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ir également aux manifestations politiques qui ont ieu sur notre propre territoire. Pour paradoxale s que la chose puisse paraître, l'illusion de la J réalité est trop forte pour les nerfs du public. r L'opinion étant toujours divisée, aux sifflets ; ies uns répondent les applaudissements des au très. On peut dire, sans être taxé d'exagération, crue toute manifestation politique a pour conséquence immédiate d'enlever aux spectateurs la sérénité de leur jugement.
De même, certaines scènes, où l'idéologie d'une nation ou d'un parti s'affirme sous une forme agressive, peuvent prendre l'allure d'un défi, et diviser, durant un bref instant, le public d'une salle.
Je me souviens d'une scène d'actualité qui montrait une ville d'Extrême-Orient prise sous un bombardement. Dans son unanimité, le public était violemment ému. Des murmures ne tardèrent pas à se faire entendre. Quelques spectateurs exprimèrent à haute voix leur désapprobation. Ils éveillèrent alors une réaction contraire chez d'autres spectateurs, — jusque-là indifférents et dont les sentiments d'humanité s'effaçaient brusquement devant la passion idéologique.
Sans doute les éditeurs des journaux filmés s'efforcent-ils de limiter l'importance de ces réactions. Ils se gardent de prolonger plus qu'il n'est nécessaire la durée des scènes susceptibles de provoquer ce qu'en langage parlementaire on nomme des « bruits divers ». Mais là s'arrête leur action, car en aucun cas l'actualité ne doit perdre ses droits.
Il n'est pas inutile, toutefois, de rappeler la
force persuasive de l'image animée, son action sur les masses et par conséquent l'impérieuse obligation pour un journal filmé de demeurer strictement objectif. L'image animée observe, enregistre, mais ne conclut pas.
Cela veut dire qu'un éditeur de journal filmé n'a pas le droit d'établir, dans les vues qui lui sont apportées ou envoyées par ses reporters, une discrimination commandée par des raisons autres que le pur souci de l'information.
Reconnaissons que, trop fréquemment, on constate un manque d'impartialité, qui ne revêt d'ailleurs pas toujours la même forme. Ainsi le commentateur d'un journal cinématographique peut aisément donner un ton de polémique là où il devrait se contenter de préciser ce que l'image animée n'a pas suffisamment approfondi. Son rôle est de compléter le langage visuel de l'image, dans l'esprit de l'image elle-même, et non pas dans le sens d'un critique qui en juge la portée.
Si l'on ne respecte pas cette règle de simple bon sens, le public se détachera d'un organisme de grande information où il ne trouvera plus, comme par le passé, l'intérêt d'une chose vraie, présentée de manière objective.
Le manque de sujets neufs, voilà un autre reproche que l'on pourrait faire à la presse filmée.
Le sujet neuf, c'est plus qu'une nouveauté, c'est le piment de l'actualité, le côté inattendu qui rompt la monotonie de la presse filmée et marque un louable souci de recherche pour montrer à l'écran des aspects inédits de l'activité
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individuelle dans tous les domaines.
Ce qui est intéressant, c'est moins le sujet en soi que tout ce qu'il entraîne comme conséquences, sinon immédiates du moins dans un futur proche.
Lorsque nous apprîmes, à Pathé- Journal, la création imminente des passages cloutés, nous aurions pu attendre l'inauguration officielle des passages, pour en filmer la brève cérémonie. Mais alors l'intérêt de cette manifestation eût été moindre pour le public, qui n'aurait vu là qu'un fait parmi beaucoup d'autres. Au lieu de cela, nous avons précédé l'inauguration officielle. Munis des renseignements et des autorisations nécessaires, nous avons placé nous-mêmes une double rangée de clous, Place Blanche, et, grâce à la complaisance des agents, qui collaboraient avec des figurants et des personnes de bon vouloir, il nous fut aisé d'anticiper largement sur la mise en service de ce dispositif de sécurité.
Pourquoi, dans un même ordre d'idées, ne pas présenter aussi certaines scènes d'une pièce de théâtre en cours de répétitions, comme nous l'avons fait notamment pour M, Durand, Bijoutier, ou encore montrer, avant le départ d'une expédition scientifique, archéologique ou d'exploration, tous les détails des préparatifs, afin de familiariser à l'avance le public avec les difficultés qu'il a fallu surmonter pour mettre cette expédition au point, et les espoirs qui sont placés en elle. En bref, l'actualité filmée peut, tout comme la presse imprimée, devancer l'événement lui-même.
En dehors de ces sujets, il existe une véritable mine de petites enquêtes qui, quoique n'étant pas ,d'une actualité brûlante, sont toutefois utiles à filmer, car elles ont un étroit rapport avec les manifestations quotidiennes de la vie sociale.
De tout temps, les pickpockets ont exercé leurs méfaits dans tous les milieux publics, et, périodiquement, la presse imprimée rappelle la nécessité de se garder contre leurs agissements. Avec la collaboration de l'inspecteur principal Picard, de la Police Judiciaire, nous avons reconstitué, sous la forme de trois petites enquêtes filmées insérées dans le journal, les principales façons d'opérer des voleurs et des voleuses à la tire. Le ralenti venait opportunément dévoiler le secret de chaque opération.
La rubrique criminelle, principalement, quand il s'agit d'une culpabilité non parfaitement établie, peut intéresser l'actualité cinématographique.
Je me souviens d'un cas qui, à l'époque, souleva bien des controverses. Deux hommes' accusés d'avoir commis un crime, s'étaient servis, disait-on, d'une brouette pour transporter le corps de la victime jusqu'au canal. Etaientils coupables ? Je l'ignore. Mais l'un et l'autre ne cessèrent de protester de leur innocence. Finalement, ils furent condamnés.
Lorsque nous décidâmes au journal de procéder à une reconstitution, les reporters chargés de ce travail se rendirent au domicile de quelques témoins. Fut-ce l'émotion d'être photographiés, ou la crainte de trop parler devant le micro ; toujours est-il que les témoins furent
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moins assurés dans leurs déclarations, hésitants, réticents même... Impassible, prêt à saisir au vol l'instantané d'un geste ou d'une expression, l'objectif cinématographique semblait fouiller le tréfonds de leur pensée. On sentait qu'il se refusait à tolérer la moindre défaillance.
Un quotidien d'information offre fréquemment à ses lecteurs la primeur d'un reportage sur un sujet plus ou moins lié à l'actualité du moment. De même, la presse filmée peut intéresser ses spectateurs à un sujet débordant largement \e cadre de la petite enquête.
Une des manifestations les plus importantes de la vie parisienne était le Bal des Petits Lits Blancs. Malheureusement, il n'était pas donné à tout le monde de pouvoir y assister. Il nous avait donc paru intéressant de montrer l'effort artistique, la richesse des moyens employés pour soutenir cette œuvre d'intérêt social certain. Léon Bailby, créateur du Bal des Petits Lits Blancs, nous offrit le concours le plus large, et nous permit ainsi de sortir une édition spéciale où, pour la première fois, tout l'enchantement de cette soirée revivait à l'écran.
Les journaux remirent d'actualité, à un moment donné, le maquis corse et les hors-la-loi qui s'y trouvaient réfugiés. Un matin, au rapport, l'idée fut émise d'un reportage filmé qui aurait comme figure centrale le plus tristement célèbre d'entre eux : Spada, et l'équipe chargée de ce travail partit avec la détermination bien naturelle de vaincre toutes les difficultés qu'entraînait ce premier grand reportage filmé avec enregistrement sonore.
Ces difficultés furent extrêmement sérieuses, mais le résultat obtenu compensa largement les efforts et les peines de tous.
Voilà, dans son ensemble, ce qui fut fait hier, ce qui peut être fait, bien mieux encore, demain. Mais là, comme ailleurs, la formule a besoin d'être rajeunie. Et je ne vois pas de rajeunissement possible sans une collaboration effective de la presse filmée et de la presse imprimée.
Dès l'abord, cette collaboration entre un monsieur qui a, pour tous instruments de travail, un stylo et un bloc-notes, et une équipe de reporters cinématogriaphiques dont chaque déplacement s'accompagne d'une petite usine ambulante, peut paraître insensée.
Pourtant, nombre de nous, à la lecture de certains reportages, n'ont-ils pas regretté de n'avoir pu accompagner le journaliste ? Je dirai même que l'attrait incontesté de ces reportages était précisément de provoquer en nous le désir de nous rendre compte directement des faits décrits.
Imagine-t-on tout l'intérêt que présenterait pour le lecteur, devenu spectateur, la possibilité de voir sur l'écran une représentation concrète de ce qui lui a été conté peu de temps avant dans son journal ? Cette constatation s'applique à tous les échelons de l'actualité. Il faut laisser à chacun les prérogatives de son art, mais lorsqu'on pourra marier agréablement les deux choses, en complétant la description écrite par la vue filmée, on offrira au public une double satisfaction, en lui donnant le sentiment d'avoir participé au voyage.
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Peu à peu, le journaliste devra prendre sa place dans la presse filmée, non pas pour aliéner son indépendance d'écrivain, mais parce que sa présence au milieu des reporters cinématographiques aplanira de nombreuses difficultés, facilitera les interviews, leur donnera un tour plus vivant, plus désinvolte aussi.
11 est à prévoir, sur un plan plus large, que dans un prochain avenir toute cloison étanche sera abolie entre ces deux organismes d'information : la presse imprimée et la presse filmée. Les moyens techniques actuels de la presse filmée autorisent le déplacement du matériel sous un volume qui se restreint de plus en plus. Donc, dans l'avion, journaliste et cinéaste devront se trouver côte à côte, en toute occasion.
Qu'on le veuille ou non, la connexion de ces deux formes d'expression se fera tôt ou tard.
S'il est vrai qu'il ne saurait exister de compétition entre la presse imprimée et la presse filmée, il n'en faut pas déduire que l'actualité cinématographique gardera éternellement son privilège d'être la seule à donner un aspect vivant aux événements. A l'horizon, apparaît déjà un concurrent, qui deviendra rapidement redoutable : la télévision.
Semblable à la radio-diffusion, elle permettra, à toute heure du jour, de donner des émissions filmées qui seront vues dans la quiétude du foyer de chacun. L'actualité cinématographique ne pourra plus, à ce moment-là, se borner à filmer simplement l'événement. Elle devra non seulement en varier la présentation, mais renouveler constamment son intérêt. L'auditeur qui aura
vu, sur l'écran de son poste récepteur, les événements de la journée, n'admettra pas de les retrouver, présentés sous la même forme, sur l'écran cinématographique.
Et nous savons qu'il s'entend fort bien à exprimer son mécontentement...
DOCUMENTAIRE
Trop souvent, le documentaire est considéré comme le parent pauvre du cinéma, sans doute parce qu'il arrive au spectateur d'avoir l'impression non pas d'être assis dans un fauteuil de théâtre cinématographique, mais bien de se retrouver sur un banc d'école.
Il semble qu'avant tout les cinéastes ne se soient pas rendus compte que dans un film documentaire, l'utile doit être mêlé à l'agréable, ou, si l'on préfère, l'anecdote au récit.
Certains ont une fâcheuse . tendance à confondre le documentaire filmé avec un sujet de magazine.
Pourtant, des documentaires comme Nanouk l'Esquimau, ce précurseur — La croisière Noire, Les Mangeurs d'Hommes, Sequoia, La Grande Inconnue, et d'autres encore, laissaient entrevoir de magnifiques possibilités. Ces films donnaient une notion précise de l'acception vraie qui s'attache au terme document filmé.
Contrairement aux sujets de magazine, ces documents filmés ont la valeur d'une synthèse où chaque élément d'observation est articulé à l'ensemble.
Ces films ont meublé notre esprit de vues nouvelles, en nous laissant une impression durable, par la vue du réel qui nous familiarisait mieux qu'un manuel avec l'activité des hommes ou l'instinct des bêtes.
Dès qu'un document fdmé en vaut la peine, il se place, au point de vue intérêt comme au point de vue durée, sur le même plan qu'une œuvre d'imagination réussie. Brusquement, le public voit vivre sur l'écran un coin du monde qu'il ne connaissait jusqu'alors que par des descriptions littéraires, à l'exclusion de toute autre référence. L'image animée ouvre devant son imagination les portes du réel, et la puissance de vérité qui se dégage de la vue filmée la fait apparaître comme une révélation. Si le côté sentimental de sa pensée ne se heurte pas à cette vérité, son plaisir sera d'autant plus vif.
Là se trouve, semble-t-il, la différence essentielle entre un document filmé et un thème de magazine, qui se contente d'illustrer par des aspects nouveaux un sujet déjà connu.
Il est bien évident qu'à la projection du documentaire Les Mangeurs d'Hommes, où, pour la première fois, on voyait sur l'écran les indigènes cannibales des Iles Salomon, le public eut l'impression d'une révélation, tandis que le sujet de magazine où, également pour la première fois, un cinéaste américain montrait le9 prouesses nautiques des champions du hors-bord, n'of-
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iej frait, en dépit de son apparente nouveauté, >se qu'une série de vues récentes d'un sport mainl tes fois filmé.
La relation filmée de l'expédition Byrd au es Pôle Nord ne pouvait manquer d'émouvoir pro- ). fondément le public, qui n'avait qu'une notion il confuse des difficultés et des dangers que repréj sentait cette rude entreprise. Par contre, lorsqu'un cinéaste s'avisa, le premier, de filmer de bout en bout un voyage dans un avion de ligne, il s'adressait à un public déjà familiarisé, grâce au cinéma, ou même par expérience personnelle, avec les différentes activités de l'aviation.
Son film, bien qu'intitulé documentaire, n'aj vait en réalité que l'intérêt d'un sujet de magazine. Qu'on ne s'y trompe pas. Cette discrimination n'est pas une critique. Elle ne tend qu'à préciser les places respectives que doivent occuper ces deux manières cinématographiques de présentation des faits réels.
Certains prétendent que la rareté des vrais documentâmes est due au manque de sujets. A cela, on peut répondre que la trame d'un docu- ' mentaire est, dans une certaine mesure, analogue à un bon scénario. Dans un cas, il s'agit de rechercher les développements possibles d'une idée née de la réflexion personnelle ou tirée d'une œuvre littéraire. Dans l'autre, il s'agit d'épuiser les multiples aspects existant soit dans l'observation d'un fait, soit dans l'étude d'une région, et les incidences que ces observations ou ces, études entraînent.
En matière de document filmé, les créations du génie humain ont, pour le moins, une valeur
égale aux aspects inattendus de moeurs ou de coutumes que nous ignorons. Je suppose être, averti que des grands travaux d'irrigation vont être entrepris dans une région déterminée. Je pourrais me limiter à un sujet de magazine, qui n'entraînerait que quelques prises de vues fail tes au cours d'un seul voyage, et montrant, en une série de vues bien photographiées, l'exécution de ces travaux. Mais je puis aborder laj question sous un angle plus vaste, et me tenir le raisonnement suivant :
Si ces travaux sont entrepris, c'est que l'exploitation actuelle de cette région ne donne pas entière satisfaction, par suite de la pénurie d'eau...
J'ai aussitôt l'idée d'étoffer mon sujet et de lui donner une plus grande envergure. Le pre-' mier aspect de mon documentaire va représenter l'état actuel de la région, les inconvénients du; manque d'irrigation, et les pertes qu'il entraîne. Ensuite, je montrerai le commencement des travaux, leur lente exécution, leur achèvement. Enfin, je filmerai à nouveau la région et les diverses formes d'améliorations apportées par la gigantesque entreprise : richesses nouvelles, développements économiques, activité accrue et surcroît de bien-être pour les habitants.
Il va sans dire que la production de ce document filmé aura demandé plusieurs voyages, plusieurs mois, plusieurs années peut-être ; mais ce sera un document complet et unique, en ce sens qu'il ne peut être filmé qu'une fois.
Des lancements de navires, le public en voit périodiquement, avec le rituel d'usage, où Je
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dj pris de la bouteille de champagne est le signal i(j du premier glissement du bateau vers la mer. ,,,1 Mais a-t-on jamais songé à nous montrer le film j. de la vie d'un transatlantique, depuis la preuj mière épure des ingénieurs, jusqu'au jour où, j, [majestueusement, il s'éloigne vers le grand larj ge, salué par les vivats et les acclamations ? ;' Ce document filmé prendrait la signification d'un livre : on verrait d'abord les premières maquettes, les essais de laboratoire, l'établissement du modèle réduit définitif ; on assisterait à la mise en chantier des premières poutres du berceau, à la pose du premier rivet. Peu à peu, sur l'écran, le navire prendrait forme, tandis que, parallèlement, le cinéaste donnerait, par [ des vues tournées aux quatre coins du pays, une idée de l'importance et de la diversité des industries qui participent à la construction d'un tel navire, et par là même, montrerait les répercussions bienfaisantes d'une telle entreprise sur jia vie économique du pays.
Pour un cinéaste, un document semblable représenterait non seulement un travail préparatoire indispensable, mais encore une longue fcsuite d'efforts, de difficultés à vaincre, d'obstacles de toutes sortes qui mettraient sa patience 'à rude épreuve. Mais aussi quelle satisfaction d'avoir filmé, presque jour par jour, la naissance du géant...
Et pour le public, quel étonnement !
Voir sur un écran, en une seule soirée, — que dis-je ? — en une heure, la synthèse filmée de plusieurs années d'efforts, serait pour le specta-, leur plus qu'un attrait : une révélation.
On voit que les sujets de documents filmés ne j manquent pas, et qu'il suffirait d'élargir le] champ des investigations pour en découvrir beaucoup d'autres. Seulement, ce qui fait croire que ces sujets sont limités, c'est qu'ils se trouvent, de manière générale, à l'état embryonnaire, en ce sens que l'esprit les bâtit le plus souvent sur sa réflexion personnelle, par l'observation d'un fait. Je puis, en lisant la vie des peuplades d'Afrique, imaginer dans mon esprit le contraste frappant qui existe entre ce mode de vie et celui de l'Européen, et imaginer ainsi de Jes rapprocher brusquement sur l'écran, pour montrer au public ce qui est mieux dans l'un et préférable dans l'autre.
Or, ce fait isolé, on le trouve dans toutes les manifestations de la vie, qu'il s'agisse de grandes croisières, de voyages d'exploration, d'améliorations sociales de toute nature, de l'évolution brusque d'un peuple, ou même, plus simplement encore, de montrer, dans son essence et dans son activité quotidienne, une œuvre telle que Les Petites Sœurs des Pauvres...
Si les sujets de documents filmés sont nombreux, à fortiori trouve-t-on une variété plus grande encore dans les sujets de magazine. Il est aisé d'en deviner la raison ; un thème de magazine n'a pas la prétention d'épuiser le sujet, mais plus modestement d'en montrer divers aspects, en un raccourci attrayant.
Ces thèmes de magazine sont présentés sous deux formes : un seul sujet en un court métrage d'une durée d'environ quinze minutes ; ou
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bien un choix de sujets incorporés dans une sorte de revue filmée.
j En bonne logique, l'avenir appartient à la (deuxième formule. De deux choses l'une : ou bien le sujet de court métrage possède la valeur d'un vrai document, et nous savons dès lors tout ce qu'il doit contenir ; ou bien son intérêt se réduit aux proportions d'un sujet de magazine, et sa place est dans la revue filmée.
! Tout comme l'actualité filmée doit collaborer avec le quotidien d'information, la revue filmée ne peut que gagner en associant ses efforts à ceux d'une publication illustrée.
Un des reproches que l'on peut faire à la revue filmée, c'est de déformer parfois la réalité des faits, par l'aspect trop succinct sous lequel elle les présente.
Cette déformation tient au premier chef à une erreur de choix dans les sujets, dont certains demanderaient à être développés de manière beaucoup plus étendue pour expliquer l'historique de la question et commenter toutes les incidences qu'elle provoque.
J'ai vu, dans une revue filmée, excellente par ailleurs, un sujet qui prétendait exposer le problème soulevé, en Angleterre, par la perception de la dîme au profit de l'Eglise, tradition séculaire qui s'est perpétuée jusqu'à nous. Pour un public non initié, il se dégageait de ces vues filmées l'Impression fausse d'une révolte des populations rurales contre l'Eglise anglicane. A la vérité, ces manifestations — et le film avait grand tort de négliger, entre autres, ce point important — n'amoindrissaient en rien les con-
victions religieuses des paysans, qui se montraient toujours assidus aux offices. Leurs protestations visaient une diminution de la dîme et l'amélioration d'un mode de perception peu équitable selon eux.
D'aucuns objecteront que les revues filmées, qui ont le souci de renouveler constamment l'attention du public, doivent nécessairement limiter les développements d'un sujet.
On peut sans doute répondre à cela en invoquant le mode habituel de présentation des documentaires, courts métrages et revues, et trouver là une justification partielle, tout au moins, de cette lassitude qui se manifeste fréquemment chez le spectateur.
Certains cinéastes ont si bien compris la monotonie de présentation des documentaires qu'ils ont cherché à s'en évader en faisant intervenir l'élément romanesque.
Le côté conventionnel du documentaire s'appuie alors sur un squelette de scénario, support fragile, inconsistant, qui nuit immanquablement au côté réel des vues présentées.
Ce n'est pas en empruntant au roman d'aventures que le documentaire filmé se dégagera des formules périmées.
En dehors de ces tentatives, qui ont, tout au moins, le mérite de l'effort, il semble que rien n'ait été fait pour atténuer le côté fastidieux de la présentation des documentaires.
En particulier, le texte parlé qui accompagne les images est souvent trop appuyé, trop soucieux d'expliquer les moindres détails. Il contrarie ainsi l'éloquence de l'image sans ajouter à
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son attrait. Ces paroles, dont le débit s'accélère ou se ralentit selon la longueur de la scène, donnent l'impression d'un match de vitesse entre deux concurrents et finissent par exaspérer.
Semblables à des touristes officiellement embrigadés, les spectateurs visitent des ruines célèbres ou des contrées pittoresques en un temps record.
Comment goûter la beauté d'un paysage ou apprécier un travail d'art dans de telles conditions ?
Une excursion, pour présenter quelque intérêt, doit être en même temps un délassement pour l'esprit. Pourquoi ne pas donner au documentaire le ton de la confidence, infiniment plus reposant que le ton d'une conférence d'amphithéâtre ?
Dans cet orjdre d'idées, un dialogue entre deux personnes prêterait à des répliques amusantes qui reposeraient, de temps à autre, d'un exposé trop ardu. Chacun sait qu'un paysage est mieux apprécié, dès qu'il y a échange d'impressions avec un confident, même occasionnel.
Pour que le texte permette ce ton de la confidence, il faut presque qu'il ait la souplesse d'une conversation à bâtons rompus. Lorsque nous écoutons raconter une histoire, nous apprécions la verve du narrateur dans la mesure où il sait meubler cette histoire. Pareillement, le commentateur d'un documentaire cinématographique doit enrichir l'image de mille traits d'observation qui habillent le sujet en évoquant à l'esprit du spectateur les fantômes du passé et l'histoire du présent.
Il convient d'ajouter que l'introduction d'un peu de fantaisie, de nonchalance ordonnée dans la présentation des images, contribuerait aussi à atténuer le côté didactique de certains documentaires.
Le spectateur aurait l'impression d'une agréable flânerie, dont les côtés inattendus ne feraient qu'augmenter le charme.