‹ Le ciel sur la terreChapitre 53 sur 120 · SAINT VINCENT DE PAUL · texte numérisé non relu

SAINT VINCENT DE PAUL

Vincent de Paul, ce héros de la charilé, qui devait ranimer au commencement du dix-septième siècle le zèle du clergé par ses conférences et ses retraites ecclésiastiques, évangéliser les villes et les campagnes par lui-même et par ses enfanls, faire porter le flambeau de la foi en Afrique et en Asie, le père des pauvres et des orphelins, le créateur de cet admirable institut des filles de la Charité, par qui tant de malades sont secourus et consolés, le fondateur des prêtres' de la mission, naquit en 157G, au village de Poy, dans le diocèse de Dax, en Gascogne. Il passa son enfance dans la petite ferme que faisaient valoir son père et ses frères, occupé à garder les troupeaux. Son père, ayant découvert en lui un esprit pénétrant et solide, joint aux plus belles qualités du cœur, l'envoya à l'âge de douze ans, dans la ville de Dax, étudier chez les Pères Cordehers. Ses talents, sa conduite exemplaire, le signalèrent bientôt à ses maîtres, qui le destinèrent à l'état ecclésiastique. Il fut or- «lonné prêtre en 1600. Peu de temps après, alors qu'il s'était embarqué pour aller recueillir un petit legs de quinze cents francs, il fut pris par des pirates, qui le vendirent à Tunis. Ayant converti son maître, (jui était apostat, il rentra en France avec lui. C'est alors qu'il fonda ces grandes œuvres qui ont immorlahsé sa mémoire. Il avait atteint sa quatre-vingt-

cinquième année lorsqu'il s'éteignit , comme une lampe qui n'a plus d'huile. Ce fut le 27 septembre, à Paris, dans la maison de Saint -Lazare, que sans fièvre, sans effort, il rendit à Dieu son âme. Il fut béatifié par Benoît Xlll le 21 août 1729, et canonisé par Clément XIII en 1 742.

LE LA DEVOTIOS DE SAINT VINCENT DE PACL EKVERS LE TBES-SAIHT SACnEMENT DE l'actEL.

Celte dévotion de saint Vincent de Paul se manifestait par le profond respect avec lequel il se tenait dans les églises où reposait ce sacrement très-adorable, et par la grande affection qu'il avait pour ces saints lieux que Jésus-Christ honore de sa présence.

« J'ai remarqué, dit un de ses contemporains, que lorsqu'il était en prière devant le saint Sacrement, on pouvait aisément reconnaître à son extérieur la véritable et sincère dévotion de son intérieur ; il se tenait toujours prosterné à deux genoux, avec une contenance si humble, qu'il semblait qu'il se fût volontiers abaissé jusqu'au centre de la terre pour témoigner davantage son respect envers la majesté de celui qu'il reconnaissait présent. El certes, en considérant celte modestie respectueuse qui paraissait sur son visage, on eût pu dire qu'il voyait de ses yeux Jésus-Christ : et la composition de son extérieur était si dévote et si religieuse, qu'elle était capable de réveiller la foi la plus endormie, et donner aux plus insensibles

des senliments de piété envers cet adorable mystère. » L'affection particulière qu'il avait pour les lieux honorés de cette divine présence était telle, que les jours auxquels il n'était pas si fort embarrassé d'affaires, ou obligé de sortir de la maison, on le voyait aller à l'église, où il demeurait devant le très-saint Sacrement tout le temps qu'il pouvait avoir de libre, et quelquefois plusieurs heures. Dans les affaires épineuses et difficiles, il recourait, comme Moïse, à ce sacré tabernacle pour y consulter l'oracle de la vérité. On l'a vu souvent, quand il recevait des lettres qu'il prévoyait contenir la nouvelle de quelques bons ou mauvais succès en chose importante, s'en aller derrière le grand autel de Saint-Lazare, et là, la tête nue, les genoux en terre, il ouvrait et lisait ses lettres en présence de Notre-Seigneur. Et un jour, comme on lui eut présenté une lettre dans la cour du Palais, à Paris, se doutant qu'elle lui annonçait une nouvelle fort importante pour la gloire dô Dieu, quoiqu'il fût incommodé de ses jambes, il ne laissa pas de monter l'escalier pour aller à la chapelle du Palais, où repose le saint Sacrement, et, l'ayant trouvé fermée, il se mit à genoux à la porte, et en cet état il lit la lecture de sa lettre.

Quand il sortait de la maison de Saint-Lazare, il allait premièrement se prosterner aux pieds des tabernacles pour demander à Notre-Seigneur Jésus-Christ sa bénédiction; et, aussitôt qu'il était de retour, il se rendait à la chapelle pour présenter ses hommages

à ce divin Maître, lui rendre compte de ses démarches, le remercier des grâces qu'il avait reçues, et s'humilier profondément des manquements dont il aurait pu se rendre coupable.

Dans ses voyages, il avait la coutume, quand il passait dans les villages, de s'arrêter, de descendre de cheval pour aller visiter et adorer Notre-Seigneur résidant dans les églises qu'il rencontrait sur sou passage; et si l'église était fermée, il se prosternait à la porte, et adorait Notre-Seigneur Jésus-Christ. Lorsqu'il arrivait dans un endroit où il devait s arrêter, soit pour dîner, soit pour y coucher, avant toute autre chose, il allait à l'église rendre ses hommages au très-saint Sacrement.

Dans ses grandes maladies, lorsqu'il ne pouvait ni marcher ni se soutenir pour célébrer la sainte Messe, il avait la dévotion de communier tous les jours ; dans ses communions journalières, il y apportait de si grandes dispositions et témoignait un tel respect et un si grand amour envers Celui qu'il adorait et recevait dans ce sacrement, qu'il semblait comme transporté et ravi hors de lui-môme. Parlant un jour à la Communauté des effets que ce divin sacrement opère en ceux qui le reçoivent avec les dispositions convenables, il dit : « Ne ressentez-vous pas, mes frères, ne ressentez-vous pas le feu de l'amour divin brûler dans vos poitrines quand vous avez reçu le corps adorable de Jésus-Christ dans la communion? » C'étaitde l'abondance de son cœur que sortaient ces paroles, qui fai-

SUR LEUC1!ARISTI3. 191

saienl connaître les délices ineflables qu'il goûtnit à la sainte table.

Il exhortait souvent les siens à la communion fréquente, et il n'approuvait pas qu'on s'éloignât de la table eucharistique sans grande raison. Une personne de giande piété qui prenait souvent ses conseils, s'étant abstenue de recevoir cet adorable sacrement, pour quoique peine ultérieure qui lui était survenue, il lui écrivit le même jour : « Vous avez un peu mal fait de vous être aujourd'hui retirée de la sainte communion pour la peine intérieure que vous avez ressentie. ?ye voyez-vous pas que c'est une tentation, et que vous donnez par ce moyen prise à l'ennemi de ce très-adorabie sacrement? Pensez-vous devenir plus capable et mieux disposée de vous unir à Notre- Seigneuren vous éloignant de lui? Oh! certes, si vous aviez cette pensée, vous vous tromperiez grandement, et ce serait une pure illusion. »

Une autre l'ois, parlant à sa communauté sur le même sujet, il leur dit « qu'ils devaient demander à Dieu qu'il lui plût de leur donner le désir de communier souvent ; qu'il y avait sujet de gémir devante- Dieu, et de s'altiister de ce qu'on voyait cette dévotion se refroidir parmi les chrétiens, et qu'en partie les opinions nouvelles en étaient la cause. » Sur quoi, s'entrelenanl avec le supérieur d'une sainte compagnie et avec un autre qui était grand directeur des âmes, et leur ayant demandé s'ils voyaient autant dem onde que par le passé se présenter à leurs confes-

ir,2 SENTIMENTS DES SAINTS

sionnaiix, et fréquenter la sainte communion, ils lui avaient répondu : <( Qu'il s'en fallait beaucoup, et que le nombre en était notablement diminué ; que l'eucharistie était pourtant le pain quotidien que Notre- Seigneur voulait qu'on lui demandât, et que c'était la })ratique des premiers chrétiens de communier tous les jours; mais que ces nouveaux vçnus en avaient détourné un grand nombre de personnes ; que ce n'était pas merveille si on les écoutait, parce que la nature y trouvait son compte, et que ceux qui suivaient ses inclinations embrassaient volontiers de nouvelles opinions qui semblaient les soulager, en les déchargeant du soin et de la peine qu'il y a de se mettre et de se maintenir dans les dispositions requises pour recevoir dignement et fréquemment la sainte communion. » Il ajouta qu'il avait connu une dame de condition et de piété, laquelle, ayant parle conseil de ses directeurs continué longtemps à communier les dimanches et jeudis de chaque semaine, et que s'étanl mise depuis entre les mains d'un confesseur qui suivait celte nouvelle doctrine, par je ne sais quelle curiositéet affectation de la plus grandeperfeclion, il l'avait détournée de cette sainte pratique, ne la faisant communier au commencement qu'une fois enl'espace de huit jours ; puis il l'avait remise à la quinzaine, ensuite au mois, etc. , et qu'après avoir demeuré huit mois dans ce relâchement, faisant un jour réilexion sur elle-même, elle s'était trouvée dans un étal très-déplorable, toute pleine d'imperfection et

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sujette à commettre un grand nombre de fautes, à se plaire dans la vanité, à se laisser emporter à la colère, à l'impatience et à ses autres passions, et enfin tout autre qu'elle n'élait avant cet éloignement de la saintecommunion : dequoiétantextrêmementétonnée et touchée : « 0 malheureuse ! dit-elle en pleurant, en quel état est-ce que je me trouve maintenant? D'où est-ce que je suis déchue, et où est-ce qu'aboutiront tous ces désordres et emportements ? Mais d'où m'est arrivé un si malheureux changement? C'est sans doute d'avoir quitté ma première conduite, et d'avoir écouté ces nouveaux directeurs, qui sont si pernicieux, puisqu'ils produisent de si mauvais effets, comme je le connais par ma propre expérience. 0 mon Dieu qui m'ouvrez les yeux pour le reconnaître, donnez-moi la grâce de m'en dégager entièrement! » Après quoi, s'étant séparée de ces nouveaux directeurs et ayant renoncé à leurs dangereuses maximes, qui l'avaient détraquée et presque perdue, elle se remit par des conseils plus salutaires dans ses premières pratiques ; et, fréquentant comme auparavant les sacrements avec les dispositions requises, elle y trouva le repos de sa conscience et le remède pour tous ses défauts. Saint Vincent de Paul se servait de cet exemple pour exhorter à la fréquente et digne réception de ce très-saint sacrement, dans lequelXotre-Seigneur nous donne, non-seulement une abondance de grâces, mais aussi la source de toutes les grâces, qui n'est autre que lui-même.

494 SENTIJIENTS DES SAINTS

m. OLISR

Monsieur l'abbé Jean - Jacques Olier, curé de Saint -Siilpice , fondateur de la congrégation des prêtres de Saint- Sulpice, vint au monde à Paris, le 20 septembre 1608. 11 fut ordonné prêtre en 1655 , et se livra au ministère des missions dans l'Auvergne et le Velay. Nommé coadjuteur de Chàlons-sur-Marne, par Louis XIII, il ne put se résigner à accepter cette dignité, et il résolut d'établir une compagnie qui se consacrerait à l'éducation des jeunes ecclésiastiques. 11 commença l'exécution de ce projet, qui a eu de si grands résultats pour la gloire de Dieu et le salut des âmes, en 1641, à Vaugirard. Il s'était adjoint pour l'exécution de ce projet des prêtres non moins distingués par leurscience tliéologique que par leurs vertus sacerdotales. Devenu curé de Saint- Sulpice de -Paris l'année suivante, sans cesser d'être supérieur du séminaire, il employa ses prêtres suivant leur vocation, assignant aux uns les soins du ministère extérieur dans la paroisse, chargeant les autres de former de jeunes ecclésiastiques aux fonctions et aux connaissances de leur état. Tous vivaient en communauté, sous la direction de monsieur l'abbé Olier, qui portait avec un zèle infatigable le double fardeau qu'il s'était imposé. C'est à lui que l'on doit la fondation de la magnifique église de Saint-Sulpice,dont la reine mère, d'Autriche, posa la première pierre en

1G46. Il bâlit en même temps son séminaire près (]ela même église. Ses travaux et ses austérités lui attirèrent des infirmités précoces, et il mourut dans son séminaire, le 2 avril 1G57, ayant été visité dans sa dernière maladie par saint Vincent de Paul, avec lequel il était lié d'une étroite amitié. Il jouissait d'une grande réputation de capacité et de vertu.

LE PÈKE CONDREX POHTE M. OLIER À FAIRE HOXOREK LE TRÈS-SAINT SACREMEST.

« Mon défunt directeur, M. de Condren, ce divin personnage, cet intérieur admirable, cet homme apostolique, ce vrai portrait de Jésus-Christ, m'a dit souvent que je devais avoir une très-grande dévotion au très-saint Sacrement de l'autel, et travailler à la répandre, et c'est en effet ce qui a été constamment mon unique souhait. Je désirais être pain, pour être converti en Noire-Seigneur ; comme aussi d'être de la nature de l'huile, pour pouvoir toujours me consumer devant le très-saint Sacrement, et je me souviens que lorsque j'arrivais tard de la campagne à Paris, et que j'allais, selon ma coutume, saluer Notre-Seigneur à Notre-Dame, trouvant les portes fermées, au moins je me consolais en regardant au dedans, au travers des fentes des portes, et, voyant les lampes allumées, je disais : Hélas 1 que vous êtes heureuses de vous consumer toutes à la gloire de Dieu et de brûler per- ])étuellemept pour l'éclairer I J'ai toujours eu le désir de pouvoir contribuer à faire connaître Notre-Sei-

1*)6 SENTIMENTS DES SATNTS

cneur, surtout au très-saint Sacrement. Ce devrait cire l'occupation de tous les prêtres ; et je dis un jour à M. de Foix : Ne voulez-vous pas m'aider à former des prêtres du très-saint Sacrement, c'est-à-dire, qui portent partout la dévotion due à cet adorable mystère? »

LA DÉVOTION AC TKÈS-SAINT SACREMENT, MOYEN DE IlEKOUVELLEUENT POUR ONE PAROISSE.

« Dieu, dit M. Olier, veut renouveler la piété, non par des prédications ou des miracles, qui sont plutôt les moyens dont il se sert pour établir la religion ; mais par la dévotion au très-saint Sacrement de l'autel. Le dessein du Fils de Dieu, en venant sur la terre, a été de communiquer aux hommes sa vie divine, afin de les rendre semblables à lui; il commence cette transformation par le baptême, il l'augmente parla confirmation, maisil l'achève et la perfectionne par la très-sainte Eucharistie, l'aliment divin qui nous donne réellement sa propre vie et ses sentiments, qui nous met en participation de son intérieur adorable, et nous fait une même chose avec lui : Qui manducat memncarnem, in me manet et ego in eo. Il s'est mis au très-saint Sacrement, pour continuer ainsi sa mission jusqu'à la fin du monde, et aller, par ce moyen, dans tous les coins de la terre former à son Père des adorateurs qui publient sa gloire, eil adorent en esprit et en vérité. C'est là qu'il est source de vie divine, qu'il est ce vase immense, et cet océan sans fond, de

la plénitude duquel nous sommes tous sanctifiés. Par le très-saint Sacrement, il veut remplir les prêlres de son esprit et de sa grâce, et convertir les âmes par eux. C'est ce qui me fait défaillir et tomber en langueur, tant sont vifs et véhéments les désirs que je ressens de voir le très-saint Sacrement révéré par les prêtres. Le prêtre qui est assidu à l'honorer, à l'invoquer et à le supplier pour les peuples, obtiendra tôt ou tard leur conversion. Il est impossible qu'étant assidu à la prière, et demeurant ainsi devant le trèssaint Sacrement de l'autel, il ne communie aux sentiments, à la ferveur, à l'efficace de Notre-Seigneur, pour toucher, éclairer et convertir ses peuples. Car la vertu de Jésus-Christ ressuscité, qui habite maintenant dans l'Eglise, avec un zèle tout embrasé pour la gloire de son Père, doit produire de tels elfets. Hélas! Seigneur, si vous vouliez me multiplier en autant d'endroits qu'il y a d'hosties dans le monde, pour y vivre et y mourir, pour y consumer mes jours et ma vie, que je serais heureux ! Je meurs de douleur, de voir que Notre-Seigneur ne soit point honoré au trèssaint Sacrement, ni par les prêtres, ni par les peuples. {Mémoires de M. Olier.)

Ne pouvant se consumer lui-même dans les flammes de l'amour, devant Notre-Seigneur présent au saint tabernacle, et étant obligé par sa charge de se répandre de toutes parts, il faisait brûler continuellement, aux deux côtés de l'autel, deux cierges pour le représenter. Toutes les fois qu'il sortait du presby-

108 SENÏIMEiMS DES SAINTS

1ère, il ne manquait jamais d'entrer à l'église pour adorer Noire-Seigneur, et de choisir ensuite les rues oij, sans s'écarter beaucoup de son chemin, il devait rencontrer plus d'églises ; et, avant de rentrer à la maison, il le visitait de nouveau.

Toutefois, dans l'église de Saint-Sulpice, il n'y avait qu'une seule lampe, quoique le très-saint Sacrement reposât toujours à l'autel principal el à celui de la chapelle de la sainte Vierge située derrière le chœur. Un ecclésiastique de cette paroisse ayant un jour insinué dans son prône qu'il était à désirer qu'il y eût une lampe devant chacun de ces autels, ce jour-lù même, un pieux paroissien en offrit une d'argent du prix de soixante écus ; et un autre, touché de cet exemple, donna deux lampes de même matière, et du prix de six cents écus chacune. Toutes les trois furent placées devant le maître-autel. M. Olier, dans une exhortation aux dames de la paroisse, en prit occasion de leur dire que, puisqu'il y avait sept lampes allumées devant l'arche d'alliance, et sept esprits devant le trône de Dieu, il serait à souhaiter qu'il y eût aussi sept lampes qui brûlassent jour et nuit devant le trône qu'il s'était choisi dans cette église. A peine l'exhortation fut-elle terminée, que ces dames résolurent d'ajouter quatre lami)es pour compléter ce nombre. La princesse de Condé en offrit une de mille écus, trois autres dames se réunirent pour en donner deux de six cents écus chacune, et M. Olier voulut en donner une de la même valeur. Lorsqu'on les vit

brûler devant le raaîlre-autel, chacun, dit M. du Ferrier, honora la religion des bienfaiteurs et leur munificence. Le vertueux paroissien qui avait offert la première, considérant la disproportion de la sienne, et pressé d'un mouvement de piété, demanda permission de la retirer, et d'en mettre une de six cents écus à la place de celle qui, semblable au grain de sénevé, ou au petit levain de l'Evangile, avait produit toutes les autres.

AMOCR DE M. OLIER POCR LA SADTE COMMOION.

Au printemps de l'année 1654, 31. Olier se trouvant encore souffrant, les médecins lui conseillèrent d'aller prendre les eaux de Bourbon. Il regarda leur invitation comme un ordre de Dieu, et, quoiqu'il fût assuré que son mal ne le quitterait qu'à la mort, il obéit avec la simplicité d'un enfant. Pendant ce voyage, qu'il ne put faire qu'à petites journées, il ne laissa passer aucun jour sans recevoir la sainteEucharistie. Comme il y avait des difficultés de lui procurer cette consolation, les hôtelleries étant quelquefois éloignées des églises, on lui proposa de s'en abstenir pour quelques jours. « Hélas! répondit-il, ôtez-moi tout, pourvu que vous me laissiez la sainte communion, la seule consolation qui me reste. » Ces paroles et l'accent avec lequel il les prononça touchèrent si vivement ceux qui l'accompagnaient, que, sans s'arrêter davantage aux diflîcullés, ils trouvèrent le moyen de le satisfaire tous les jours.

Dans un autre voyage qu'il fut obligé de faire pendant la même maladie, on le laissn une fois sans communier; et il passa toute la journée dans l'abattement et la tristesse. Un ecclésiastique, qui en avait été étonné, ne le fut pas moins le lendemain de le voir surabonder de joie ; et comme on ne remarquait pas en lui de ces sortes d'inégalités, il ne put s'empêcher de lui en témoigner sa surprise. M. Olier avait communié ce jour-là : « Le moyen de n'avoir pas de joie, répondit-il, lorsqu'on a en soi-même celui qui est la voie, la vérité et la vie. » A Bourbon, pour n'être pas privé de cette grâce, il obtint des pères Capucins une chambre dans leur couvent, tout auprès d'une chapelle où il entendait la sainte messe et communiait aux heures qui lui étaient les plus commodes.

{Vie de M. Olier, par M', de Bretonvilliers.)

LA SŒUR BOURGEOTS

La sœur Bourgeoys, née à Troyes le 17 avril 1620, fondatrice de la congrégation de Notre-Dame, à Villemarie, Montréal, dans le Canada, avait une tendre dévotion pour l'adorable sacrement de l'Eucharistie. Chaque fois qu'elle s'approchait de la sainte table, le feu sacré qui embrasait son âme, rejaillissant sur ses sens extérieurs, elle avait peine à modérer les impressions sensibles de cette sainte ardeur, comme nous le lisons de plusieurs grandes servantes deDieu,

SUR LEUCHARISTIE. 201

entre autres de la mère Agnès de Jésus, obligée alors d'entr'ouvrir sa robe et même de mettre sur sa poitrine des serviettes mouillées pour se donner quelque soulagement. Mais une faveur plus extraordinaire encore, et qui enivra la sœur Marguerite Bourgeoys des plus ravissantes consolations, ce fut une apparition sensible de Notre-Seigneur dans la sainte Eucharistie, sous la forme d'un enfant, comme de l'âge de trois ans et d'une beauté incomparable, grâce dont la sœur Agnès avait aussi été honorée. L'année 1650, le jour même de l'Assomption de Marie, car il semblait que Dieu, pour l'attacher de plus en plus à sa divine mère, se plût à choisir le jour de ses fêtes pour la combler de ses plus précieuses faveurs ; le jour donc de l'Assomption, fête principale de la congrégation externe, le très-saint Sacrement était exposé selon l'usage, elle fut désignée pour rester en adoration en sa présence pendant la procession qu'on faisait ce jour-là. Après avoir demeuré quelque temps humblement prosternée devant Notre-Seigneur, plus encore d'esprit que de corps, elle se sentit portée à lever les yeux vers la sainte hostie, et dans ce moment elle aperçut la merveille dont nous parlons. 11 n'est pas donné au langage humain d'exprimer les opérations de Dieu dans les âmes, lorsqu'il daigne les favoriser ainsi de visions célestes. Tout ce que nous pouvons dire de celle que reçut la sœur Marguerite dans cette occasion, c'est que la vue ravissante de l'enfant Jésus, en lui faisant éprouver les impres-

sions les plus douces et les plus ineffables du saint amour, lui inspira en même temps un tel dégoût pour les beautés trompeuses et corruptibles de la terre, que, quoique déjà elle fût remplie pour elles d'un souverain mépris, dès ce momentelle ne vit plus dans leurs attraits que dès pièges de Satan et des amorces empoisonnées du péché. Enfin, comme ferait un ange du ciel s'il venait sur la terre habiter dans un corps mortel, elle n'usa plus désormais qu'avec contrainte et dégoût des choses les plus nécessaires de la vie ; et c'était précisément la disposition où Dieu voulait, par une si insigne faveur, faire entrer celte grande âme pour la rendre capable d'exécuter les desseins qu'il allait lui manifester en l'appelant au Canada.

Arrivée au Canada, elle y fonda l'établissement de la communautéde Notre-Dame, àVillemarie, y bâtit une chapelle et se vit au comble de ses vœux par la possession assurée du très-saint Sacrement au milieu de ses sœurs. Alors sœur Marguerite ne mit point de bornes à sa reconnaissance envers la bonté divine; elle rédigea une formule d'actions de grâces que nous rapporterons ici comme un monument, tant de sa propre religion envers l'adorable mystère de la trèssainte Eucharistie que de celle qu'elle s'efforçait d'inspirer à ses sœurs. Comme voilà que notre Dieu, le Souverain de tous les êtres, le Créateur du ciel et de la terre et de toutes choses, a bien voulu prendre une place dans cette maison, dans laquelle on célèbre la sainte Messe, on fait la sainte communion, les con-

SUR L'El'CHARISTIE. 205

fessions et toutes les autres dévotions permises, je ne trouve point de termes pour lui rendre des actions de grâces pour tous les bienl'aitsque nous avons reçus de sa majesté divine, spécialement de cette mémorable faveur de le posséder au très-saint Sacrement de lautel. Tout ce que nous pouvons faire est que sa bonté ayant agréé que la sainte Vierge soit notre institutrice, nous nous servions de ce moyen pour nous acquitter envers lui, afin que, nous mettant toutes en la compagnie de cette divine mère et en celle des neuf chœurs des anges, nous ramassant toutes comme autant de petits filets mis ensemble et bien unis, nous tâchions, en reconnaissance des bienfaits de Dieu, et avec le secours de sa grâce, l'intercession delà sainte Vierge et des saints anges, de remplir les obligations de notre état dans l'éducation des enfants.

{Vie de la sœur Bourgeoijs.)

JEANME-BIARIE DE LA CROIX

DES DÉLICES QUE JEANNE-MARIE DE LA CROIX, FKANCISCAISE, COUTAIT DANS SES COSIM USIONS.

« C'était dans la sainte communion que Jeanne goûtait les plus douces joies. De même que la fleur au printemps étale ses plus riches couleurs, et exhale ses parfums les plus odorants à l'aube du jour, de même aussi c'était lorsque son Sauveur venait la réchauffer de sa divine présence que les sentiments les plus suaves inondaient son cœur comme une divine rosée.

Un souffle divin faisait épanouir toutes les fleurs dont la grâce embellissait son âme, et son corps lui-même, participant aux impressions que l'esprit de Dieu produisait en elle, nageait au sein des plus pures délices. Son être tout entier se fondait et s'écoulait dans cette fournaise d'amOur, d'où elle sortait toujours plus netle et plus pure, toujours plus belle et plus agréable à son divin Epoux. Elle communiait régulièrement tous les jours, à moins qu'il n'y eût quelque empêchement particulier, d'après l'ordre exprès de son Dieu, disait-elle. Son zèle à recevoir son Dieu- Sauveur était si grand, que rien ne pouvait la retenir, ni le mauvais temps, ni les inondations, ni les autres empêchements de cette sorte. Sa devise était : « La vie ou la mort, peu m'importe, pourvu que je possède mon Sauveur. » « Lorsqu'on me refuse le corps de Jésus-Christ, avait-elle coutume de dire, je n'ai plus la force nécessaire pour soutenir ce corps terrestre. Tous les anges du ciel descendraient-ils vers moi, ce ne serait pas encore assez; ce que je désire, ce dont je suis affamée, c'est Dieu seul. Il n'y a que lui qui puisse combler le vide de mon cœur : ni la terre, ni les anges, ni les saints, ne sauraient le faire. »

Lors même qu'elle était gravement malade, elle s& faisait porter à la sainte table, et c'était dans la réception du corps et du sang de Jésus -Christ qu'elle trouvait un remède et un adoucissement à ses maux.

« Je pouvais à peine attendre Id lumière du jour,

raconte-t-elle. A peine avais-je entendu sonner la messe pendant laquelle je devais communier que mon âme était aussitôt assaillie delà joie la plus vive, tout mon corps tremblait d'amour; tantôt je devenais immobile et comme pétrifiée par les délices spirituelles dont mon âme était inondée; tantôt, au contraire, je me livrais aux transports de la joie la plus vive, j'étais ivre de bonheur, et ma joie se communiquait à tous ceux qui étaient présents. Puisque je vous possède, ô mon doux Jésus ! disait- elle alors qu'elle avait reçu la sainte communion, puisque je vous possède ! mon doux Jésus ! je veux vous introduire en ma maison, dans le fond le plus intime de mon âme. Je veux vous aimer autant que vous avez été aimé sur la terre; je vous aime plus que la mère la plus tendre n'aime son petit enfant; je vous aime comme la sainte Vierge Marie vous a aimé, lorsque dans les plus doux moments de sa félicité maternelle elle vous pressait sur son sein.»

Jésus lui disait alors au fond de son âme : «Je suis à toi, je suis à loi, je suis à loi ! Vois, je brûle chaque fois du désir de me communiquera toi ; et plus je me donne à toi, plusje désire de me donner de nouveau. Je suis après chaque communion commeun voyageur dévoré de soif à qui l'on présente une goutte d'eau, et qui, après l'avoir reçue sur ses lèvres, est altéré davantage encore C'est ainsi que je languis toujours après le moment de me donner à loi. » Alors quelques soupir.-, quelques murmures d'amour, s'cchap-

paient de sa poitrine. « Mon âme est à vous, ô mon Dieu ! (lisait- elle; à vous est mon cœur, à vous est mon corps; je vous ai donné mille fois tout ce que j'ai. 0 âmes, continuait-elle d'un ton plus haut, Dieu seul, Dieu seul ! il n'y a que lui qui puisse remplir notre cœur. Où voulez-vous aller hors de lui? il n'y a de repos qu'en lui, lui seul est l'abri de notre âme. () mon doux amour ! Soupirait-t-elle, vous avez pénétre jusqu'à la moelle de mon cœur ; vous me tourmentez et me ravissez en même temps ; je ne tiens plus à la terre, mon être tout entier s'est écoulé dans le vôtre. Oui, s'écriait-elle, tout en moi est anéanti. Je n'ai plus ni âme, ni cœur, ni corps. Il n'y a plus rien de créé en moi; le feu de votre amour m'a comme desséchée et absorbée, je ne vis plus qu'en vous. La vie de cette terre n'a plus pour moi que des larmes et des soupirs^ et je languis après vous de l'amour le plus ardent, ô mon Bien-Aimé ! Souffrir pour vous est ma seule et unique consolation. »

-Elle communiait tous les jours et faisait chaque soir à Dieu cette prière : « 0 Dieu ! que ne puis-je me réveiller à chaque minute de cette nuit, pour vous louer comme vous le méritez ! » [Vie de Jeanne Marie de la Croix, par Bède Weber.)

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