LE DOUBLAGE
expressions courantes, le mode de prononciation, les contractions du langage ne trouvent pas toujours leur équivalence dans la langue française, équivalence dont on attend qu'elle respecte le sens et la portée du texte original. L'adaptation ne saurait être synonyme de mutilation, la pensée de l'auteur ne devant en aucun cas être déformée.
C'est dire que le texte français ne doit pas s'écarter du sens du texte étranger. Mais la rédaction de ce texte français doit être conçue sous la forme d'un vrai dialogue cinématographique, faute de quoi les comédiens français qui prêteront Jeurs voix aux comédiens étrangers n'auraient pas la possibilité de jouer leur rôle.
Et cette absence de jeu nuirait gravement à la vérité des scènes réenregistrées en langue française.
Dans un dialogue anglais, par exemple, îa prononciation des mots ou de certaines syllabes suppose des mouvements de bouche. En recherchant les mots français dont le sens est, sinon identique, du moins très approchant du sens anglais, la personne chargée de rédiger le dialogue français doit tenir compte — pour le synchronisme — des mouvements particuliers de la bouche du comédien étranger, pour que les paroles françaises s'adaptent aussi bien que possible à l'articulation de ce comédien.
Mais ce point important n'est pas le seul dont doit tenir compte le technicien du doublage. Le choix des voix françaises qui se substitueront aux voix des comédiens étrangers est un pro-
blême délicat. En général, la voix d'un comédien, ou, plus communément, d'une personne quelconque, correspond à un certain physique. La bonhomie s'accompagne mal d'une voix de fausset ; un ton de commandement ne s'accorde pas à un gros homme d'allure nonchalante. L'âge d'une voix définit un personnage.
Ainsi, avant qu'il soit question de la valeur professionnelle du comédien français appelé à épouser la personnalité d'un comédien étranger, sa voix doit être en harmonie avec le personnage, faute de quoi une dissonance naîtra, qui n'échappera pas au public.
Il reste à faire jouer les scènes. Là encore une difficulté surgit : l'artiste ne doit pas se laisser emporter par son tempérament, mais bien utiliser les ressources de son talent pour traduire le jeu de l'artiste qu'il double, et cela avec l'esprit français, chaque fois qu'il apparaît désirable de le faire.
Il est bien évident qu'un film tel que La Caravane vers l'Ouest, qui montre les efforts des premiers pionniers américains, ne saurait gagner, au contraire, à un doublage qui atténuerait, si peu que ce fût, l'esprit et la mentalité de ces pionniers américains, dont ce film est une illustration.
On conçoit que le cinéaste chargé de diriger les artistes doive lui-même posséder certaines qualités dé metteur en scène et en particulier savoir juger des intonations qui ajoutent à la signification d'un dialogue.
Les difficultés sont multiples. Pour se plier aux exigences du synchronisme, le comédien