‹ Le ciel sur la terreChapitre 46 sur 120 · SAINTE CHANTAL · texte numérisé non relu

SAINTE CHANTAL

Sainte Chantai naquit à Dijon, le 2ô janvier 1572, <le Bénigne Frémiot, président au parlement de Bourgogne, et de Marguerite de Berbisy. Au jour de son baptême, elle reçut le nom de Jeanne. Elle n'avait encore que cinq ans lors(iu'un seigneur, attaché à la secte de Calvin, ayant attaqué devant elle le dogme de la présence réelle de Jésus-Christ dans l'Eucharistie, elle lui adressa la parole avec vivacité et fit respecter, elle toute petite enfant, les droits de la foi catholique. « Vous ne croyez pas, lui dit-elle, que Jésus-Christ soit dans l'Eucharistie? Cependant il a dit qu'il y était; vous croyez donc qu'il est un menteur? Si vous aviez donné un démenti au roi, mon père, en sa qualité de président au parlement de Bourgogne, vous ferait mourir. Que devez-vous attendre de Dieu, vous qui donnez un démenti à .son* Fils? » Le calviniste, déconcerté, voulut éviter le combat en offrant à sa jeune antagoniste quelques «etits présents. Animée d'un saint zèle, Jeanne les prend, et, les jetant au feu : « Voilà, dit-elle, comme les hérétiques brûleront dans l'enfer, parce qu'ils ne croient pas ce que >'otre-Seigneur a dit. »

A Tàge de vingt ans, elle fut mariée au baron de Chantai. Devenue veuve à vingt-huit ans par suite d'un accident qui lui enleva son mari, blessé à mort par un faux coup de feu à la chasse, elle renonça bientôt à la vie du monde, se mit sous la direction de

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saint François de Sales, qui la choisit pour fondatrice et première supérieure de l'ordre de la Visitation Sainte-3Iarie.

Après avoir vu cet ordre angélique répandu dans plusieurs de nos plus grandes cités de la France, elle rendit son dernier soupir à Moulins, le 15 décembre

Ses vertus, confirmées par les miracles les plus éclatants, lui ont mérité l'insigne honneur d'être placée parmi les saintes qu'honore l'Eglise.

ZÈLE DE LA MÈBE JEANNE-FBASÇOISE FRÉMIOT, FONDATRICE DE LORDRE DE I.A TISITATIOX POUR LA DÉCORATION DES SAINTS AUTELS.

« Son zèle s'étendaitencore à l'ornement des autels, s'employant d'ordinaire à fiiire des ouvrages pour ce sujet, dont elle a laissé quantité de marques, n'ayant pas seulement soin de ses monastères, mais encore des paroisses et des villages qu'elle savait en nécessité, pour lesquels elle faisait faire des corporaux et des custodes, tant elle aimait la beauté de la maison de Dieu.

« Si son respect était si grand pour la maison de Dieu, beaucoup plus pour celui qui l'habitait : elle avait tant d'amour et de révérence pour le saint Sacrement, qu'elle ne se lassait jamais de procurer des luminaires, ornements, bouquets et autres parures pour l'honorer de tout son pouvoir, gardant les fleurs qu'on en retirait avec grande dévotion : et dit un jour à une de ses sœurs qui lui demanda sa pensée

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sur ce sujet: «Ma lille, la couleur et l'odeur sont la vie « de ces fleurs, je les mets devant le saint Sacrement « où peu à peu elles flétrissent, se passent et meurent. a. Ainsi je désire que ma vie qui se va passer se (i- « nisse devant Dieu, honorant les mystères de la très- « sainte Église. » Puis, cette même sœur étant travaillée de quelques peines, elle lui donna un de ces bouquets, lui disant : « Mettez cela sur votre cœur, « en révérence du saint Sacrement, j'ai quelquefois « été guérie par ce remède. » Elle avait grande dévotion aux Litanies faites en l'honneur de cet ineffable mystère, surtout à ces deux versets : Manna absconditum, mysterium fidei. les répétant souvent avec beaucoup de feiveur : « Bon SauveUr, elles appren- « nent à vouloir vivre cachées, comme il est caché ; « donnez-leur l'intelligence, qu'ayant demandé d'être « reçues, elles ont demandé d'habiter dans la maison « du Seigneur; faites-leur peser cette grâce au poids « du sanctuaire, leur donnant beaucoup de chaleur de « ce côté. »

AUOUR DE SAINTE CHANTAL l'OUR JÉSUS-CIIBIST PRÉSENT SCU NOS AUTELS, DE SON AFFEtTIOX POUP. LE SAINT SACRIFICE DE LA UESSE.

Si ce Dieu caché était exposé à la vue des fidèles, elle se tenait à genoux en sa divine présence, autant que ses occupations le lui pouvaient permettre, car elle ne s'y lassait jamais, prenant tout son plaisir en cette vie d'être auprès de ce divin Sauveur, en l'honneur duquel elle portait toujours en écrit une action

de grâces à Dieu, de l'avoir admise à la participation journalière de ce pain de vie, dont la familiarité ne lui engendrait jamais le mépris, ni la moindre négligence; au contraire, sa dévotion et son amour, croissant tous les jours, on eût pu dire qu'elle ne s'y unissait plus, mais qu'elle y était continuellement unie : elle avait une affection singulière pour assister à la sainte messe, n'y manquant jamais, quelques affaires qu'elle eût, et les jours de fêtes en entendait toujours deux à genoux. Ayant appris qu'un de ses monastères était en telle pauvreté, que les sœurs ne Tenlendaient que les fêtes, elle leur envoya soudain de quoi payer un prêtre pour un an, avec prières que, si leur nécessité continuait, elles l'en avertissent, afin qu'elle leur fil encore la môme assistance, protestant que jamais nécessité d'aucune maison ne l'avait tant touchée, et qu'elle sentait une douleur extrême de savoir des filles delà Visitation privées d'assister tous les jours à ce saint sacrifice de vie et d'amour.

Ecrivant à une de ses religieuses qui allait faire une " fondation, elle lui mandait : « Je vous supplie, ma « très-chère fille, que la première que vous fassiez « soit de mettre ordre à votre chapelle, afin que vous « ayez tous les jours la messe ; et si vous ne la pou- « viez avoir chez vous, allez l'entendre avec modestie « à l'éghse plus proche. Car c'est un grand soutien à « l'âme pour tout le reste de la journée, d'avoir été le « matin si près de son Sauveur, réellement présent à « ce divin sacrifice. » Elle honorait beaucoup les prê-

très, se recommandant avec un grand respecta leurs prières, disant un jour que la promesse qu'un d'eux, lui avait faite de se souvenir d'elle tous les jours à la messe, lui était plus chère que si tous les rois de la terre lui eussent promis de la couronner et de la faire souveraine du monde.

Une personne lui communiquant son intention d& se faire servant d'église, elle répondit : « Voilà le plus grand et le plus digne dessein que vous puissiez^ jamais avoir, mais accompagnez-le de fortes résolutions de ne pas vivre en homme, si vous voulez faire un office plus relevé que celui des anges : on ne peut sans grand danger de son salut, servir le monde et l'autel. » Elle n'approuvait pas aussi qu'on multipliât beaucoup les communions dans les communautés, à cause des différentes dispositions, exhortant bien ses filles d'en bien profiler : « car, disaitelle, c'est une grande confusion à l'âme de recevoir Dieu si souvent, et ne pas vivre conformément à la divine viande dont elle se nourrit. »

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