‹ Le ciel sur la terreChapitre 44 sur 120 · ÉVÈQUE ET ITIINCE DE GENÈVE · texte numérisé non relu

ÉVÈQUE ET ITIINCE DE GENÈVE

Saint François de Sales vint au monde dans le château de Sales, près d'Annecy, le 21 août 1567. Son père et sa mère, le comte de Sales et Françoise de Sionas, n'étaient pas moins illustres par leur attachement à la foi que par la noblesse de leurs ancêtres. Élevé par sa sainte mère, François de Sales répondit d'une manière admirable à sa maternelle sollicitude. A peine commençait-il à avoir un peu de raison, qu'il montrait une joie toute grande à assister aux offices de la sainte Eglise. Jamais il n'y parut ennuyé ou chagrin; souvent même, de lui-même, il joignait ses petites mains, puis il

inclinait son corps comme pour adorer, puis il tenait ses yeux fixés sur l'autel ou sur le prêtre qui officiail. On eût dit qu'il comprenait quelque chose à ce qu'il voyait, et toutes ses petites manières inspiraient la piété. Les premières paroles qui , de son propre mouvement, tombèrent de ses lèvres, furent cuiles-ci : « Le bon Dieu et maman m'aiment bien. »

A l'âge de six ans, il fut placé au collège de la Roche. Il y apprit losprincipes delalangue latine, et dans peu de temps il fit un notable progrès. Il avait un bel esprit, dit monsieur la Rivière, un bon jugement et une heureuse mémoire; aussi comprenait-il facilement et retenait fidèlement tout ce que son précepteur lui enseignait. Il était si bien réglé dans ses manières, que ceux qui le voyaient passer, en étaient dans le ravissement, et ne pouvaient se tenir de dire les uns aux autres : « Voyez-vous cet enfant? mon Dieu' qu'il est beau! mon Dieu qu'il est aimable! Si Dieu lui fait la grâce de vivre, sans doute il sera un grand personnage. »

A onze ans, le jeune François, qui annonçait une magnifique intelligence, fut envoyé à Paris, où il termina ses éludes, avec un grand succès, au collège des Jésuites.

En 1584, M. de Sales, son père, qui destinait son fils à la magistrature, l'envoya à Padoue, pour y étudier la science du droit. Mais les pensées de Dieu sur notre jeune saint étaient bien différentes des pensées

(les hommes. Dieu l'appelait au sacerdoce, el François fut inébranlable clans sa nsolution.

Tout L' monde sait ks merveilles qu'il opéra, une fois revêtu du sacerdoce, dans les missions du Chablais, dans les bailliages de Gex, de Terni, de Gaillard, et à Tonon surtout. 11 eut le bonheur insigne de ramener dans le sein de l'Eglise plus de soixantedix mille protestants, bien plus par sa douceur enchanteresse que par la force de ses savantes controverses. Voilà les œuvres de son sacerdoce.

Elevé à l'épiscopat, Rome, Paris, la France et l'Italie rivalisèrent d'admiration et d'enthousiasme pour lillustre et saint évêque de Genève ; le pieux duc de Savoie, Clément VIII, Henri IV, Charles-Emmanuel, l'entourèrent de leurs hommages, se glorifièrent de son amitié, l'auraient même comblé de bienfaits, si la délicatesse de ses refus n'eût toujours triomphé de leur royale munificence.

Inutile de parler de ses ouvrages, dont la lecture réconcilie avec la dévotion les hommes les plus étrangers à tout sentiment religieux, leur inspire le goût des exercices de piété, et les ramène au véritable bonheur en leur apprenant à diriger leurs cœurs vers les grands intérêts de la vie future.

Mais l'œuvre par excellence de son épiscopat, celle qui depuis deux siècles répand sur le monde catholique le doux parfum de ses vertus, c'est l'Institut des filles de la Visitation de Sainte-3Iarie. « Institution à jamais bénie de Dieu et des hommes, qui, par

les maximes les plus douces, disait l'éloquent cvêque dePignerol, apprend à fiiire naître des actions ordinaires de la vie le mérite de la plus sublime perfection. »

Ce fut le jour de la fête des Saints Innocents,-» le ^8 octobre 1622, que s'éteignit, pour se relever radieuse et éternelle dans le ciel, la plus brillante lumière de l'Eglise de Jésus-Christ à cette époque. Saint François de Sales était âgé de cinquante-cinq ans; il avait occupé le siège épiscopal de Genève pendant vingt ans.

SESTUIEXTS DE SAINT FRANÇOIS DE SALES PAB KAPPORT A LA S.U.STE COMMD.NION.

Saint François de Sales, quand il faisait ses études, se confessait et communiait, tous les huit jours, et, quand on lui demandait pourquoi il communiait si souvent : « C'est, répondait-il, par la même raison qui me fait parler souvent à mon régent et à mon précepteur; ^'olre-Seigneur est mon Maître dans la science des saints : je vais souvent à lui, afin qu'il me l'apprenne ; car je me soucierais fort peu d'être savant, si je ne devenais un saint. » Chaque communion, en effet, le forliliait et le ranimait dans la pratique du bien : c'était là le foyer où son cœur s'échauffait, la source où son âme puisait la vie, l'aliment qui le soutenait dans les tentations et les épreuves. Aussi exhortait-il avec des paroles toutes de feu ses condisciples à s'en approcher souvent. Un jour, un

pieux jeune homme de ia Roche, en Savoie, étant venu le visiter dans sa pension, il l'invita à déjeuner lo lendemain avec lui. Le jeune homme accepte l'invitation, et arrive à l'heure indiquée : « Won ami, lui dit François, qui connaissait sa piété, je vais me confesser et communier à l'église des Jésuites ; veuillez être de la partie. » Le jeune homme, surpris de celte proposition inattendue, hésite, réfléchit : « Ehhien! oui, » répondit-il; et tous deux allèrent se confesser et communier. Quand ils eurent satisfait leur piété: « Voilà, lui dit saint François au sortir de l'église, le grand festin auquel je vous invitais hier sans vous le désigner; allons maintenant nourrir notre corps. » Et non-seulement il le fit déjeuner, mais il le garda toute la journée, le charmant par la grâce de sa conversation, lui procurant tous les agréments qui étaient en son pouvoir. Le jeune homme se retira heureux d'une journée si remplie de plaisirs si purs.

« Quelles pratiques particulières peut-on employer pour la sainte communion?

« Commencez le soir précédent à vous préparer à la sainte communion, par plusieurs aspirations et élancements d'amour, vous retirant un peu de meilleure heure, afin de pouvoir vous lever plus matin.

« Si la nuit vous vous éveillez, remplissez soudain votre cœur et votre bouche de quelques paroles odorantes, par le moyen desquelles votre âme sera parfumée pour recevoir l'Kpoux, lequel, veillant pendant

que vous dormez, se prépare à vous apporter mille grâces et faveurs, si de votre part vous êtes disposé à le recevoir,

« Le matin, levez-vous avec grande joie, pour le bonheur que vous espérez ; puis allez avec une égale confiance et humilité prendre cette chaste nourriture qui vous fera croître pour l'immortalité.

« Après avoir dit ces divines paroles : « Seigneur, je « ne suis pas digne de vous recevoir dans ma maison ; « mais dites une parole, et mon âme sera guérie, » ne remuez plus votre tête ni vos lèvres, soit pour prier, soit pour soupirer ; mais, ouvrant doucement et modestement votre bouche, et élevant votre tête autant qu'il faut pour donner facilité au prêtre de voir ce qu'il fait, recevez, plein de foi, d'espérance et de charité, Celui qui, à qui,xpar qui et pourquoi vous croyez, espérez et aimez.

« Considérez le prêtre comme une abeille mystique, qui, ayant pris sur l'autel le Sauveur du monde, vrai Fils de Dieu, descendu du ciel comme une rosée, vrai Fils de la Vierge Blarie, sorti comme une fleur de la terre de notre humanité, lequel se met en viande de suavité dans notre bouche et dans nos corps.

« Après l'avoir reçu, excitez votre âme à venir faire hommage à ce Roi de salut; traitez avec lui de vos affaires intérieures. Considérez-le devant vous et en vous, où il s'est mis pour votre bonheur, faites-lui tout l'accueil (ju'il vous sera possible, et comportezvous tout le long du jour de telle sorte que l'on con-

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naisse, en toutes vos actions, que Dieu est avec vous.

« Quand vous ne pouvez avoir le bonheur de communier réellement à la sainte messe, communiez au moins de cœur et d'esprit, vous unissant par des désirs ardents à la chair vivifiante du Sauveur.

« Votre grande intention dans la communion doit être de vous avancer, fortifier et consoler en l'amour de Dieu : vous devez recevoir pour l'amour ce que le seul amour vous fait doimer.

« Le Sauveur ne peut être considéré en une action plus amoureuse ni plus tendre que celle de la communion en laquelle il s'anéantit, pour ainsi dire, se réduisant en nourriture^ afin de pénétrer nos âmes et s'unir intimement au cœur et au corps des fidèles.

« Communiez souvent, et le plus souvent que vous pourrez, avec l'avis de votre Père spirituel, et croyez qu'à force d'adorer et de manger la beauté, la bonté et la pureté même en ce divin sacrement, vous deviendrez toute belle, toute bonne et toute pure. » iOpusailes, page 356. Introd. IP partie, ch. xxi.)

EÈGLE DE CONDUITE PAU RilTORT A LA SAINTE COMMUXIOS

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