‹ Le cimetière gallo-romain de StrasbourgChapitre 8 sur 27 · Procès-verbal du 9 Juin · texte numérisé non relu

Procès-verbal du 9 Juin

et une très-petile monnaie de Constantin, dont le revers fait voir deux génies affrontés et la légende :

VICTORIAE 1)0 AVG . . . .

Une seconde monnaie trouvée a peu de distance laisse seulement recon- M..i.,.3i.-. naître le type de Constantin. Le srineleltc 83 était accompagné de déliris de verre ayant appartenu à une coupe et à une de ces lagèncs avec col en entonnoir, dont nous avons déjà rencontré une dizaine d'exemplaires. Trois épingles à cheveux en argent, dont une à tôte facettée, ont été recueillies, encore attenantes au crâne de la défunte et indiquant que les tresses et nattes d'une coiffure compliquée étaient assemblées derrière la lête, peu au-dessus de la nuque. La tête très-bien conservée a élé rcnnse au directeur du musée d'anatomie.

Au nord de la place nous découvr-îmos un crâne isolé, accosté d'un clou, de grandes dimensions. C'est peut-être un des crânes qu'on est parvenu à nous soustraire en automne dernier, à Tlieure de midi, et qu'on aura voulu cacher en terre, pour rem[)orler plus tard. A un mètre de dislance nous découvrîmes des restes humains peu conservés et placés dans un désordre frappant. Cette tombe (85) avait-elle déjà élé fouillée? Cela r:..n m. d, a. paraît vraisemblable comme |)our la sépulture 86, dans laquelle les osse- rianin.r. a ments se trouvaient pêle-mêle, sans aucun reste de vases.

J'ai oublié de dire que, pour n'être plus, comme par le passé, molesté par les curieux, dont les visites avaient été parfois si funestes à nos explorations en automne et nous avaient en tout cas fait perdre un temps précieux, j'ai provoqué auprès de l'administration du chemin de fer des mesures de police, dontje ne puis assez reconnaître l'utilité. Qui n'élait [porteur d'une carte persoimelle, délivrée dans les bureaux de M. rarehilecte divisionnaire ou d'une lettre d'invitation spéciale de ma main, élail innnédiatement invité à (piilter la place par un agent chargé de cet office et <pie l'administration a bien voulu mettre à mes ordres.

Le 1®*" août les chaleurs tropicales et quelques complications de service m'ont forcé de suspendre les travaux, qui seront rei)ris encore celte semaine.

QUATRIÈME RAPPORT présenté à la séance dn Comité le 3 noyembre 1879.

Messieurs y

Les Feuilles publiques vous ont appris en août dernier quelques-unes des découvertes faites dans notre nécropole romaine et présentant un intérêt nouveau pour nos études. Je profile de notre première réunion depuis les vacances pour vous en entretenir plus longuement, en vous communiquant les notes de mon journal.

Préparatifs pour JeucH , 7 aoûL Cb îour et le suivant, 16 artilleurs, accompagnés d'un

la vifita " ^ ^ • "

des anihropo- sous-oflîcîer, fureut rais à ma disposition pour continuer les fouilles, qui devaient être poussées avec activité. Il s'agissait de trouver remplacement d un certain nombre de lombes à ouvrir le jour où la Société anthropologique d'Allemagne viendrait visiter la nécropole, c'est-a-dire le 12 du mois. Le système d'exploi^tion minutieuse suivi jusqu'ici, d'après lequel toute la terre était remuée jusque sous la profondeur constatée de tombes, dut être abandonné pour un autre donnant des résultats plus rapides. Ces résultats furent obtenus par l'ouverture de tranchées parallèles, larges d'un mètre et distantes l'une de l'autre de 1™,10 au plus, creusées dans les deux directions nord-ouest — sud-est et nord-est— sud-ouest jusqu'à la profondeur ordinaire des tombes.

Neuf sépultures 87—96 furent rencontrées, notées sur le plan général, et aussitôt après recouvertes de terre, à l'exception de trois, qui nécessitèrent un examen immédiat.

ïr**'i ' T'*"' ^'^^^ d'abord la remarquable tombe par incinération (87), que j'eus la bonne chance de découvrir quelques minutes après mon arrivée sur la place, à 6 heures du matin. A Texceplion de l'ossuaire en pierre grossièrement sculptée, rencontré au début de l'exploration, près des sarcophages exhumés, aucun indice de sépulture par ustion n'avait encore paru sur le terrain où nous travaillions. Rendu attentif, après le premier coup de pelle, par la présence de nombreux charbons et de cendres mêlées

à la lerre, qui purent être observés sur un espace de trois à quatre mètres carrés, je crus, en examinant de plus près ce mélange, reconnaître la place où la crémation d'un mort avait eu lieu, car il renfermait de nombreux restes d'ossements calcinés. Bientôt parurent les débris d'un grand couvercle en terre cuite, avec bouton peu saillant. Il reposait sur une légère couche de cendres, sous laquelle la terre prit une teinte brunâtre pour laisser subitement voir l'orifice d'un vase en verre, fermé avec un couvercle rentrant, également en verre. A force de précautions et de patience, je parvins, au bout de plus d'une heure de travail, à dégager du lehm, sans la moindre lésion, la belle urne cinéraire, reproduite par notre planche I. Le verre est d'une belle teinte verte et d'une parfaite transparence. Il mesure 0"*,27 en hauteur, sans le couvercle, 0"\24 en diamètre; l'orifice est large de O'^jOS. Le contenu a été examiné avec soin. Il ne se compose que de cendres et d'os calcinés, parmi lesquels on dislingue très-bien une partie du crâne, quelques vertèbres et un fragment d'un tibia. Ni monnaie, ni aucun autre objet n'était mêlé aux restes humains. Au fond du vase se trouvait environ un litre d'eau d'infiltration.

Les grands musées renferment un nombre considérable d'urnes en verre de cette forme munies d'anses simples ou d'anses doubles. Les fouilles d'Augst en ont valu une belle au musée de Baie (n® 1010) entièrement semblable à la nôtre.

Un certain nombre de clous en fer de fortes dimensions, posés à angle, prouvent que l'urne était placée dans une caisse carrée avec couvercle, le tout en bois. Par surcroît de précaution, elle fut, après avoir été chargée de cendres et probablement de mottes de gazon, encore recouverte d'un couvercle en terre cuite. Celui-ci, d'une cuisson fort médiocre, avait cédé sous la pression, tandis que l'urne était restée intacte; le couvercle en verre seul présente une petite fente.

Deux autres vases l'accompagnaient: une fiole en verre blanc trèsépais, pareille â celle (|ui est représentée sur la planche IX, n*' 5, et une grande lagène, en terre cuite, de peu de consistance. Dès que la fiole parut au jour, elle prit le brillant de l'argent poli et les teintes chatoyantes de la nacre de perle, puis tomba en petits morceaux, à l'exception du goulot, qui s'est conservé. La lagène ne put être retirée qu'en morceaux. Elle était, comme l'urne cinéraire, primitivement dans une caisse en bois, dont les clous oxydés marquaient nettement les angles.

Je dois dire à l'éloge de mes artilleurs qu'ayant été obligé de quitter le travail pour vaquer à des devoirs d'étal, au moment où l'ossuaire commençait â paraître, il m'a suffi de leur recommander de rester à distance et de

DArour#rt« Je l'uttrinum.

s'abslenir de loulc rechercbe à 4 mèlres autour de remplacement. Quand je revins après une heure et demie d'absence, je pus constater que pas une main n'avait touclié le bord de l'urne, légèrement recouvert de terre i mon départ.

Pendant ijue j'eiécutais l'extraction du vase cinéraire, on vint m'averlir qu'un objet en métal était visible dans la tombe 88, orientée du nord au sud. Lorsque je pus m'y rendre, je reconnus une plaque en cuivre, repliée aux deux exlrémtlés, dont une porte une déchirure et a retenu par l'oxydation une parcelle de l'élofle qui la couvrait. Seulement quelques jours après, cet objet fui soumis à un nettoyage minutieux, h la suite duigucl parut un ibau phénicien nettement marqué au milieu de la plaque.

Je dois avouer qu'au premier moment je vis sous ce signe une des formes des croix dissimulées, dont se servaient les cbiéliciis à l'époque des persécutiuns' et dont les catacombes de Rome ofTrent plus de mille exemplaires. J'eusse été si heureux d'avoir cnrni mis la main sur une tombe cliréliennel Mais en considérant que celte figure parait dès la plus haute anli(piité sur des monuments païens, depuis les confins de la Chine

I. Cf. liuitUANs. Hapiiort sur les fouilles up^i'Ëes en I83S à JiitleitpUle par l'Ioslitut arcliËulogiqiie liégeois. Liège 18(19, p. C2. — V. sur celle question, De Dossr, De litulù clirisliumi CarlltaginiensibHS . Spicileg. Solesm. IV, S22 etc. Borna toierranea, H, 320. — BaUeiino di archeologia ehrisliana, tCTîit S(^rie, IV, 73 ; V, 38,

jusqu'au Tond des Gaules; en vérifiant qu'on l'a observée sur des urnes cinéraires d'origine celtique*, sur les monnaies de (liiïérents pays', entre les mains d'idoles phéniciennes gravées dan^ une pierre précieuse', sur des objets de luxe* comme sur de simples pesons de fuseau*, remontant à plus de dix siècles avant Jésus-Clirist, je suis revenu d'un enthousiasme bien naturel, auquel toutefois l'archéologue consciencieux ne doit jamais se laisser enfraincr. Il semble incontestable que ce signe, image anlicipée de la croix, à l'instar de la croix ansée des Égyptiens et du Ihau bibli(pie, a été considéré dès les âges les plus reculés comme un symbole de protection. L'ancien Germain y voyait le marteau de Donar qui porte bonheur*. Le nom que lui donnent les Indiens, peut se liaduire par vœu ou gage de prospérité. L'empreinte du pied de Buddlia en offre six fois la marque parmi les soixante-cinq présages de bonheur di)nt il laisse la trace. Lorsque donc les chrétiens en firent ein()loi, il était depuis longtemps admis chez les païens. Les uns et les autres lui attribuaient également une vertu prophylactique, et en marquaient des objets à leur usage. Avons-nous sous les yeux une amulette païenne? La plaque en question provient-elle d'un coflVet faisant autrefois partie du mobilier d'un chrétien? Il ne reste jien dans la tombe qui [)uisse nous aider à résoudre ces questions. La gravure ci-jointe reproduit le dessin de cet intéressant objet, long de 0"Vl25 et large de 0"™,095. Il fut sorti de terre, ainsi que plusieurs fragments épars en corne ou en ivoire, dont l'iui s'est trouvé être une jolie sculpture en demi-relief, représentant un enfant nu, ipii tend les bras pour soutenir une corbeille remplie de fruits (?); les autres forment des tiges ternu'nées A une extrémité par un bouton, à l'autre par une branche à trois faces. Je pense que ces objets ont fait partie d'une

1. Le niusoe britannique possO«le une miiv. cin6rair<? celtique, délerrc^e «lans le comté (le iNorfolk, timbrée CO fois du thau i)hénieien. V. A. W. Khanks llorae /craies, pi. 30, no 19.

2. Ja/irOuchcr des Yereins von AUerthiunsfrctinden im Hhehdandc, XX\IX-XL, p liG et suiv., pi. H.

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