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FINANCEMENT DE LA PRODUCTION CINÉMATOGRAPHIQUE FRANÇAISE

L'art cinématographique exige, en plus du génie inventif de ses artisans, de la richesse de leur pensée créatrice, en un mot de tout ce qui est le don d'eux-mêmes, une mise de fonds importante qui se chiffre par plusieurs millions pour chaque film, au total plusieurs centaines de millions pour l'ensemble de la production annuelle de notre pays.

Ce livre serait incomplet si je laissais délibérément de côté la partie industrielle du cinéma, c'est-à-dire les possibilités commerciales d'un film et la nécessité impérieuse de rémunérer le capital investi.

Pour juger de la prospérité d'une industrie, il ne faut pas se borner à l'examen de quelques réussites brillantes. Seul un bilan faisant état de l'ensemble de son activité indiquera si oui ou non cette industrie est prospère.

Or, l'éloquence des chiffres révèle qu'en Fegard du nombre de millions investis dans la

production cinématographique française, pour l'année 1988, la part qui revient aux producteurs est inférieure au capital investi.

En face du chiffre investissement des capitaux — 320 millions — et celui des recettes nettes des producteurs, il y a un déficit de l'ordre de 35 millions.

Voilà le résultat négatif sur lequel on doit méditer pour l'avenir.

Si l'industrie cinématographique française devait continuer à faire appel au capital, qui non seulement n'est pas rémunéré, ■ — à l'exception de quelques belles réussites — mais plus ou moins amenuisé, il est bien évident que cette activité qui périclite depuis longtemps est appelée à disparaître.

Je dis ceci avec le sentiment profond de servir la cause du cinéma français. Une industrie, quelle qu'elle soit, ne peut vivre et grandir que si une partie de ses profits d'aujourd'hui sert à son développement de demain.

Or, force m'est de reconnaître que non seulement cette condition n'est pas remplie, mais encore que l'amortissement simple du capital n'existe que dans de rares cas, d'où dérobade amplement justifiée de ce capital.

Devant cet état de choses, certains producteurs en sont arrivés à envisager des combinaisons plus ou moins heureuses, rarement viables.

Il leur arrive parfois, pour ne pas dire souvent, d'entreprendre une production cinématographique avec un capital initial dérisoire par rapport au nombre de millions qui sont nécessaires.

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