est alors le rassasiement de l'amour! Et comment ne serait-elle pas embrasée par les flammes les plus ardentes de votre charité, cette âme, puisqu'elle a au dedans d'elle-même une montagne de feu, un volcan d'amour, comme elle l'a lorsque vous entrez dans son sein de cette manière si amoureuse et si merveilleuse! Certes, si l'Apôtre disait que les souffrances de cette vie ne sont pas une peine en rapport avec le poids immense delà gloire future; ah! moi, je puis bien dire que les peines de cette vie ne sont pas en rapport avec le bonheur que procure la participation de votre corps dans la divine Eucharistie ; car, si toutes les souffrances de ce monde se réunissaient, et qu'il fallût les subir et dans le temps et pendant toute l'éternité, elles me paraîtraient douces et faciles, si à ce prix ilfallaitacheter le bonheur de vous recevoir une seule fois dans l'auguste sacrement de l'autel.

« Aussi, ô mon bon Verbe amoureux et crucifié dans ce sacrement, je dis que, si j'avais à entrer, comme Daniel, dans la fosse aux lions, et qu'au milieu d'elle fût votre corps et votre sang, j'y entrerais moi-même, oui certainement, j'irais sans rien craindre.

« Mais que dis-je? que faisje? et pourquoi me préparer et chercher des idées, lorsque je ne veux parler autrement que par l'amour, puisque celui qui vous reçoit participe en quelque sorte à votre capacité et à vos communications divines?

« 0 amour sans mesure! quels trésors pourrait nous donner de plus le Père éternel, le Dieu richissime, après nous avoir donné son divin Fils, son Fils unique, qui repose au dedans de nous, et dont il disait : C'est ici mon Fils bien-aime\ l'objet de mes complaisances éternelles! L'àme peut à peine soutenir la vue d'un tel prodige, et, accablée sous le poids de tant de bienfaits, quand elle a reçu son Dieu, elle est forcée, si elle l'aime, de s'écrier avec un grand saint . « C'est assez, c'est assez, Seigneur, pns davantage! » Dans un cœur si étroit, nous ne pouvons en contenir davantage.

BOSHEUR DE l'aME APRÈS LA SAIME COMSiLMOX.

« Lorsque l'âme a reçu le pain de vie dans le trèssaint Sacrement de l'autel, alors qu'elle est unie d'une manière si intime avec Jésus-Christ, oh ! que c'est avec juste raison qu'elle s'écrie : Tout est consommé! Dans cette céleste nourriture, tout est rassemblé, là tous les désirs sont satisfaits et accomplis en Dieu. Pourrait-elle demander autre chose, cette âme qui porte dans son sein l'auteur de- toutes choses ? Si elle désire la charité, en elle repose le Dieu de la charité. La foi, l'espérance, l'humilité, toutes les vertus des anges, sont-elles l'objet de ses soupirs; eh bien, après avoir mangé ce pain des anges, elle possède en elle Jésus-Christ qui fait croître et lleurir toutes ces vertus. Que peut-elle vouloir de plus? elle possède avec le Dieu admirable toutes les

Tcrlus, tous les dons célestes, toutes les grâces, tous les trésors des cieux. Car c'est en vérité celui-là même qui est assis à la droite de son Père dans le ciel, et duquel il est dit: « En lui sont renfermés tous les tré- « sors de la sagesse et de la science de Dieu. » Oh ! quel grand bonheur pour l'âme que d'avoir en soi et de posséder réellement le vrai Dieu ! oh ! c'est alors qu'elle peut s'écrier avec raison : « Tout est consommé ! »

« Vous avez visité la terre, s'écrie le prophète, et vous l'avez enivrée. Oh ! que cela est vrai qu'elle a été visitée de Dieu du haut du Calvaire par la grande effusion du sang du Rédempleur ; et ce n'est pas étonnant qu'elle ait été enivrée par la puissance de ce sang, quoiqu'elle lût bien insensible, car aucune langue ne peut suffire à rendre grâces pour un tel bienfait. Elle fut visitée et enivrée, la terre du Calvaire, par le sang de Jésus-Christ : oui, oui, mais la terre de notre cœur, bien plus que celle du Calvaire, a été enivrée d'amour divin par l'effusion du sang précieux. Et, comme ceux qui ont bu du vin en trop grande quantité, dominés par son énergie, sont ivres et poussent fréquemment des paroles ardentes ; de même l'âme, enivrée de ce sang généreux, sent mouler à sa bouche les louanges divines et les actions de grâces qu'elle adr^^sse à son Créateur ; et si grande est la véhémence de l'amour qui règne dans son cœur, que sa langue prononce sans cesse des paroles saintes et édifiantes: Erucîavit cormeumve'bum bomim. Oli !

qu'il est doux, cet enivrement ! Oh! quelle agréable ivresse que celle qu'opère le sang de mon Jésus ! Oh ! que n'en suis-je toujours ivre, carje sentirais brûler sans cesse dans mon cœur cet ardent incendie d'amour divin ; et, me mettant peu en peine de paraître folle et extravagante par amour, je m'écrierais : 0 amour ! <) sang ! ô sang ! ô amour!

« 0 amour de mon Dieu ! ù amour ! faut-il que l'amour ne soit pas aimé ni même connu de ses propres créatures ! 0 mon Jésus 1 que n'ai-je une voix assez forte pour me faire entendre jusqu'aux extrémités du monde ! Je publierais partout que cet amour doit être connu, aimé, estimé comme le seul vrai bien. 0 amour, amour! si vous ne savez où loger, venez à moi, et je vous donnerai une demeure.» (Trad. par l'abbé Grimes.)

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