‹ Le cinémaChapitre 12 sur 17 · IÔ · texte numérisé non relu

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création, le lapin Oswald, pour présenter un nouveau ' venu, Mickey Mouse, qui devait bientôt régner en maître sur tout ce petit monde de féerie.

Simple dans son principe, le dessin animé ne présente, au point de vue technique, aucune difficulté. L'idée du sujet retenue, Mickey à la campagne, par exemple, on l'étoffe d'actions amusantes et de gags inédits.

Tout en restant dans la ligne du sujet, et en respectant la silhouette adoptée pour chaque personnage, chaque dessinateur travaille selon sa propre inspiration. Pour un film qui dure généralement de huit h dix minutes, on établît, approximativement, 4 à 5.ooo dessins. Ce chiffre n'a rien d'excessif.

Précisons, tout d'abord, ce que l'on entend par dessin. Je suppose qu'à un moment donné, Mickey lève le bras. Sur l'écran, ce geste correspondra à une demi-seconde de projection, soit 12 images. Va-t-on, de ce fait, composer 12 dessins différents ? Cela dépendra de la souplesse de mouvement recherchée. Supposons qu'après étude, on s'arrête au chiffre 9. Puisque, seule, la main de Mickey se déplace, inutile de refaire neuf fois le dessin en entier. On se contentera donc, pour les huit dernières images, de dessiner le mouvement du bras. Au point de vue dessin pur, le travail est bien simplifié.

Personnages et décors sont dessinés séparément. Les premiers sur papier blanc, et les autres sur cellophane, ce qui permet la photographie du tout par transparence. Ce travail est extrêmement long. Chaque mètre de film compre-

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nant 52 images, un dessin animé d'une longueur de 220 mètres représente en chiffres ronds : n.4oo images animées tournées, non plus à la cadence normale de prise de vues — ik images à la seconde — mais avec un temps d'arrêt entre chaque image cinématographique. De cette façon, aucune difficulté pour substituer un dessin à l'autre, sans risquer d'en photographier la manipulation.

Si le thème choisi est l'illustration d'un morceau musical, on détermine, préalablement, au tracé des dessins, l'importance de chaque phrase musicale et son rythme.

En projetant sur un écran cinématographique une suite ordonnée de lignes, de points, et de ronds, un essai fut tenté d'illustrer les différentes sonorités musicales d'une symphonie.

Parfaitement synchronisé en durée comme en intensité, cet ensemble de figures géométriques accompagnait la courbe capricieuse des variations auditives. Capricieuse à son tour, adoucie par instants, pour s'épanouir ensuite en feu d'artifice, cette mosaïque vivante matérialisait en quelque sorte les mouvements invisibles de la baguette du chef d'orchestre.

Ce mode de présentation offrait, toutefois, un sérieux inconvénient pour le public : une fatigue intensive de la vue qui ne distinguait plus à la longue le jeu compliqué de ces apparitions successives, tantôt persistantes, tantôt fugaces.

Bien que l'idée fût heureuse, son application, sous cette forme, se révéla difficile.

Le dessin animé est apprécié de tous les publics. Les méfaits de Donald le canard, les mal-

heurs de Pluto le chien, ou les pirouettes de Mickey nous ravissent. Que de trésors d'ingéniosité dans ces petits films, que de fantaisie aussi 1 Ce qui séduit, au premier chef, c'est la facilité étonnante, autant qu'imprévue, avec laquelle tous ces petits héros se tirent des situations les plus inextricables. L'invraisemblance domine dans les poursuites mouvementées et la façon dont nos personnages surmontent les obstacles. Et c'est peut-être cette invraisemblance que nous goûtons le plus. Qui de nous n'a jamais rêvé de résoudre ses difficultés par des solutions extravagantes ou se soustraire à des ennuis par un coup de baguette magique ?

En fait, ce que nous retrouvons dans les dessins animés, c'est notre propre imagination, la bride sur le cou, donnant libre cours à son caprice et résolvant tous les problèmes au gré de sa fantaisie. Nous vivons quelques minutes de rêve délicieusement incohérent, et il est si doux de déraisonner parfois, de prendre ses désirs pour des réalités, d'imaginer qu'on est toutpuissant au regard des difficultés quotidiennes.

Si la fantaisie de ces dessins animés nous procure cette illusion pour quelques minutes, peutelle l'entretenir tout au long d'un grand film ? Notre rêve peut-il se prolonger durant une heure et demie de projection ? Il faudrait pour cela que nous ayons conservé l'âme d'un enfant...

Aussi bien peut-on se demander si l'expérience et le succès indiscuté d'un film comme Blanche-Neige et les Sept Nains constitue un critère suffisant pour étendre cette nouvelle for-

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mule au dessin animé de demain. Pour ma part, je ne le pense pas.

Lorsque nous nous remémorons l'impression que nous a laissée la lecture, dans notre enfance, du beau conte de Grimm, et que nous nous efforçons d'en revivre l'émotion première à la projection du film, nous sommes obligés de convenir d'une déception assez grande. L'histoire est restée la même, simple, touchante, mais, malgré tous ses efforts, le film ne nous restitue pas ce côté merveilleux, cette atmosphère de féerie qui nous faisait frissonner délicieusement à la lecture du conte. Les héros, notre imagination les avait habillés à sa guise. Blanche-Neige était belle, mais d'une beauté irréelle, plus ressentie que pensée. Nous n'aurions pas su la décrire. Aucun mot n'eût été assez éloquent pour exprimer notre admiration... Et voilà que la palette de Walt Disney vient en fixer les traits, en préciser le genre de beauté. Du coup, l'enchantement est rompu.

Il en va de même pour toutes les scènes du film où les personnages humains sollicitent notre attention. Que reste-t-il alors du souvenir merveilleux de notre enfance ? Le regret d'avoir détruit un objet précieux, puisqu'il était unique...

Je ne parle ici, il va sans dire, que pour les grandes personnes, et bien que les enfants, eux, prennent un très vif plaisir à la projection de Blanche-Neige et les Sept Nains, ma remarque garde toute sa signification et son importance, car le public ne se rend pas au cinéma uniquement pour amuser les enfants ; il désire, et rien

n'est plus légitime, s'y distraire également.

Du point de vue technique, toute la partie des personnages humains est inférieure aux scènes d'animaux. On ne retrouve plus cette harmonie parfaite du mouvement, simple et sans heurt, auquel nous a accoutumé Walt Disney. Nul doute que les techniciens ne se soient heurtés à des difficultés qu'ils n'ont pu complètement surmonter. N'importe ; la question essentielle demeure : est-il souhaitable ou non de continuer à produire des dessins animés de long métrage ? Je crains bien qu'il faille, sinon abandonner cette formule, du moins limiter le nombre de ces films.

Le dessin animé conservera son aspect séduisant chaque fois que ses héros seront pris dans la gent animale, car il n'est pas seulement une fantaisie de l'esprit ; derrière cette fantaisie se cache une satire du genre humain. On y retrouve certains types d'humanité : Mickey est le débrouillard par excellence, et Donald le canard personnifie le grincheux. La Fontaine et Walt Disney ont ce point commun d'avoir illustré l'un et l'autre certaines affinités existant entre les passions des hommes et l'instinct des bêtes. Sous un mode différent, l'activité des uns comme des autres est souvent dirigée vers un même but : la satisfaction personnelle. De là à montrer les défauts des premiers à travers les comportements des seconds, il n'y avait qu'un pas. La Fontaine a prêté à ses personnages le langage des humains, alors que Walt Disney y a ajouté les expressions humaines, en les parant de toute la fantaisie de son esprit...

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Ainsi le dessin animé restera, je le crois, limité à ces courts sujets qui sont autant de notations amusantes vues à travers le caprice d'un miroir déformant. Et le plaisir que nous éprouvons à la projection de ces films se renouvellera sans cesse pour un temps ni trop long, ni trop court, la durée d'une rêverie, à laquelle nous nous abandonnons parfois, délicieusement...

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Un jour que Massenet dînait chez un ami, on servit du vin grec. « A quoi vous fait penser ce vin ? demanda Massenet. Pour moi, voici ce qu'il me dit. » Et il se mit à fredonner une mélopée orientale ; la sensation de saveur avait amené par association une image musicale, à cause de la similitude des sentiments évoqués par l'un et par l'autre.

(Boucher, Psychologie, Paris, Delgrave).

Au même titre que l'imagé cinématographique, la musique est un langage.

Elle a comme source d'inspiration nos joies, nos douleurs, nos passions, toute notre vie affective, riche en sentiments aussi complexes que variés. Il n'est pas étonnant qu'elle ait toujours prêté à l'image animée la richesse de ses compositions, exprimant tantôt avec douceur, tantôt

avec violence nos bouleversements intérieurs.

Mais comment se rendre compte de l'utilité, pour un film parlé, d'être illustré musicalement ?

En disant cela, je songe au théâtre, où jadis un piano venait soutenir discrètement certaines scènes d'émotion. De nos jours, les gens de théâtre estiment sans doute qu'une scène jouée avec toute la passion désirable n'a nul besoin d'être soutenue par la musique. Les intonations des artistes prennent le public et le maintiennent en haleine. De leur présence réelle, vivante, sur le plateau, nait une communion totale qui, reconnaissons-le en toute franchise, n'existe point dans un théâtre cinématographique. On n'y trouve même pas ce prélude à l'enchantement, fait de cette attente devant le rideau dont les plis lourds sont à demi éclairés par la rampe...

Le spectateur d'un film a les yeux rivés sur. un rectangle de toile blanche où tout à l'heure un faisceau lumineux viendra inscrire un mouvement ordonné qui donnera l'illusion de la vie. En intervenant à certains moments, la musique peut alors jouer le rôle d'un intermédiaire pour créer cette communion indispensable durant la présentation du film, jusqu'à l'apparition des premières images...

En enrichissant les représentations intérieures de notre pensée vagabonde ou précise, la musique ajoute à la rêverie de notre esprit. Si l'on demandait aux auditeurs d'un récital des œuvres de Chopin, de Mozart ou d'un concert symphonique ce que le langage musical évo-

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que en lui, la diversité des impressions ressenties ne manquerait pas d'étonner. Mais ces impressions se rejoindraient sans doute dans la particularité d'un sentiment : tristesse, joie ou douleur... Les images que ces sentiments suggèrent ne sont pas identiques, mais leur résonance est semblable, et cette observation est essentielle pour l'illustration musicale de scènes cinématographiques auxquelles on cherche à donner l'émotivité d'un sentiment particulier.

Dans un film, l'action n'est pas toujours trépidante. A certains moments, elle se repose, et il arrive que des actions secondaires se déroulent dans des paysages dont la mobilité vient animer l'écran durant un temps plus ou moins long.

C'est une transition nécessaire dans le cours d'une action. Tantôt de façon impérative, tantôt de façon discrète, la musique vient prêter son langage aux vues projetées. Son rythme s'accorde au mouvement du paysage, et sa composition musicale s'inspire de cette ambiance dont elle souligne certaines particularités, telles qu'un orage, un bruissement de feuilles, le chant d'un ruisseau.

Je ne crois pas que, dans ces vues de transition, on puisse attribuer à un accompagnement musical le rôle qu'on attribue, par exemple, à l'éclairage d'un décor.

En partie « documentaire », cette musique cherche à s'identifier avec les bruits de la nature. Elle en donne une approximation, sans être pour cela intégrée à l'image. Elle reste un

élément distinct, qui vient prêter son langage à un autre langage.

Au surplus, ces deux formes de langage ne sont pas seulement distinctes. Elles empiètent l'une sur l'autre. Ce n'est pas créer une résonance que de chercher à imiter un langage. Cette imitation n'est plus le prolongement naturel de la vue représentée et ne tend qu'à amoindrir l'impression du réel qui doit s'en dégager.

Une résonance — continuation d'un bruit, d'un son — peut fort bien se concevoir sous la forme d'un plan visuel, prolongé par un plan auditif. Mais il ne convient pas que l'on éprouve l'impression que le plan visuel renferme une résonance auditive que l'on aurait négligée. Or, dans le langage de la nature, cette résonance auditive est intégrée à la vue réelle ; la musique n'apporte aucun élément nouveau et elle risque même de nuire.

Cette remarque n'a plus sa raison d'être si, cessant d'être « documentaire », la musique apporte, là aussi, une émotivité particulière, destinée à soutenir un jeu de scène, ou en prolonger, durant quelques instants, la signification sur le paysage environnant.

Rien ne s'oppose à souligner, par de la musique religieuse, l'impression d'apaisement et de sereine grandeur qui se dégagent de la vue d'un monastère. Il arrive d'être pénétré davantage d'humilité vraie, lorsque retentit sous les arches de pierres d'une église le chant divin des grandes orgues.

Il est, dans une œuvre d'imagination, certai-

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nés scènes de sentiment où les accents de la musique sont autant d'antennes invisibles qui créent la communion entre les personnages de l'écran et les spectateurs, par la fluidité de jleurs ondes et la résonance qu'elles provoquent.

Si on imagine une scène cinématographique où un vieux musicien retrace les temps heureux de sa gloire, l'évocation de ses souvenirs isera rendue plus vivante par un discret rappel musical des morceaux de chaque époque.

A la vérité, cette illustration musicale n'est autre chose qu'une projection sonore hors-écran d'un des aspects de l'état d'âme d'un ou plusieurs personnages.

Mais il y a plus encore. Au cours d'un film, Ile motif musical, sous la forme d'un leitmotiv, jvient opportunément renforcer la continuité de ^'action, en replongeant l'esprit du public dans l'ambiance d'une scène projetée depuis un certain temps déjà.

j Grâce à cette réminiscence, due au langage musical, l'affinité existant entre deux scènes ^devient plus apparente.

I Dans le Vandale, une réalisation cinématographique de valeur, un homme ayant commencé comme bûcheron, s'élève par son seul mérite au haut de l'échelle sociale. Au début de sa vie, il a noué une solide amitié avec un autre bûcheron, homme simple, sans ambition, amoureux des forêts où il est demeuré. Ensemble, ils ont vécu pe dures années. Vers cette époque, le héros du ;plm a connu une jeune femme, chanteuse de lœabaret, qu'il a profondément aimée. Mais dans son désir d'arriver, il l'a délaissée pour contrac-

ter un mariage de raison. Vingt-cinq ans ont passé. Le voici riche, dans une demeure princière. Une lettre arrive. Elle est de son vieil ami d'autrefois, qu'il n'a jamais revu. A mivoix, il déchiffre l'écriture malhabile de son ancien compagnon, sourit au passage où il lui rappelle la promesse d'une visite toujours remise. Mais, brusquement, la voix devient hésitante. Il arrête la lecture. L'écho d'une mélodie se fait entendre. La même que chantait autrefois son amie. Elle est morte. Et ce refrain, en lui rappelant un passé toujours présent, éveille un regret : celui de ne pas en avoir fait la compagne de sa vie.

C'est là une des formes les plus heureuses de l'illustration musicale d'un film. On éprouve en effet le sentiment que cette musique est intimement liée à l'action, qu'elle soutient discrètement de l'émotivité de son langage.

Il est un domaine où la musique a non seulement son importance, mais où sa nécessité est indiscutable : c'est chaque fois que l'action cU nématographique l'implique de propos délibéré, soit parce que cette musique est incorporée, pour ainsi dire, à l'action — dans une scène de bal, par exemple — soit parce qu'elle concourt puissamment à créer l'atmosphère de cette action.

La vue d'un estaminet du Nord, avec son poêle flamand et son piano mécanique, est intimement liée aux quartiers ouvriers de cette grande région minière. Il est bien certain que le fait d'entendre les sons de ce piano mécanique

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accentue davantage encore l'impression de vérité qui se dégage de la scène.

Pareillement, on ne saurait recréer fidèlement l'atmosphère d'une rue pauvre de Whitechapel sans faire entendre — ne fût-ce qu'un court instant — la complainte usée d'un orgue de barbarie, ou situer l'action dans un village tyrolien en ignorant totalement la note locale que lonnent les joueurs d'harmonica.

S'il est un genre cinématographique où cette nusique d'atmosphère doit être respectée intégralement, c'est bien le film documentaire.

A vrai dire, la musique tient, dans le docunentaire, un rôle prépondérant. Je ne parle pas eulement de ces films où le pittoresque de ceraines traditions nous est montré au travers du olklore musical, sous la forme de réjouissants, qui s'accompagnent de chants, de danses jaractéristiques : la bourrée d'Auvergne, les lanses bretonnes ou la farandole provençale, nais aussi de ces films qui révèlent les beautés le la nature.

L'adaptation musicale, inspirée du décor Changeant d'un paysage, cherche à renforcer în quelque sorte le langage de l'image, au noyen de concordances d'impressions. Pour le mblic, elle agit un peu à la manière d'un se- •ond commentateur, qui souligne, non plus par e verbe, mais par des sonorités musicales, la >eauté d'un décor naturel.

Il advient toutefois que cette illustration muicale amoindrisse, ici également, l'impression le vérité qui se dégage non seulement de la vue Ile-même, mais également de son ambiance

réelle. Pour le spectateur, la promenade à la-| quelle il est conviée est dépourvue d'un de seai plus grands attraits : le langage de la naturel fait de mille bruits divers, de murmures qui meublent un paysage et contribuent à lui donner son ampleur.

Je sais fort bien que, momentanément, il existe encore une limite aux possibilités techniques de l'enregistrement sonore, dans la reproduction fidèle de toutes les nuances du langage de la nature. Je sais aussi que d'aucuns attachent à la présence constante de cette illustration musicale un intérêt d'autant plus vif que dans leur esprit, loin de diminuer la vérité de ces vues, la musique sert de cadre indispensable à leur mise en valeur. Il n'en est pas moins vrai que le microphone, en dépit de ses moyens limités, se trouve être le plus proche de la nature filmée, de cette nature filmée dont on attend qu'elle nous donne à tout instant l'impression d'être plongés dans le réel.

Loin de moi l'idée de rejeter systématiquement un accompagnement musical des vues d'un documentaire. Encore convient-il là de faire une remarque qui peut avoir son importance. Les concordances d'impressions, recherchées par les musiciens, ne signifient pas nécessairement l'usage continuel des mêmes motifs musicaux, pour une adaptation uniforme s'ap pliquant à un nombre indéterminé de documentaires, filmés dans une même région ou dans un même pays.

La Suite Algérienne de Saint-Saëns, pour un paysage de l'Afrique du Nord, ou le Marché Per-

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san, de Rimsky-Korsakov, dès que la caméra a franchi les rives du Bosphore.

Il faut bien reconnaître que dans le dessin animé, cette concordance d'impressions produit des effets aussi inattendus qu'heureux. Dans ce genre cinématographique, la musique est souveraine. Le compositeur peut donner libre cours à la fantaisie la plus folle, sous la seule réserve que cette fantaisie soit rythmée au point de se fondre complètement avec le mouvement du dessin animé.

Pour une fois, ces deux formes de langage : langage visuel et langage musical, se complètent harmonieusement. Elles sont, à vrai dire, inséparables. La musique n'est plus un élément rajouté, mais bien un complément absolument nécessaire, sans lequel le dessin animé, tel que nous le concevons et l'apprécions aujourd'hui, n'existerait pas.

C'est peut-être là une des illustrations les plus parfaites qui soient de deux modes d'expression artistique dont la synthèse ait été pleinement réussie.

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