‹ Le ciel sur la terreChapitre 47 sur 120 · FRANÇOIS DE SALES ET DE COMMUNIER DE SA BONNE MAIX · texte numérisé non relu

FRANÇOIS DE SALES ET DE COMMUNIER DE SA BONNE MAIX

A GENÈVE, LORSQUE LE BIENUEUBEUX ï ALLA POUR CONFÉRER i

AVEC l'hérésiarque BÈZE.

Ce grand apôtre, que d'un côté la justice de Dieu ^ conduisait dans Genève pour la conviction et con- \

damnation d'un impie, et que de l'autre côté sa bonté y envoyait pour la consolation de sa fidèle servante, vint descendre au logis où notre sœur Anne-Jacqueline servait. Elle le connut d'abord, et la joie de son cœur fut d'autant plus grande que ce jour-là était la troisième fête de Pâques, jour solennel dans l'Eglise, et qu'elle a compte depuis pour le plus beureux de sa vie.

L'homme de Dieu était accompagné de M. Antoine Favre, alors sénateur, et depuis premier président du souverain sénat de Savoie, célèbre par ses admirables écrits, et du sieur Georges Rolland. Ayant demandé une chambre pour se reposer, suivant la coutume du pays, la bonne Jacqueline prit cette occasion, et, feignant d'aller seulement lui rendre les services ordinaires que l'on rend dans les hôtelleries, elle lui dit avec un profond soupir : « Hélas ! monsieur, il y a longtemps que je demande la grâce à IN'otre-Seigneur de pouvoir vous parler ; dès ce moment que j'eus le bien de vous voir disputer contre le ministre et le convaincre dans la place du Moulard, Dieu me dit incessamment, dans le profond démon cœur, que c'est de votre charité que je dois apprendre le chemin qu'il veut que je suive pour le servir et pour me sauver. Soyez le bienvenu, monsieur, et faites-moi la grâce de me dire ce que je dois faire pour bien servir Dieu et pour faire sa sainte volonté. » Elle ajouta : « >'e craignez point, monsieur, je suis catholique par la grâce de Dieu ; toute ma vie je l'ai été et je veux

Tètreencore jusqu'à ma mort. » Notre vénérable fondateur, qui avait reçu le don du discernement des esprits, n'eut point de peine à connaître la siricérité de cette bonne âme. Il remercia Notre-Seigneur, qui lui faisait rencontrer une fille de Jérusalem dans le propre sein de Babylone ; il s'informa de l'état de sa conduite, et voulut savoir par quelle disposition de la divine Providence elle se trouvait engagée dans Genève. Elle lui raconta fidèlement sa vie, ensuite de quoi elle le pria de lui faire la grâce de l'ouïr en confession, en laquelle elle ouvrit son âme toute nue, suppliant ce sage directeur de lui dire la méthode qu'elle devait suivre pour servir fidèlement Notre- Seigneur. Le serviteur de Dieu admira la candeur, l'innocence et la simplicité de celte humble pénitente qui paraissait dans Genève comme un beau lis dans les épines ; il confinna son bon cœur dans le dessein de mourir plutôt mille fois que de renoncer à la foi ; et, lui ayant donné l'absolution sacramentelle, il lui demanda si elle ne désirait pas recevoir la sainte communion. A quoi elle répondit : « Hélas ! monsieur, ce serait bien ma consolation tout entière; mais comment puis-je espérer ce bonheur, puisqu'il ne vous est pas permis de dire la messe dans Genève'? » La bonne fille s'imaginait qu'il fallait nécessairement entendre la messe pour être en disposition de participer à ces divins mystères, et ne savait pas que notre vénérable fondateur portait le saint Sacrement dans une boîte d'argent pendue à son cou, pour

communier les malades durant les deux première» années de sa mission dans le Cliablais. Il fil entendre à cette fidèle servante qu'elle pourrait recevoir la sainte communion. Ayant tiré la petite boîte en laquelle était renfermé son trésor, il lui montra le très-saint Sacrement, qu'elle adora et qu'elle reçut a^ec une consolation indicible de son âme.

Deux circonstances doivent finir celte narratioji. La première, que ceux qui accompagnaient notre vénérable fondateur, étant alors par la ville, lui se trouvait seul avec Jacqueline, ainsi que >'otre-Seigneur qui discourut très-longtemps des choses du ciel avec la Samaritaine, pendant que ses apôtres étaient dans la ville. Celle bonne fille se persuadant qu'il ne pouvait lui donner la communion si quelque clerc ne l'assistait, lui dit simplement : « Eh! monsieur, vous n'avez point ici de clerc , comment pourrez-vous faire? » Saint François de Sales lui dit avec un doux et affable sourire : « 31a fille, n'en soyez pas en peine; mon bon ange, qui est ici entre vous et moi, et le vôtre pareillement, qui est présent à voire côté, nous serviront de clercs; aussi bien est-ce l'office des anges d'assister autour de la sainte table. »

La seconde circonstance, c'est que le serviteur de Dieu rompit une particule de l'hostie pour la communier, lui ayant expUqué comme quoi le corps de Notre-Seigneur est tout entier également sous la moindre particule que dans l'hostie tout entière. Elle remarqua qu'il portait encore cinq hosties con-

ITl StNTIME^sTS DES SAINTS

sacrées, et il lui dit : « Ma fille, je suis obligé de vous donner seulement cette particule, sous laquelle vous ne recevrez rien moins que sous le tout, puisque votre Créateur et Rédempteur y est contenu réellement avec tous ses trésors et tous les mérites de sa sainle passion, et je réserve les autres hosties, parce que cinq bons catholiques, qui sont commevousbien fidèles à iVolre-Seigneur Jésus-Christ dans Genève, attendent que je leur donne la sainte communion, ce que je forai avec l'aide de Dieu. »

En vérilé, si le disciple bicn-aimé, reposant sur la poitrine de son divin maître, la nuit de la Cène, y apprit tous les secrets et tous les martyres de l'amour céleste, qui pourrait exprimer les suavités amoureuses et la pureté des lumières que notre Sauveur, reposant dans ce sacrement de l'amour, qui est aussi le mystère de la foi,' l'appui de nos espérances et le gage de la gloire, répandait dans le cœur bienaimé de ce nouvel évangéliste, dont la très-virginale poitrine lui servait tout à la fois de temple, d'autel et de tabernacle.

COMME LA SŒOR JACQDELINE CONVERTIT A LA FOI CATHOLIQUE SA MAÎTr.ESSSE,

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